Editoriaux - Union Européenne - 12 janvier 2019

Rencontre Salvini-Kaczyński à Varsovie, ou quand droites « populistes » et V4 se rapprochent

La rencontre entre l’Italien Matteo Salvini et le Polonais Jarosław Kaczyński, le 9 janvier, à Varsovie, est-elle le signe d’un rapprochement enter le PiS polonais et la Ligue italienne, après celui déjà opéré par les Italiens avec le Fidesz hongrois ? On peut le penser, à lire et entendre la gauche et les libéraux, notamment en Italie et en Pologne. Pour le journal de gauche italien La Repubblica, qui le premier, le 2 janvier, avait annoncé cette rencontre à venir, la Pologne gouvernée par Droit et Justice était “le maillon manquant de la chaîne noire” avec laquelle “les souverainistes se préparent à ceindre l’Europe lors des élections européennes de mai”. Le 9, à Varsovie, expliquait le journal, ce maillon sera construit par les deux leaders de ces partis de la droite « populiste » qui sont au gouvernement : Matteo Salvini et Jarosław Kaczyński.

Jusqu’ici, les positions de ces deux partis vis-à-vis de la Russie et de Vladimir Poutine interdisaient apparemment tout rapprochement, ce qui valait aussi pour les relations entre le Rassemblement national français et le PiS polonais. Et si c’est le ministre de l’Intérieur polonais Joachim Brudziński qui avait pris l’initiative d’inviter son homologue italien quand ils s’étaient vus, en novembre, au G6 de Lyon, c’est de Matteo Salvini qu’émanait le projet d’en profiter pour avoir un face-à-face avec Jarosław Kaczyński. Ce dernier était, au départ, réticent, paraît-il, mais a fini par accepter après la venue, à deux reprises, à Varsovie, d’un représentant du vice-Premier ministre italien.

Selon les deux camps en présence, la rencontre a été chaleureuse et cordiale, et elle a permis de faire le point sur les divergences entre la Ligue et le PiS, mais aussi de constater une grande proximité de vues sur bien des questions, et notamment sur celles qui concernent l’Union européenne et l’immigration. Du point de vue de Salvini, qui voudrait voir se former un grand bloc de droite après les prochaines élections au Parlement européen, ces discussions s’inscrivent dans la suite logique de ses discussions avec le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, en août. Après tout, Hongrie et Pologne divergent aussi sur la question des relations avec la Russie et cela ne les empêche pas d’entretenir des relations très étroites et de se soutenir mutuellement face à Bruxelles.

Au sein du PiS, l’attitude vis-à-vis des partis comme la Ligue ou le Rassemblement national connaît, en ce moment, une évolution positive sous l’effet combiné de deux facteurs : la clarification des positions de ces partis sur l’Union européenne, qu’ils disent désormais vouloir réformer et non pas détruire, et l’agressivité du Président français Emmanuel Macron et de son gouvernement vis-à-vis de certains partenaires européens, et notamment de la Pologne, de la Hongrie et, depuis quelques mois, de l’Italie. Vu de la droite polonaise, la Ligue et le RN ne sont, finalement, pas tellement plus pro-russes que les autres grands partis italiens et français, et ils sont de meilleurs garants de la survie d’une Union européenne plus respectueuse des souverainetés nationales qu’un Emmanuel Macron dont les projets d’Europe à deux vitesses avec un noyau dur fédéraliste sont perçus comme porteurs de conflits et suicidaires pour la construction européenne.

Un signe parmi d’autres de ce changement de perception en Pologne, c’est le fait que le coprésident du groupe ENL au Parlement européen, le Français Nicolas Bay (RN), avait été le seul député au Parlement européen invité à Varsovie en tant qu’intervenant lors d’une grande conférence au Conseil national de la magistrature polonais en décembre dans le cadre des cérémonies du centenaire de l’indépendance.

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