Economie - Editoriaux - International - 7 juin 2019

Sanctions commerciales : contre la Russie, mais pas contre la Chine ?

Obama et Hillary Clinton furent très antirusses. Cela devint même une obsession lors du second mandat Obama : si la Russie et les Européens se rapprochaient les uns des autres, un basculement des équilibres géopolitiques mondiaux installés depuis 1945, mais secoués depuis la chute de l’URSS, devenait possible. Dès lors, les États-Unis et Angela Merkel n’eurent de cesse de tenter d’encercler la Russie : affaire de la Géorgie, manœuvres militaires en Baltique ou en mer Noire, missiles nucléaires tactiques, agit-prop et provocs sur la place Maïdan à Kiev, notamment grâce à l’action de la fondation Open Society de Soros et à une présence dense de tous les services antirusses.

Mais c’est indubitablement le débarquement de soldats et matériels militaires américains, le 27 mai 2006, dans le port criméen de Féodossia (Théodosie), à 150 km derrière Sébastopol, et à 100 km de la côte russe en mer Noire, en prévision de l’exercice otanien ukraino-américain Sea Breeze, qui a fini d’exaspérer la Russie et la population de Crimée. Le président d’alors, Iouchtchenko, fut manipulé par les faucons de George W. Bush, un des présidents américains les plus malavisés de l’Histoire. Rappelons que la Crimée est historiquement, culturellement et ethniquement en majorité russe aux deux tiers, même si le chef de l’URSS, d’origine ukrainienne, Khrouchtchev, avait décidé, en 1955, de la rattacher administrativement à l’Ukraine.

Lorsque l’homme de paille Porochenko, placé à la tête de l’Ukraine par les services de l’Ouest, annonça son intention de faire adhérer son pays à l’Union européenne et à l’OTAN, la Russie ne put évidemment tolérer que sa grande base navale et historique de Sébastopol, en Crimée, se retrouve sur un territoire rattaché à l’OTAN et à l’Union européenne ! Le gouvernement Porochenko, à peine intronisé, faisait confirmer une loi imposant la langue ukrainienne à toutes les minorités, dont les 30 % de russophones. Alors, le Parlement criméen (qui, par le passé, avait déjà voté son indépendance) récusa les nouvelles autorités de Kiev et vota l’organisation d’un référendum. En mars 2014, 96 % des votants acceptaient le retour de l’Ukraine à la Russie. La résolution 68/262 des Nations unies (mars 2014, sous Obama), critiquable au plan des principes des Nations unies, affirma que « le référendum organisé dans la République autonome de Crimée […] n’ayant aucune validité (sic), ne saurait servir de fondement à une quelconque modification du statut de la République de Crimée… » L’Allemagne suivant les consignes des États-Unis, et la France celles de l’Allemagne, on décréta des sanctions contre la Russie, qui furent renouvelées en 2015, 2016, 2017 et qui firent du mal aux économies européennes et russes, mais pas américaines…

Une des causes du délire anti-Trump du clan Clinton fut la volonté affichée par Donald Trump, au cours de sa campagne, de normaliser sa relation avec Moscou. Il ne pouvait, dès lors, qu’y avoir « complot » : le milliardaire américain était allé chercher de l’aide en Russie, la Russie avait truqué l’élection présidentielle aux États-Unis ou piraté les ordinateurs ! Cela permettait commodément de celer les énormes fautes de Hillary en matière de communications sensibles par SMS et emails.

Le nouveau Parlement européen sera-t-il plus sensé que celui qui s’en va en ayant échoué sur tout ? Il faut espérer qu’il saura enfin comprendre que la Russie est un pays de la grande Europe et que nous nous infligeons mutuellement des punitions douloureuses et infondées, eu égard à ce que nous venons de rappeler. De plus, les États-Unis s’apprêtent à lever les sanctions. Plutôt que de toujours paraître comme des suivistes des États-Unis, il faut anticiper le mouvement qui va avoir lieu, lever ces stupides sanctions et réfléchir aux nouvelles structures politiques nécessaires pour réunifier et revivifier l’Europe des nations. De bas en haut et plus jamais de haut en bas.

Alors se posera la seule question qui vaille : pouvons-nous continuer à travailler et à commercer avec la Chine, une monstrueuse dictature où des millions de prisonniers politiques sont enfermés pour travailler dans des usines secrètes, où on exécute, disent les ONG, des milliers de personnes (le chiffre étant secret), où deux pays (Turkestan et Tibet) ont été annexés de force, où chaque citoyen est noté par Big Brother et voit ses droits humains élémentaires réduits en fonction de cette notation, cette Chine qui envahit tout et détruit nos emplois et notre environnement ?

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