Après cinq mois de silence et de soin, Salman Rushdie a donné, le lundi 6 février, un entretien au New Yorker. Après l’attentat qui a failli lui coûter la vie, il explique : « J’ai trouvé ça très très difficile d’écrire. Je m’assieds pour écrire et rien ne se passe. » Propos terribles qui montrent que le jeune terroriste musulman qui a tenté de le tuer a presque réussi. Le faire taire à jamais, assassiner sa plume en même temps que l’homme. L’écrivain a publié une photo impressionnante où il porte des lunettes dont un verre est noir pour cacher l’œil désormais mort. Autre symbole. Il fallait empêcher l’auteur de voir la réalité d’un certain islam.

Étrangement, cet entretien a eu relativement peu d’écho aux États-Unis, empêtrés dans le wokisme, et en Europe. Tout comme l’émotion, après l’attentat du 19 août dernier contre l’écrivain, avait suscité nettement moins de manifestations que la fatwa émise par Khomeiny en 1988. Comme si l’opinion et la presse s’étaient accoutumées à l’inacceptable. Comme si le terrorisme islamique était entré dans les mœurs, à la manière d’une fatalité contre laquelle on ne peut rien. Un fléau avec lequel il faut apprendre à vivre. Parce que l’Occident n’a ni les ressorts spirituels, ni les ressorts intellectuels, ni même la volonté politique de désigner l’ennemi.

En réalité la rhétorique islamique de « l’islamophobie » a porté ses fruits. Elle a bloqué le discours, interdit le débat, assimilé la critique de l’islam et de ses dérives à une forme de racisme. Bien joué. Et le monde médiatique et politique est tombé dans le piège. Personne n’aurait l’idée saugrenue d’assimiler le christianisme à une race et, au demeurant, la christianophobie est assez bien portée, comme en témoignent les actions judiciaires de laïcards frénétiques sous couvert de laïcité. Dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils se trompent de combat et s’aveuglent volontairement sur les vraies menaces qui pèsent sur la sacro-sainte laïcité.

L’islam constitue un système religieux, juridique et politique qui s’étend sur plusieurs continents et concerne des peuples divers, asiatiques, moyen-orientaux, arabes, maghrébins et européens. Faire de la critique de l’islam une forme de racisme est une stupidité. Et confondre les musulmans, qui ont droit au respect, comme tout un chacun, et le système islamique est une faiblesse d’esprit. Il est vrai que notre époque n’est pas celle de la pensée nuancée, de la finesse de l’analyse. Polluée par les scories du marxisme, elle ne pense le monde qu’en opposition de dominants à dominés, d’exploiteurs à exploités. Notre vie sociale serait réduite à un grand embrouillamini de « luttes » inexpiables.

Certains, à gauche et à l’extrême gauche, ont cru trouver dans les musulmans un « prolétariat » de substitution, un levier révolutionnaire à exploiter. Et ont abandonné le prolétariat « local » à son sort dès lors qu’il avait perdu sa force révolutionnaire. Car ce qui meut le marxiste n’est pas un souci charitable envers le pauvre et le malheureux mais l’exploitation d’une force révolutionnaire pour détruire la société et, dans une ivresse totalitaire et déicide, la volonté de créer un homme et un monde nouveaux. On a vu le résultat. Plus de 100 millions de morts au XXe siècle. La sollicitude des islamo-gauchistes envers les musulmans n’a rien d’un quelconque humanisme. Ce n’est que de l’utilitarisme révolutionnaire.

Le pire est sans doute que les chantres du multiculturalisme, version libérale, sont tombés, eux aussi, dans le même piège sémantique et sont dans l’incapacité de reconnaître que nous sommes confrontés à un choc de civilisations. Ils évoquent si bien la parabole des aveugles : « Laissez-les. Ce sont des aveugles qui guident des aveugles. » Au demeurant, ce choc a-t-il réellement cessé depuis le VIIe siècle lorsque a débuté l’expansion de l’islam et la colonisation de l’Empire byzantin ? Ce qui a changé, c’est que l’Occident se refuse à le voir et, surtout, qu’il n’a plus l’énergie pour résister, ne serait-ce que spirituellement et intellectuellement. Et ceux qui veulent mener cette résistance selon leurs talents, tels Pierre Manent, Michel Onfray ou Michel Houellebecq, sont voués aux gémonies par la bien-pensance.

