[PROFS EN FRANCE] Chers lycéens, déposez vos portables dans la corbeille à doudous !
Comme vous l'avait annoncé Virginie Fontcalel, dans sa dernière chronique du 16 août, cette rubrique renaît sous une autre forme. Avec un peu d'avance, car nous n'avons pu attendre l'automne ! Elle ne s'appellera plus « Une prof en France » mais « Profs en France ». Tout simplement parce que cette chronique de terrain sera désormais tenue par plusieurs enseignants aux parcours et aux expériences très divers. Vous les découvrirez au fil des prochaines semaines. Ce dimanche, c'est Frédéric Sirgant, bien connu des lecteurs de BV, qui ouvre le bal. BV en profite pour remercier infiniment Virginie Fontcalel qui a tenu cette chronique durant plus de trois années et demie avec brio et une régularité de métronome !
C'est la grande affaire de cette rentrée. À défaut de réforme (et il faudrait presque s'en réjouir, vu l'effet des dernières), c'était le principal sujet de la prérentrée des enseignants, lundi 31 août, et, bien avant, celui des lycéens dans leur prérentrée à eux, en soirée ou à la plage. Si vous avez des ados à la maison, vous en savez quelque chose. Mais comment donc allait-on faire ? Pour s'en passer, d'abord, pour les jeunes (et les parents...) accros, et, surtout, pour appliquer l'interdiction. Cette question des lycéens, les proviseurs se la posent aussi, et quoi qu'on pense du bien-fondé de la mesure pour le bien-être des jeunes, la chose est plus compliquée qu'il n'y paraît. Depuis la rentrée, on en sait un peu plus sur cette interdiction censée s'appliquer dès les premiers jours de l'année scolaire. Mais...
À ce sujet — [UNE PROF EN FRANCE] Ce n’est qu’un au revoir !
Interdiction dès la rentrée ou pas ?
Revenons sur le cadre. Souvenez-vous : cet été, le Conseil constitutionnel avait censuré avec éclat la loi 2026-813 du 24 août 2026 « visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l'utilisation des réseaux sociaux » en biffant toute la partie concernant, justement, l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans au nom d'une atteinte disproportionnée à la liberté. Contrarié sur ce point, Emmanuel Macron pouvait se réjouir, sur X, le lundi 24 août, de la promulgation de « la loi visant à interdire les téléphones portables au lycée dès la rentrée » en déclarant : « Protéger les enfants des dérives des écrans ne peut plus attendre. […] Une école sans téléphone, c’est retrouver la sérénité de l’apprentissage. » On ne saurait mieux dire. Et Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, avait assuré : « L’interdiction des portables dans les lycées pourra être effective dès la rentrée avec un cadre juridique stable, consolidé et législatif. » Tout est dans le « pourra ». Car que vous soyez lycéen, parent ou enseignant, vous savez désormais que non, cette interdiction ne sera pas effective, ou pas complètement, ou pas encore, ou avec moult dérogations.
Interdiction partout et tout le temps ou pas ?
C'est souvent le message de rentrée du proviseur qui vous a alerté. Tout en vous informant du piratage massif des services informatiques qui perturbent parfois encore les ENT [espace numérique de travail, NDLR], les messageries et divers services de l'Éducation nationale (mais ouf, Pronote - logiciel privé - fonctionne bien, lui !), celui ou celle qui est en première ligne pour faire appliquer l'interdiction ne pouvait qu'avouer, de façon réaliste, que l'interdiction serait... progressive. Souvent, les chefs d'établissement ont choisi de mettre l'accent sur une interdiction « à l’intérieur des bâtiments » en étendant l’interdiction déjà existante dans les salles de cours à tous les autres bâtiments : salle de restauration, cafétéria et couloirs. Décision prudente. Car, au-delà, tout se complique ; certains établissement semblent s'acheminer vers une « tolérance » pour les espaces extérieurs. Et puis, il y a des cas particuliers : quid des majeurs et des étudiants scolarisés dans les lycées ? De l'utilisation pédagogique du portable ? Des élèves internes ? Pour eux, des corbeilles pour déposer le précieux doudou avant le coucher ? Pour tous, des espaces et des temps bien délimités où le portable sera autorisé ? Espérons que nos chefs d'établissement et nos élus éviteront le recours à ces pochettes anti-ondes, barrière déjà contournée par des petits malins dans les collèges de Haute-Savoie : un fiasco qui a coûté 750.000 euros pour l’achat de 50.000 pochettes et 600 bases de déverrouillage par le conseil départemental !
Les proviseurs renvoient souvent à une nécessaire concertation et à des modifications des règlements intérieurs des établissements qui nécessitent un vote du conseil d'administration. En gros, les personnels de direction, comme leur syndicat, veulent donner du temps au temps : « On ne peut interdire les portables comme ça du jour au lendemain », selon Christelle Kauffmann, la secrétaire générale adjointe du SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale), qui recommande « aux établissements de prendre le temps qu’il leur faut et d’éviter d’agir dans la précipitation ».
Eh bien, pour une fois, c'est Emmanuel Macron qui a raison, avec sa décision tombée d'en haut. Il est d'ailleurs venu s'assurer de sa mise en œuvre et la justifier encore, ce mardi 1er septembre, dans un lycée de Mende, en Lozère. Cela suffit-il à faire de lui un grand Président et son bilan à l'Éducation nationale un succès ? Vous connaissez la réponse. Mais si, avec notre classement PISA terrifiant et nos lycéens zombies abrutis par leurs écrans dès le matin, l'Éducation nationale ne parvient pas à imposer cette mesure de bon sens et de santé publique - sans gabegie, évidemment - ce sera à désespérer de ce pays. Bonne rentrée quand même !







































