[POINT DE VUE] Lyon : ils saccagent le piano libre. Par haine de la musique ?

C’était l’occasion, pour beaucoup, de toucher pour la première fois un clavier et ressentir la magie des sons.
Image d'illustration

Par Jan Polák — Travail personnel Ce fichier a été téléversé avec Commonist. Cette photo a été créée avec un Canon EOS 600D, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=28487047
Image d'illustration Par Jan Polák — Travail personnel Ce fichier a été téléversé avec Commonist. Cette photo a été créée avec un Canon EOS 600D, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=28487047

C’était un joli piano droit, « customisé » par les enfants lors d’un atelier, qui attirait tous les amateurs de clavier. Sous la responsabilité de l’École de musique du VIIe arrondissement de Lyon, il était le partenaire de nombreuses animations qui réjouissaient le quartier. C’était aussi l’occasion, pour beaucoup, de toucher pour la première fois un clavier et ressentir la magie des sons. Des abrutis l’ont réduit au silence à coups de masse.

À la fois loisir et élément culturel

L’idée d’installer des pianos en libre accès public remonte à près de vingt ans en arrière. Le premier à avoir pris cette initiative est un artiste anglais, Luke Jerram, qui a lancé en 2008 le projet « Play Me, I’m Yours » [« Jouez-moi, je suis à vous », NDLR].

C’est la SNCF qui a pris le relais en France, installant son premier piano dans la gare Montparnasse en 2012. L’opération « Pianos en gare » était lancée. En dix ans, les instruments ont fleuri dans les parcs, sur les esplanades, les marchés, les halls des hôpitaux…

En décembre 2022, la ville de Lyon sélectionne ainsi le projet d’installation d’un piano dans le parc Blandan. Il doit être abrité sous un petit kiosque, et la pérennité de l’installation est confiée à l’école de musique du VIIe arrondissement. À charge pour elle d’y proposer des activités : cours d’initiation gratuits, petits concerts, etc. Il est bien précisé que l’instrument devra « être un piano d'occasion robuste ; il n'y a pas nécessité d'un piano "haut de gamme". Ce projet est à la fois un loisir et un élément culturel. » Hélas, la robustesse ne rebute pas les vandales.

Au sortir de l’hiver, le joli piano du parc Blandan a retrouvé son kiosque, le 8 avril dernier, prêt à entamer la nouvelle saison. Le voilà aujourd’hui réduit en miettes. « C’est un spectacle navrant qu’ont découvert les usagers du parc Blandan », écrit Le Progrès. Leur piano « n’est plus qu’un amas de bois et de cordes brisées ». Voilà donc « un vecteur d’éveil culturel et de lien social détruit ». Détruit par qui ? Détruit pour quoi ? En effet, « pourquoi détruire un piano ? Le parc Blandan est suffisamment étendu pour s’isoler, si l’on n’aime pas la musique ! », dit naïvement une passante. Croit-elle vraiment que la haine de la musique en soit la raison ?

Ils n’ont dans la tête que leur nihilisme destructeur

Si oui, alors, c’est une haine culturelle. Détruire ce piano, « c’est s’attaquer à un symbole », dit une dame au bord des larmes. Elle « se souvient encore avec émotion de ce jeune pianiste qui lui avait dédié un petit morceau en la voyant passer ». C’est le symbole de l’art, de la culture, celui d’une société qui croit que la musique est un lien universel qui abolit toutes les barrières. Mais voilà : pour certains, la musique est haram (« non licite »), péché pour les oreilles. Pour d’autres (éventuellement les mêmes), la musique occidentale classique est « un truc de Blanc ».

Au jour de l’inauguration du piano, en avril, on a joué Scott Joplin, Mozart et Satie. Scott Joplin était américain et noir. Mozart, autrichien, est mort dans la misère, enterré dans la fosse commune. Quant à Erik Satie, Normand exilé à Montmartre, c’était un rebelle mystique. Les vandales n’en savent rien et veulent surtout n'en rien savoir, eux qui n’ont dans la tête que leur nihilisme destructeur et la haine du monde qui les entoure. On nous parle de « vandalisme gratuit ». Erreur. Ce n’est pas un acte gratuit, c’est une destruction délibérée lourde de sens.

« L'identité exacte des auteurs du saccage du piano du parc Blandan à Lyon n'a pas été officiellement rendue publique », nous dit-on. Et officieusement, connaît-on leur identité, même approximative ?

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

74 commentaires

  1. Vous aimer l’Islam ? Alors vous ne pouvez aimer la musique qui est interdite par le bon prophéte Mahomet. Que les musitiens et autres chanteur se le disent ils seront bientôt au chomege si l’on continue de laisser cette religion prendre de plus en plus de pouvoir chez nous.

  2. Ces pianos en accès libre un peu partout sont une très bonne idée. Parfois, celui qui joue doit progresser, mais il m’est arrivé d’attendre dans un aéroport, une gare et de tomber sur un vrai pianiste qui nous régale. Ce piano détruit par qui ? Détruit pour quoi ? Il n’y a pas besoin d’un motif à certains pour simplement détruire ce qui est devant eux. C’est accessible dont on peut casser. Jalousie de ne pas savoir jouer ? Refus du beau ?C’est très triste !!

  3. C’est tellement triste ! Qui a bien pu détruire piano mis librement à la disposition de tous, et de tous les répertoires ? Dans notre monde où il y a des caméras partout, n’y en a-t-il pas aux abords de ce parc pour savoir qui a mis ce piano en miettes ? … Ce serait bien de pouvoir l’interroger afin de connaitre se motivations.

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