Un quart de siècle après le 11 Septembre, de New York à Kaboul : tout ça pour ça ?

Le retour des talibans en août 2021 a montré que la construction de nouvelles institutions n’avait eu aucun résultat.
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Chacun se souvient encore, aujourd’hui, de la destruction des deux tours jumelles du World Trade Center de New York, en début de matinée d’un certain 11 septembre, sous la collision volontaire de deux avions de ligne sacrifiés avec leurs passagers par des terroristes saoudiens[1], mais sans doute un peu moins des deux opérations militaires qui ont suivi cette tragédie en Méditerranée et en Afghanistan, du fait de l’article 5 du texte de l’Alliance atlantique.

Rupture stratégique

Brutalement, le 31 décembre 1991, l’Alliance atlantique s’est retrouvée sans adversaire préalablement désigné après la dissolution de l’Union soviétique. Après une guerre du Golfe contre Saddam Hussein qui avait envahi le Koweït et après l’éclatement de la République fédérale de Yougoslavie en 1992, qui débuta par la guerre civile de Bosnie et se finit avec la crise du Kosovo, l’OTAN, en complément de l’ONU, envoya des troupes régler ces deux guerres civiles en prenant délibérément le camp des victimes bosno-musulmanes et kosovares albanaises que l’on nous présentait, face à la réaction violente des minorités serbes et de l'armée de la République fédérale de Yougoslavie, réduite finalement à la Serbie et au Monténégro. Les Américains, derrière lesquels se rangèrent les Européens, incapables de mettre fin à cette crise sans faire appel à leurs alliés d'outre-Atlantique, imposèrent une première paix avec les accords de Dayton, en novembre 1995, et, ensuite, obligèrent la Serbie à retirer ses troupes du Kosovo avec les bombardements de Belgrade et l’entrée des troupes de l’OTAN dans la province rebelle en juin 1999, ainsi qu’en Macédoine en août 2001 - cette fois-ci, à titre préventif.

Parallèlement, une organisation qui deviendra terroriste appelée Al-Qaïda[2], créée en 1988 par un certain Oussama ben Laden, fils d’une famille saoudienne, se développa en vue de fournir des combattants musulmans en Afghanistan pour lutter contre la présence soviétique débutée à la fin de l’année 1979, et ce, avec la complicité et le soutien à la fois des services secrets américains et pakistanais. Après le retrait des troupes soviétiques en 1989, cette organisation[3] poursuivit son action de prosélytisme wahabite[4] et d’armement et d’entraînement de combattants fanatiques avec, sinon l’assentiment, au moins le silence de leurs anciens mentors américains et pakistanais. Ces combattants wahabites, donc anti-chiites, faisaient alors également partie de la stratégie anti-iranienne des Américains depuis l’accession au pouvoir de l’ayatollah Khomeini en 1979. À la fin des années 90, un certain nombre d’attentats ou de tentatives d’attentats en Afrique et au Moyen-Orient ont commencé à alerter la CIA et leurs collègues européens sur la possible dangerosité de cette organisation, notamment à Dar es-Salaam (Tanzanie) et à Nairobi (Kenya), contre les ambassades américaines le 7 août 1998 et sur l’USS Cole[5] à Aden (Yémen), le 12 octobre 2000.

Assassinat du commandant Massoud

Moins d’un an plus tard, le 9 septembre 2001, le commandant Ahmad Shah Massoud, le grand chef de la résistance contre les Soviétiques dans le Panjshir, et plutôt d’obédience pro-occidentale, fut assassiné à Darqad par de faux journalistes - en réalité, des terroristes d’Al-Qaïda. « Le Lion du Panjshir[6] », qui continuait à combattre Al-Qaïda en Afghanistan, avait pourtant prévenu les Occidentaux, notamment lors de son intervention au Parlement européen de Strasbourg quelques mois plus tôt, de la menace représentée par cette organisation terroriste hébergée par le régime des talibans en Afghanistan, non seulement pour les Afghans, mais aussi pour les Occidentaux. Deux jours après avoir tué Massoud, Al-Qaïda commit le pire attentat aux États-Unis en détruisant les deux tours jumelles de Manhattan.

Ce drame fit, en direct, plus de 3.000 morts et montra la vulnérabilité de l’hyperpuissance américaine face à cette nouvelle menace. L’Alliance atlantique déclencha alors l’article 5 pour que les puissances alliées aux États-Unis puissent intervenir en soutien aux deux opérations déclenchées respectivement en Méditerranée (Active Endeavour[7]) de 2001 à 2016 et en Afghanistan pour éliminer Al-Qaïda et capturer ou neutraliser Oussama ben Laden, qui avait revendiqué entre-temps le triple attentat de New York, d’Arlington (Virginie) et de Shanksville (Pennsylvanie).

Le bourbier afghan

Déclenchant l’opération Enduring Freedom[8], l’armée américaine demanda rapidement leur concours aux forces alliées (OTAN et non-OTAN) pour sécuriser, notamment, la situation autour de la capitale afghane après sa libération en novembre 2001 par l’Alliance du Nord, les troupes de feu le commandant Massoud. Après les accords de Bonn en décembre 2001, les troupes occidentales, dont françaises, se déployèrent notamment dans les environs et à Kaboul en vue de soutenir les toutes nouvelles autorités afghanes du président Hamid Karzaï, après le départ des talibans.