Rushdie vient de publier un nouvel ouvrage Victory city. Que l’on apprécie ou pas sa littérature, c’est une forme de victoire contre la volonté de le faire taire à jamais. C’est parce que trop se sont tus devant le mal, devant l’inacceptable, devant le travestissement de l’Histoire, devant le mensonge, que la liberté a sombré. Toujours et plus que jamais, il convient de méditer saint Jean : « La vérité vous rendra libre. »

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09 février 2023 à 15:09

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7 commentaires

  1. Ne vous privez pas du plaisir de lire Salman Rushdie : c’est un excellent auteur, au style agréable, à la prose pleine d’un humour très fin. Ah, c’est peut être ce qui le fait détester des musulmans, chez qui l’humour n’est pas hallal !

  2. En toute religion ce qui compte c’est la doctrine originale, le Livre de référence . Au-delà se trouvent des croyants plus ou moins dévoués, plus ou moins croyants et donc compatibles avec d’autres modes de pensée et de foi : ceci a fort peu d’importance et l’épicier qui tient boutique à toute heure à un angle d’immeuble du XVII° Arrondissement n’est pas à confondre tout-à-fait avec l’Imam qui prêche la haine et l’égorgement du Juif et du Chrétien du haut de sa chaire . Pourtant tous deux se réfèrent plus ou moins fortement au même texte démentiel et fondamentalement inacceptable appelé Coran . C’est de lui que vient toute haine comme de l’Evangile ne découle qu’amour adressé même à l’ennemi ! C’est bien le Livre qu’il faut détruire et non tout lecteur .

  3. La jeunesse ne réagit plus, elle accepte tout et n’importe quoi. C’est la fin du catholicisme, la fin des convictions, la fin de notre civilisation. Je crois que cette jeunesse bourrée de drogue, ne réalise plus l’enjeu de leur futur. Tant pis quand on ne veut plus se défendre, on devient des esclaves. Ils ont choisi inconsciemment, mais c’est leur choix.

  4. C’est une grave erreur de penser qu’il y a d’un coté l’islam des bons musulmans et de l’autre l’islamisme des méchants islamistes. Il y a d’abord plusieurs formes de pratiques islamiques pacifiques comme il y a autant de façons d’être « méchant » en islam. En fait le monde musulman est une vaste mosaïque qui décline une vaste palette de nuances de comportements sociaux et politiques. Mais au centre de la mosaïque se trouve l’Islam dont les caractéristiques sont les mêmes pour Tous. Une religion, une orthopraxie, totalitaire (qui régente toutes les activités de l’Homme), une religion sans clergé hiérarchisé (sauf chez les Chiites). Un texte de référence, le Coran, incréé, directement dicté par Dieu au Prophète. Ces trois caractéristiques fondamentales expliquent 90% du fonctionnement des sociétés dominées par l’Islam : inégalitaires, non démocratiques, intolérantes (les adeptes des autres religions sont des sujets de 2 ° catégorie dont les droits sont restreints quand ils ne sont pas persécutés) Hors du monde musulman, l’islam est ou bien en position d’attente (taqyia) ou bien en position de conquête et de prosélytisme. Cf ICESCO « Stratégie de l’action islamique culturelle à l’extérieur du monde islamique »
    Toutes les carreaux de la mosaïque sont dépendants les uns des autres. Et ce sont les plus « actifs », les plus purs, qui ont le dessus sur les autres.
    L’incompatibilité est complète avec la démocratie, avec les valeurs occidentales chrétiennes et avec la laïcité (qui est un concept chrétien)

    1. Exact, car si l’Occidental est le plus souvent antireligieux, incroyant , ses comportements et ses lois sont presque partout de nature chrétienne et sa Démocratie actuelle en découle itou.

    2. Je partage entièrement votre excellent commentaire. J’ajouterais que l’Europe occidentale et la France en particulier est une cible prioritaire pour la « Stratégie de l’action islamique culturelle à l’extérieur du monde islamique ».

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