Pour s’emparer d’un sujet rebattu et le faire sien, il faut un nouveau concept. On jette donc à la foule celui de « séparatisme » pour le montrer sous un jour apparemment nouveau, alors qu’il permet de le maintenir dans le discours aseptisé de la République neutre par rapport à toutes les religions, quand la réalité est beaucoup plus effrayante. Avec des moyens considérables, une forme de religion incompatible avec la République développe une détestation de notre pays, une préférence nationale pour les pays d’origine, une territorialité où les lois et les mœurs ne sont plus les nôtres.

Ensuite, on dénonce quelques exemples de comportements « inacceptables », comme le refus de serrer la main d’une femme ou les exigences de virginité avant mariage. Enfin, on lâche une série de mesurettes destinées à freiner l’arrivée d’imams étrangers et les enseignements contraires à l’intégration. Ceux qui applaudissent en disant « enfin » ne se rendent pas compte qu’il est trop tard et que cette poudre aux yeux de la communication n’aura pas le moindre impact sur la réalité.

Si avait été un élu de terrain dans une région où la population immigrée est importante, il prendrait conscience de l’inanité grotesque de son discours. Ne pas favoriser le séparatisme islamiste sans stigmatiser les musulmans ? L’islam pourrait devenir une religion de la République ? Non plus l’islam en France mais l’islam de France, comme disait Sarkozy, en lançant le CFCM, pour mettre le culte musulman au même niveau que le catholique, les protestants et le juif ? Cette politique a échoué depuis longtemps parce que l’islam n’est en rien comparable aux autres religions.

Certes, beaucoup de ceux qui se disent musulmans ont une distance par rapport à leur foi et à ses préceptes (30 % considèrent, néanmoins, que la charia est supérieure aux lois du pays dans lequel ils vivent !), mais cette réserve, au lieu de s’épanouir avec le temps, tend au contraire à se réduire de génération en génération. L’assimilation recule, l’islamisation progresse. On doit être musulman avant d’être français. La laïcité et la République n’y ont aucune place.

Comme cette religion est pointilleuse sur les détails de la vie quotidienne, du vêtement à l’alimentation, elle se heurte sans cesse à la manière de vivre des peuples chez lesquels elle s’introduit. Bref, le séparatisme est en marche et il possède les moyens d’aller de l’avant sans que l’absence d’imams venus d’ailleurs l’entrave outre mesure.

Ces moyens sont de trois ordres : d’abord, ils relèvent de la démographie. Plus la part des musulmans sera importante dans la population française, plus elle deviendra majoritaire sur des territoires, plus il sera difficile, voire impossible d’imposer la loi républicaine aux mœurs religieuses. L’inversion de la politique migratoire, la fin du regroupement familial, la suppression de la double nationalité, l’abrogation du droit du sol, l’élargissement de la déchéance de nationalité, la limitation étroite de l’ à des quotas par pays et en fonction des compétences seraient des mesures sérieuses, mais on voit combien nous en sommes loin.

En second lieu, l’islam est en France une religion d’importation récente, contrairement aux autres cultes, pour la plupart intégrés à notre histoire autrement que par des conflits et des invasions repoussées. Les mosquées, avec ou sans imam étranger, se répartissent en obédiences « algérienne », « marocaine », « turque ». Et ces pays ont une influence sur ceux qui les fréquentent. Le laxisme moral que vient encore de révéler l’affaire Griveaux ou le dénigrement stupide de son propre pays par Macron osant parler de crime contre l’humanité de la France en Algérie attisent la différence, voire l’hostilité. On ne peut intégrer des étrangers si on suscite un esprit de revanche fondé sur un sentiment de supériorité morale.

Enfin, avec ou non des moyens financiers considérables venant des pays du Golfe avec lesquels nos gouvernants ont tissé des liens fructueux, de puissantes organisations sont déjà à l’œuvre, en France. Il suffit de citer l’UOIF, devenue Musulmans de France en 2017, la branche française des Frères musulmans dont l’habileté manœuvrière soulignée récemment dans « Le Projet » par Alexandre del Valle et Emmanuel Razavi se jouera des mesurettes macroniennes.

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