Ursula von der Leyen donne un milliard au Groenland, mais pour faire quoi ?
En visite au Groenland les 6 et 7 septembre, Ursula von der Leyen a annoncé une rallonge de 200 millions d’euros du soutien financier de l’UE à l’île.
Un soutien « officiellement » vert
Rallonge, seulement, puisque cette somme vient compléter une enveloppe de 225 millions d’euros alloués au Groenland pour la période 2021-2027, au titre de la décision d’association outre-mer (DOAG). La Commission européenne a par ailleurs proposé de porter son soutien à 530 millions d’euros pour la période 2028-2034. Voilà qui nous ferait donc près d’un milliard d’euros (955 millions) sur 14 ans.
Ces fonds sont présentés comme un « paquet de partenariat UE-Groenland » dans le cadre de la stratégie bruxelloise Global Gateway, qui vise à « développer des liens intelligents, propres et sûrs dans les domaines du numérique, de l’énergie et des transports, et à renforcer les systèmes de santé, d’éducation et de recherche dans le monde entier ». Sur son site, la Commission européenne précise aussi que cette stratégie est « conforme au programme des Nations unies à l’horizon 2030 et à ses objectifs de développement durable, ainsi qu’à l’accord de Paris » et va mobiliser (entendre, par là, coûter au contribuable européen) « jusqu’à 300 milliards d’euros d’investissements ». Ce soutien au Groenland sera donc un pan d’une vaste opération de distribution d’argent au monde entier, dont il est évidemment attendu que cela sauvera la planète.
Un plan anti-Trump ?
En réalité, ce « paquet de partenariat UE-Groenland », s’il a été partiellement peint en vert, comporte, on va le voir, plusieurs ingrédients ayant un rapport assez lointain avec l’environnement, à commencer par une intention à peine voilée de répondre aux déclarations aussi insistantes que peu habiles de Donald Trump quant à ses visées impérialistes sur le Groenland. Pour le reste, l’UE vient avant tout y faire son marché de minéraux et matières diverses : terres rares, graphite, nickel, cuivre, molybdène, entre autres. Même si ses ressources restent modestes, le Groenland détient malgré tout 25 des 34 matières premières identifiées par l'UE comme essentielles pour ses transitions verte et numérique. Voilà pour l’aspect écolo de l’opération. En contrepartie, le Groenland, qui a bien insisté pour que le montage soit « gagnant-gagnant », va recevoir une aide pour se développer. Les fonds européens sont destinés à divers projets concernant autant la connectivité de l’île (amélioration des capacités satellitaires, de l’accès Internet, câbles sous-marins, infrastructures numériques) que le développement de l’hydroélectricité et des solutions renouvelables, mais encore l’éducation, la pêche, le logement, le tourisme durable, le soutien aux PME et d’autres domaines de coopération élargie (recherche, climat, cybersécurité, etc.).
Le Groenland, pas très européen…
Officiellement, encore, Ursula von der Leyen justifie cette générosité par le fait que le Groenland est un « pays et territoire d’outre-mer (PTOM/OCT) associé à l’UE », et qu’étant sujets de la couronne du Danemark, les Groenlandais sont automatiquement, aussi, citoyens de l’UE. Pour éviter de froisser des Groenlandais possiblement susceptibles, la Commission européenne précise d’ailleurs que « l’UE respecte pleinement l’autonomie du Groenland en vertu de la loi de 2009 sur l’autonomie gouvernementale et travaille aux côtés du Groenland en tant que partenaire fiable à long terme, soutenant les priorités convenues d’un commun accord ». Voilà qui évite d’insister trop sur le fait que le Groenland avait décidé de quitter l’UE dès 1985 et que son voisin islandais vient de refuser, pour la seconde fois, d’y entrer. Mais bon, si cela gêne Trump et permet d’obtenir quelques centaines de millions d’aumône, après tout… Précisons, tout de même, que cette générosité est financée par les impôts des Européens. Et que la contribution nette de la France se montant à 17 % du budget européen, ce sont donc 170 millions d’euros qui sont payés par les Français, sur le milliard de don au Groenland…
À ce sujet — [ÉDITO] La guerre du Groenland aura-t-elle lieu ?
