Editoriaux - Polémiques - Réflexions - Santé - Société - 12 juillet 2019

Mort de Vincent Lambert : vers l’obscurantisme de bonne conscience

La mort de Vincent Lambert nous plonge dans l’obscurantisme, dans un obscurantisme feutré et indolore. Il y a des doctrinaires dont les desseins sont d’instaurer une politique systématique d’eugénisme. Selon eux, l’Homme est un bien de consommation et doit maîtriser sa création (PMA, GPA) comme sa disparition, par lui-même ou par délégation. Si vous ne pouvez vous donner la mort, d’autres le feront pour vous (euthanasie, suicide assisté).

Mais la plupart des personnes qui ont souhaité la mort de Vincent Lambert ne sont pas des idéologues. Ils ont voulu sa mort par renoncement et par sentimentalisme. De bonne foi, ils pensent que la médecine a atteint ses limites et qu’il n’y avait aucun espoir, sans se rendre compte que, de tout temps, de semblables situations se sont posées à l’humanité. Combien de comateux profonds ont dû être enterrés vivants avant que la science eût été capable de déceler la vie ?

Il y a quelques décennies, bien des cancers étaient encore considérés comme incurables. Si les hommes de science, si les philosophes, si les politiques avaient toujours été dans ce renoncement, qu’en serait-il des énormes progrès de la médecine en un siècle ? Quelle utilité à la recherche ?

Mais il y a une autre raison pour beaucoup d’entre ceux qui ont voulu la mort de Vincent Lambert : le sentimentalisme. Vouloir abréger les souffrances d’un mourant est humain et légitime. Il répond à notre réaction face à l’émotion ressentie devant la souffrance d’autrui. Là est le danger : dans l’immédiateté de la réaction. Se laisser submerger par l’émotion, étouffant toute pensée rationnelle. Mais que savait-on des souffrances de Vincent Lambert ? Rien. Vincent Lambert n’était pas mourant. À la vérité, c’est nous qui souffrions pour lui, de le voir dans un état que personne ne souhaite connaître.

Passons sur l’ignoble qualification de « légume » par certains pour qualifier un être diminué, qui montre que l’utilité devient une condition d’existence, ce qui est signe de déclin philosophique. En notre for intérieur, étant sensible et sujet des moments de découragement, nous sommes tous tentés, épisodiquement et personnellement, par le renoncement. Mais ce renoncement ne doit en aucun cas être élevé en principe de société et la sensibilité personnelle ne doit pas s’ériger dans une sensiblerie institutionnelle. Si c’était le cas, aucune armée au monde ne pourrait faire la guerre, ce qui n’empêcherait nullement les massacres.

Voilà pourquoi ce renoncement et cette sensiblerie entraînent notre société vers l’obscurantisme, en bonne conscience, qui freine tout vrai progrès.

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