Editoriaux - Politique - 7 juin 2019

Qu’est-ce que la droite ?

Sébastien Pilard, conseiller régional LR, a déclaré à Boulevard Voltaire que Les Républicains se devaient de répondre à la question : « Qu’est-ce que la droite ? » Je crains qu’il ne rencontre quelques difficultés dans sa quête de l’essence introuvable de la droite.

Nombreux sont ceux qui ont essayé de déterminer le contenu d’une telle essence, sans convaincre. Inévitablement, leurs analyses mènent au constat de l’existence d’au moins deux droites, dont l’une serait « vraie » et l’autre « fausse ».

Guillaume Bernard a défini la droite par son adhésion à l’idée aristotélicienne et son opposition au contractualisme hérité des Lumières et de la Révolution française. J’adhère pleinement à la première et participe totalement à la seconde, mais force est de constater qu’il y eut des droites contractualistes, la libérale et la bonapartiste par exemple (Bonaparte était un pur produit de la Révolution française qui fut proche des Jacobins et qui, en 1819, à Sainte-Hélène, se comptait au nombre des Bleus, par opposition aux Blancs). Si l’on adopte la définition donnée par Guillaume Bernard, alors il faut considérer que les droites libérale et bonapartiste sont de « fausses » droites. Quant à Jacques Anicet du Perron, il affirme que seule la première des droites, celle de 1789, qui soutenait le roi, a été une « vraie » droite et que toutes les suivantes ont été « fausses ».

En fait, hormis cette première droite, toutes celles qui ont suivi ont été des « non-gauches ». Comme l’a écrit Jacques Julliard, ce sont les gens de gauche qui décident qui est de droite et qui est de gauche. Quoi que fassent ceux qui ne veulent pas porter la marque infamante « droite », si les gens de gauche décident de la leur attribuer, ils ne peuvent rien y faire. Sur ce sujet, selon Roger Scruton : « Ceux qui se définissent comme “étant de gauche” croient que les opinions et mouvements politiques se répartissent de gauche à droite et que, dans la mesure où une personne n’est pas à gauche, elle est forcément à droite. »

Autant dire qu’aussi longtemps qu’il y aura des gens de gauche, il y aura une gauche et une droite et, de ce fait, un clivage droite/gauche qui, depuis deux siècles, n’a cessé de disparaître avant de renaître ailleurs (c’est ce qui s’est passé entre 1990 et 2019). Alain, qui était le philosophe du Parti radical, a dit : « Quand on me demande si la coupure entre gauche et droite a encore un sens, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est que l’homme qui pose cette question n’est certainement pas un homme de gauche ! » Les stratégies d’évitement du genre « ni droite, ni gauche » ou « et droite et gauche » sont inopérantes.

La droite est, depuis deux siècles, un conglomérat plus ou moins hétéroclite et c’est ce qui a souvent empêché la concrétisation des rêves d’union de la droite (au cours des années 1930, notamment). « La droite » n’ayant pas d’unité intellectuelle, elle n’a pas naturellement vocation à s’unir sinon, éventuellement, contre un adversaire commun (les socialistes puis les communistes ont été de tels adversaires communs).

L’important n’est pas de revendiquer une « droititude » insaisissable mais d’opposer aux idées diffusées par les gauches (communiste, socialiste et libérale) d’autres idées susceptibles de séduire une majorité de Français. Plutôt que de définir ce qu’est la droite, ceux qui ne se reconnaissent pas dans les idées de gauche doivent bâtir leur propre corpus et éviter de s’engager dans des impasses. Les héritiers du gaullisme doivent comprendre que c’est l’alignement sur la doxa libérale qui a provoqué la ruine du courant gaullien ; il leur faudra se débarrasser de ce corps étranger et forger un républicanisme d’inspiration gaullienne purgé des scories intellectuelles héritées de la Révolution française.

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