Quel outre-mer Bruxelles privilégie-t-il ?
Reste que le Groenland n’étant pas membre de l’UE, il est tout de même logique de s’interroger sur la pertinence de ce don, surtout au vu de son montant total. Est-il vraiment « gagnant-gagnant » ? L’accès à des matières stratégiques, dont l’intérêt ne se discute pas, n’est-il pas, ici, un peu cher payé ? L’évidente volonté de contrer Donald Trump semble surtout idéologique, petite vengeance contre celui qui se gêne rarement pour attaquer l’UE, et ridiculise celle qui accepte sans broncher les droits de douane qu’il lui impose. Ursula von der Leyen se fait plaisir, et les Français sont sans doute ravis pour elle, un peu moins à la lecture de la note à régler. Près d’un milliard, excusez du peu.
Mais puisque tout cela se justifie au nom des devoirs supposés envers un « pays et territoire d’outre-mer associé à l’UE », qu’en est-il donc pour les départements et territoires d’outre-mer des pays membres l’UE, en l’occurrence ceux de la France ? Faisons les comptes, ils sont instructifs : 955 millions d’euros pour le Groenland sur 14 ans, cela donne 68,2 millions d’euros par an.
Une enveloppe destinée à un pays de 56.500 habitants, cela fait 1.200 euros par an pour chaque Groenlandais ! Belle prime de Noël, tout de même… Faisons, maintenant, le même calcul pour notre outre-mer : la contribution annuelle que leur accorde l’UE se chiffre à 6,482 milliards d’euros. Une somme que se partagent des territoires peuplés, au total, de 2,9 millions d’habitants. Voilà qui nous fait donc 2.235 euros par habitant. Et moins, encore, si l'on tient compte du fait que la France est pour une bonne part dans le budget européen.
Générosité à géométrie (très) variable
Dommage, donc, que la générosité bruxelloise privilégie ici, comme souvent, moins le prochain que le lointain. Dommage, aussi, que la stratégie anti-Trump d’Ursula von der Leyen passe par le Groenland pour des raisons idéologiques et d’ego. Alors que le président américain n’a pas caché lorgner sur Saint-Pierre-et-Miquelon (qui est distant d’à peine plus de 1.000 kilomètres du Groenland) et qu’il vient de publier, sur son réseau Truth social, une carte des États-Unis englobant à la fois Saint-Pierre-et-Miquelon et les Antilles françaises, on voit où sont les préférences de Bruxelles.

Capture d’écran @realDonaldTrump
Ajoutons, enfin, à l’adresse de nos responsables concernés par cette affaire, de Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et des Affaires étrangères) à Monique Barbut (ministre de la Transition écologique), quelques informations utiles : une enveloppe annuelle de 68,2 millions d’euros, c’est un demi-million de cagoules filtrantes pour les pompiers qui ont lutté sans protection contre les incendies de cet été. C’est aussi, dans le même registre, pas loin du prix d’un Canadair™. Et dans un autre, que les épisodes de chaleur que nous venons de connaître ont rendu très actuel, c’est plus qu’il ne faut pour équiper le futur CHU de Nantes (hôpital Loire Santé), qui en sera dépourvu « pour des raisons écologiques », d’un système de climatisation centralisé haute performance de niveau II, d’un coût d’environ 53,4 millions d'euros. Mais il y a assurément mieux à faire au Groenland.
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63 commentaires
Avant de se préoccuper du Groenland, qui n’est jamais qu’à 200 km de l’Islande, si on se préoccupait – cela ferait tant plaisir à l’ONU ! – de rendre Mayotte aux Comorres, et de soumettre à référendum l’indépendance de la Polynésie, de la Nouvelle Calédonie, de Wallis et Futuna… Bien entendu, total soutien aux Amérindiens qui rêvent de renvoyer Trump en Allemagne !
Elle veut certainement réchauffer les liens de ce continent glacé avec l’UE, au risque de faire fondre la glace de la banquise !
La chine qui récupère les minerais est ravie, merci L’UE.
