Editoriaux - International - 30 novembre 2019

Attentat de Londres : du London Bridge, vendredi, au pont Alexandre-III, lundi

Tragique de répétition. L’expression d’Alain Finkielkraut, en 2015, pour qualifier les attentats islamistes n’a pas perdu, malheureusement, de sa justesse. Tout particulièrement dans le cas de l’attaque au couteau qui a eu lieu, vendredi après-midi, à Londres. Sur le London Bridge où, déjà en mai 2017, une camionnette avait foncé sur la foule avant que ses trois assaillants islamistes ne poignardent des passants aux terrasses des cafés, tuant huit personnes. Un vendredi, comme le soir du Bataclan.

Mais le tragique de répétition atteint, ici, un nouveau stade, proprement insupportable, depuis que l’on a appris que l’auteur de l’attaque, un certain Usman Khan, 28 ans, avait été condamné en 2012 pour… terrorisme, et qu’il avait été remis en liberté conditionnelle. D’après des médias britanniques, l’homme portait un bracelet électronique.

Nul doute que ces faits auront des conséquences sur l’issue des élections législatives. Les deux grands partis ont suspendu leurs campagnes, multipliant les appels à l’unité. Pour Boris Johnson , le Royaume-Uni « ne sera jamais divisé ou intimidé par ce type d’attaque, les valeurs britanniques l’emporteront », prenant soin d’ajouter qu’il pensait « depuis longtemps » que « c’est une erreur de permettre aux criminels violents de sortir de prison de manière anticipée ».

Cette attaque a fait resurgir, chez les Londoniens et les touristes, le spectre des attentats de 2017, avec des scènes de panique, mais aussi des actes héroïques de passants qui ont désarmé et neutralisé le terroriste avant que les policiers ne l’abattent.

Ce nouvel attentat est triplement révélateur.

D’abord, il vient rappeler à tous que, dans cette affaire de Brexit, la question islamiste et terroriste a pesé fortement dans le vote des Britanniques. On a eu trop tendance, ici et là, à vouloir le minimiser.

Ensuite, il a montré des anonymes britanniques déterminés à résister et à se battre.

Mais, justement, ils ont ainsi à nouveau démasqué l’incroyable faiblesse, la coupable naïveté des démocraties européennes face aux terroristes islamistes, sur le continent comme outre-Manche. Cet Usma Khan sous bracelet électronique serait risible si les conséquences de ces décisions judiciaires n’étaient pas tragiques. La couardise est une réalité visiblement bien partagée des deux côtés du Channel. Héroïsme : les peuples y sont prêts. Leurs gouvernants visiblement pas encore.

Du London Bridge, nous voici ramenés au pont Alexandre-III, où la même Histoire nous donne rendez-vous lundi. Laissons le mot de la fin – ou plutôt du début, le début de ce sursaut que nous espérons tant – à l’abbé Venard, aumônier militaire, qui écrivait, dans Le Figaro :

« La Nation ne devrait-elle pas, devant les treize cercueils qui bientôt lui seront présentés sur la terre sacrée de la cour d’honneur des Invalides, se lancer dans une introspection ? Qu’en est-il d’un pays qui envoie ses plus courageux enfants à la mort… combattre les racines d’un mal qu’il semble laisser prendre racine, sans beaucoup de résistance, sur son propre sol ? »

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