39 commentaires
Bravo Macron.
Mieux vaut tard que jamais.
Bientôt d’autres bonnes décisions ?
Pourquoi s’émouvoir de dispositions de bon sens !
Dans ce pays nous marchons sur la tête
Un élève va à l’école non pour avoir l’attestation permanente rivée sur un téléphone portable, mais pour apprendre.
Depuis plusieurs décennies, l’état a abandonné ses pouvoirs pour les transférer à des seigneurs locaux.
Il serait temps de revenir à des règles Nationales s’appliquant à tous.
Il en est de même s’agissant des tenues que portent nombres de ces élèves, ou la marque domine le respect de soi et des autres.
Il est bien d’autres domaines où l’état doit se ressaisir en prenant des réglementations nationales.
« Mais si, …ce sera à désespérer de ce pays »… Vous y croyez encore?
Ces ados sont devenus incultes en partie à cause de ces smart même si l’école n’apprend plus rien à part le sexe.
Je vois la fille de mon ex qui, à 16 ans, ne peut plus lâcher son tél plus de 30 seconde ; j’ai l’impression qu’il est greffé dans sa main !
On ne parle plus car elle ne fait que montrer ses performances » rigolotes » sur son smart durant presque 45 mn donc il faut que je la vire gentiment ! C’est une catastrophe !
Elle ne sait pas écrire sans faire 8 fautes par ligne et parle le wesh wesh ! Ni compter !
Sa mère l’a laissée faire car j’étais trop carré à ses yeux pour vouloir ( à la gamine ) lui faire apprendre par coeur les tables d’additions etc…+ le français à écrire correctement. Résultat : elle ne sait pas calculer de tête, elle ne sait pas écrire et pour le langage, je vous laisse deviner. Bon, je ne suis plus avec sa mère donc tant pis pour la petite dont le smart est greffé à la main droite ! Époque bien triste pour ces jeunes incultes et ignares.
Bien le bonjour à Virginie en lui souhaitant toute la réussite possible dans sa nouvelle fonction.
Nous n’avons pas suivi de près cette interdiction. Mais il nous semble qu’elle a été appliquée dans la précipitation, sans aucune préparation.
Dans nos établissements industriels, nous avons à distribuer des vêtements de travail, des protections individuelles. Ne pas croire que cela se fait de la main à la main sous haute surveillance. Dans certains établissements, Les Directions ont implantés des murs de casiers cadenassés à charge pour l’employer de fournir le cadenas. Au dos de ces murs, des cloisons qui permettent l’ouverture du fond de l’ensemble des casiers et la mise en place des protections, spécifiques pour chaque salarié. C’est le fournisseur extérieur qui se charge de cette opération. Pour les smartphones, on peut imaginer le même principe. La cloison arrière permettant à la Direction de l’école de s’assurer que tous les appareils sont déposés. Les cases vides sont parfaitement identifiables.
750000 euros ça paierait des bloqueurs de portables dans tous les lycées de France non ????
Puisque que le principe de l’interdiction des portables est prévu par la nouvelle loi d’août 2026 de s’appliquer dès la rentrée scolaire 2026, de la maternelle au lycée, il revient aux chefs d’établissement de l’inscrire dans leur règlement intérieur, de l’annoncer en réunion parents-élèves et de le faire appliquer. Quand on veut, on trouve les solutions.
Tout à fait
Regardons les choses d’un point de vue pratique.
En primaire, les élèves ont une salle de classe. Relativement facile, donc, d’y ranger tous les téléphones le matin, pour les re-distribuer le soir. Mais dans le secondaire, ils changent de salle d’une heure à l’autre : il faudrait donc des casiers sécurisés, à l’extérieur des salles de cours, et…combien de surveillants, pour vérifier que chacun récupère son bien sans problème ???
Quant aux brouilleurs, on nous a expliqué que dans les prisons, ça posait problème parce que ça perturbait les communications des voisins… sans compter que le personnel eut avoir besoin de téléphoner, pour raisons de service !
Le contrôle individuel systématique étant bien évidemment impossible, seule solution restante, des contrôles aléatoires : avec suffisamment de contrôleurs musclés, on boucle une classe au hasard, on procède à une fouille sérieuse, on confisque tous les portables, et on ne les rend qu’après paiement d’une amende. Vous y croyez ??? moi non plus !
Mes 3 ados n’ont pas de smartphone et sont dans une école privée ! Leurs bulletins scolaires et résultats aux examens ne sont pas falsifiés par des profs bisounours qui de l’école publique qui au pire sont des animateurs ou pire des propagandistes gauchistes !
Macron justifie sa décision d’interdire les portables dans les établissements scolaires dans un lycée de Mende en Lozère, pourquoi n’est-il pas allé tout simplement dans un lycée technique par exemple à Aubervilliers ou à la Courneuve.
On pourrait peut-être commencer par leur apprendre la discipline, le respect et après ce serait plus facile d’expliquer aux élèves pourquoi on les prive de téléphone et peut-être même ne serions nous plus obligé de les priver de téléphone.
Sans vouloir donner des leçons à sa majesté le gamin, et si pour une fois ce cuistre s’inspirait de ce qui fonctionne dans un Pays évolué, la CORÉE du sud par exemple !?
La bas la jeunesse est on ne peut plus studieuse et respectueuse de tout, comme chez nous il.y a des décennies.
Seulement, la Corée fait face à un problème de denatalité bien pure que le nôtre.