Jusqu’à quand va-t-on supporter cette incompétente notoire !!!… L’Occident est plombé par cette « discrimination positive » . Et pendant ce temps, les pays du BRICS avancent. Mais eux ne pratiquent pas la discrimination positive.
ben, la-bas ça sera pour y mettre un chauffage performant….avec des panneaux soliares par exemple ?
Ce n’est plus la valse de Vienne mais celle des Euros. Macron et VDM ouvrent le bal.
Quel jouissance cela doit être de dépenser sans compter l’argent des autres ! N’est-ce pas Madame Van der Leyen ?
J’ai compris ! Je me demande pourquoi l’UE qui paie toutes sortes de choses en matière de mobilité en Côte’ Yvoir ou en Moldavie est absente pour aider un peu à la mobilité défaillante de cette Ville- Région de Bruxelles )Capitale. Un million d’habitants dans la ville de son Siège politique, Bruxelles, ou plutôt Brussels. Plus au autre million dans la banlieue, qui a besoin aussi de mobilité. Mais, le sous-sol,…pf, rien à trouver, c’est toute la question !
Elle donne, mais nous payons !
Certes, Groenland signifie terre verte… Mais là, Ursula, elle est encore plus menteuse qu’Eric le Rouge !
C’est fou comme l’Europe ou la France peuvent être généreuses avec des pays qui ne font même pas partie de l’UE, au détriment des Français et Européens et sur leur dos bien entendu….
Facile quand c’est pas ton argent que tu dépenses…
Cette bonne femme devient de plus en plus dangereuse et c’est facile de se montrer généreuse avec de l argent qui ne vous appartient pas .Une entreprise privée allemande aurait elle quelques vues sur cette île ?
Et on laisse faire ? Une non élue qui dilapide notre argent SUPER de mieux en mieux.
Et tous les français qui ont du mal à joindre les deux bouts . Elle soutient les Groenlandais avec notre argent et bous on croule sous les taxes… Ce matin, diesel à 2,28 euros.
Vous chipotez vous n’avez qu’à l’inviter elle vous fera un chèque
Louis XV, qui a mit fin à la Guerre de Sept ans pour ne plus « défendre quelques arpents de neige au Canada » doit se retourner dans sa tombe en voyant que la France finance la « défense de quelques arpents de glace » au Groenland… Qui ne fut jamais français…
Vous parlez de la contribution de la France. En ce moment l’UE est justement en train de négocier avec les Etats membres pour la période 2028/2034. Inutile de dire que notre quote-part va fortement augmenter. Mais pas de problème, on a du pognon n’est-ce pas !
La part de la France est prévue d’être en forte hausse, alors qu’elle s’appauvrit, mais nous continuerons à être contributeur net.
La Pologne, qui continue de s’enrichir, continuera à être bénéficiaire net.
D’un côté, elle s’enrichit et touchera encore plus de subventions. De l’autre, nous nous appauvrissons et nous allons donner encore plus aux Polonais, qui eux vont avoir bientôt un niveau de vie supérieure au nôtre, et continueront quand même à être bénéficiaire ! C’est génial non ? Vous en rêviez ? Non ? Tant pis, l’UE n’a pas besoin de notre accord !
Vous faites bien d’en parler TDZ. Bizarrement j’entends moins les pro RN la ramener sur ce sujet-là. Comment peut-on décemment encore vouloir rester membre de l’UE?? Et voter pour un parti qui ne souhaite clairement pas en sortir (comme tous les partis médiatisés de France)?
Ça me dépasse. Faut être masochiste !
Blou
Moi aussi ça me dépasse.
ça ne me dépasse pas
au train où ça va, l’europe va bientôt être de droite, la vraie.
et à ce moment là, tout pourra changer
c’est loin d’être idiot d’avoir cette statégie
en allemagne ça va continuer, en italie c’est fait, dans les pays du nord c’est socio-démocrate mais plutot droite, les anciens pays de l’est sont à droite, reste la France……
une politique unifiée….et un terrain commercial propice à la défense de nos industries ( à reconstruire), notre agriculture ( à reconstruire) et des vraies frontieres à mettre en place
ça se tente dans un premier temps
Monic29
Et tout ça avec une monnaie commune ??
Ja-mais ! C’est im-po-ssi-ble !