À écouter et à lire depuis plusieurs semaines, en tout cas à partir du moment où les se sont engouffrés durablement, bruyamment, violemment dans notre espace démocratique en ne cessant pas de le dénigrer alors même qu’ils bénéficiaient de sa relative mansuétude, j’éprouve l’impression d’un dérèglement qui n’est plus maîtrisable.

Déjà ceux qui parviennent, dans les débats médiatiques, à distinguer le bon grain de l’ivraie, à ne pas sanctifier l’ensemble des gilets jaunes, à condamner leurs inadmissibles violences en refusant toute équivalence avec les contraintes du maintien de l’ordre policier, deviennent aujourd’hui de véritables héros tant une parole nuancée et équilibrée apparaît dorénavant inaudible et quasiment scandaleuse.

Parce qu’elle ne participe pas d’un délire généralisé.

Celui-ci est révélateur d’une pulsion de révolution, d’une aspiration au bouleversement et au désordre, d’un désir jusqu’au-boutiste de tout détruire, d’une volonté voluptueuse de se couler dans les pas d’ancêtres illustres ou meurtriers. Il est clair que la France est agitée par une frénésie, un extrémisme, une haine qui ne relèvent plus d’une politique classique mais d’une sorte de catharsis qui se donne l’illusion de préparer des lendemains qui chanteront alors qu’au contraire, on peut craindre une guerre civile pour peu que des tragédies, dans les affrontements qui vont se poursuivre, surviennent dans un camp ou dans l’autre. Avec un État qui tente mais ne réussit pas.

Cette pulsion de révolution, malheureusement, affecte en plein le quinquennat d’Emmanuel qui, à tort ou à raison, a été et, malgré son évolution, est de plus en plus perçu comme un enfant régalien qui ne mérite que l’opprobre au point que sortir de l’Élysée, pour lui, manifeste un courage républicain extrême.

Cette appétence pour l’effervescence sans cause – on ne lâchera rien ! – est d’abord visible chez les gilets jaunes dont on sent bien que, pour ne pas être dépassés par des orages qu’ils ont fait se lever, ils feignent surtout de ne pas les organiser mais de les laisser dériver jusqu’au pire.

Parce qu’il y a une sombre fascination pour le pire qui fera place nette, croit-on, alors qu’il offre surtout une occasion quotidienne pour la pulsion de révolution d’autant plus exemplaire qu’elle ne s’arrêtera jamais. Tout dialogue serait une trahison, tout compromis une transgression, tout respect une indécence.

La classe politique elle-même – et je ne parle pas seulement de – accepte de se dépouiller de sa raison pour se projeter, avec quelle ferveur, dans une apocalypse rêvée qui la ferait disparaître en même temps que les valeurs démocratiques dont pourtant elle nous a rebattu les oreilles en pourfendant les partis non républicains.

On ne sait pas où on va mais on veut y aller.

Le cauchemar d’un bateau sans gouvernail.

Mais, à rebours, j’ai de cette envie délicieusement irrépressible qui pousse à construire des barricades au propre et au figuré et à baptiser révolution ce qui est simplement le laisser-aller d’un peuple qui ne supporte plus les exigences, les contraintes et les richesses du débat démocratique.

12 janvier 2019

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