Sa voisine de palier, la louche, son cousin, la cuillère à soupe et sa fille, celle à café, étaient unanimes, « c’était pourtant un couteau poli, qui disait toujours bonjour, qui aimait les autres couteaux et aidait souvent sa tante, la gamelle, à faire les courses. On ne comprend vraiment pas ce qui s’est passé », rajoute la louche, tout étonnée, « ce couteau pourtant si gentil s’est subitement affûté et son discours a commencé à s’aiguiser ». Auto-radicalisé, donc, pour les impies du jargon multiculturaliste.

À l’instar des grandes épidémies qui ont émaillé l’histoire tragique de notre Vieux Continent, la peste, le choléra, la variole et le typhus, l’épidémie d’attaque au couteau vient d’atteindre un nouveau pic. Pour l’année 2019, rien qu’en Grande-Bretagne, l’Office des statistiques nationales déplorait une augmentation de 7 % par rapport à l’année précédente, indiquant que le nombre de délits impliquant un couteau ou un instrument tranchant était à son plus haut niveau depuis le début de la décennie.

Flairant le filon, et en réponse à ces inquiétantes statistiques et à la nouvelle législation gouvernementale de 2019 qui classe les couteaux de cuisine comme arme offensive, une entreprise britannique de coutellerie et d’ustensiles de cuisine a conçu une nouvelle gamme de couteaux à bout carré et à pointe émoussée, comme le rapporte The Independent (14 janvier 2019). Cette nouvelle gamme, de philosophie et au design typiquement vivre-ensemblistes, a été testée à plusieurs reprises pour s’assurer que la pointe ne perce pas la peau intentionnellement et prévenir, en conséquence, les blessures, les accidents et les décès.

Ladite loi vient en réponse à la requête d’une association qui demande, par ailleurs, au gouvernement que davantage de policiers communautaires soient introduits pour établir des relations dans les quartiers difficiles en s’attaquant aux causes sous-jacentes : manque de logements, services pour les et possibilités d’emploi. Ça ressemble farouchement à s’y méprendre à du vécu en République laïque, ne trouvez-vous pas ?

Déformation professionnelle oblige, pour traiter une fièvre secondaire à une pneumonie, administrer un antipyrétique ne suffit pas pour guérir l’infection ; pour éradiquer le pathogène, une antibiothérapie ciblée est la mieux indiquée, parfois à large spectre, les germes incriminés devenant de plus en plus résistants. Interdire les couteaux, les remodeler, d’accord. Mais dans la suite logique de ce raisonnement kafkaïen, faudra-t-il, bientôt, construire des voitures en mousse contre les voitures béliers, des camions en carton pour les camions fous, remplacer l’essence des bidons par du jus de fruit bio, les machettes en papier crépon ?

Mais surtout pas d’amalgame, car tous les couteaux ne tranchent pas, nous dit-on.

17 janvier 2020

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