Pendant ce temps-là, les forces spéciales américaines poursuivaient à l’ouest du pays, mais pas que, ce qui restait des talibans en vue de capturer leur chef, le mollah Omar, ainsi que le chef d’Al-Qaïda. L’opération Anaconda menée par les forces spéciales américaines dans l’est du pays, à la frontière pakistanaise, dans la première quinzaine de mars 2002, ne réussit à rien, notamment par manque de coordination sur le théâtre. De fait, les ordres étaient directement donnés depuis le poste de commandement CENTCOM[9] situé aux États-Unis. Bagram[10] fut ensuite choisi sur le théâtre pour devenir le poste de commandement avancé de l’opération et le centre de liaison des opérations spéciales en Afghanistan.

Après l’invasion américaine et britannique de l’Irak en 2003, la situation se compliqua en Afghanistan, avec l’intensification des actions terroristes des forces d’Al-Qaïda et des talibans, brutalement réapparues du néant. L’Alliance atlantique prit ès qualités le commandement de la Force internationale d’assistance à la sécurité en août 2003, au moment où sa zone d’action s’étendit sur l’ensemble de ce territoire de 650.000 km² très montagneux et, donc, très enclavé. Le soutien à l’armée et à la police afghanes s’accompagnait alors de la reconstruction à la fois physique et institutionnelle dans l’ensemble des provinces. Les équipes de reconstruction provinciale étaient nombreuses et le plus souvent isolées. Au fur et à mesure que l’OTAN cherchait à intensifier ses actions à la fois civiles, mais aussi de plus en plus militaires en accompagnement au combat des troupes afghanes préalablement instruites et entraînées, les pertes dans les différents contingents augmentaient ainsi que les actions des terroristes. L’ensemble des pertes occidentales s’éleva, au bout de dix ans, à 3.613 morts, avec une forte augmentation entre 2009 et 2011. Les Français retirèrent leur contingent en 2012 avec des pertes s’élevant à 90 morts[11] et plus de 700 blessés.

Et au bilan...

Les Occidentaux, dont les Français, n’ont rien retiré de cet engagement et le retour des talibans au pouvoir le 15 août 2021, sept ans après le départ du dernier soldat américain, montra que la construction des nouvelles institutions (dont l’armée et la police) n’avait eu, au final, aucun résultat.

Aujourd’hui, les Pakistanais ont repris le combat contre les talibans qui organisent des attentats à l’ouest de la passe de Khyber[12] et dans les zones tribales. Les Russes, ainsi que les Chinois, soutiennent les talibans dans leur reconstruction.

Malgré une technologie supérieure et des forces en nombre important (140.000 au plus haut), l’Occident n’a pas fait mieux que les Soviétiques entre 1979 et 1989. Cet échec militaire et politique doit faire réfléchir à deux fois la France avant d’engager son armée professionnelle dans des théâtres lointains avec des objectifs incertains. Respecter l’article 5 de l’OTAN, c’est bien, mais penser à ses propres intérêts stratégiques, c’est encore mieux. Comme l’écrit le général Philippe Sidos, à la fois acteur de terrain et historien militaire, dans son excellent livre sur Les Guerres d’Afghanistan (Perrin) : « La chute de Kaboul de 2021 m’a, pour le moins, heurté. Cette émotion a très certainement été partagée par tous ceux que l’Afghanistan a fait vibrer depuis 2001. Mais il n’y eut pas de rassemblement spontané à l’Arc de Triomphe comme après la chute de Ðiện Biên Phủ. Certains ont dû exprimer leur soulagement, d’autres ont pu penser que tout cela n’avait servi à rien. »

 

[1] D’autres terroristes saoudiens avaient au même moment tenté de détruire le Pentagone et la Maison-Blanche. Ce dernier avion, grâce à la révolte de ses passagers contre les pirates de l’air s’est écrasé en forêt au lieu d’atteindre sa cible.

[2] « la base », en français.

[3] https://main.un.org/securitycouncil/fr/sanctions/1267/aq_sanctions_list/summaries/entity/al-qaida

[4] Une forme radicale saoudienne de l’islam datant du XVIIIe siècle et alors durement combattue par, notamment, l’Empire ottoman qui envoya en Arabie pas encore saoudienne plusieurs expéditions militaires.

[5] Un destroyer lance-missiles américain.

[6] Surnom de guerre d’Ahmad Shah Massoud.

[7] Initiative active, en français.

[8] Liberté immuable, en français.

[9] Central Command : Commandement américain regroupant les forces déployées dans le « plus grand Moyen-Orient » (Greater Middle-East) dont l’Afghanistan fait partie et situé à Tampa, en Floride.

[10] En septembre 2025, Donald Trump a demandé aux talibans que les États-Unis récupèrent cette base, et ce, sans réponse de leur part.

[11] Chacun se souviendra de l’embuscade d’Uzbin des 18 et 19 août 2008 avec 10 soldats français (principalement du 8e RPIMa de Castres) et un interprète afghan morts pour la France et 21 autres soldats blessés.

[12] Limite entre les deux pays.

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Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

28 commentaires

  1. Je dois être un des seuls sur ce site à avoir une expérience des Talibans à 90 % composés de Pachtounes, une ethnie d’origine iranienne occupant le sud-est de l’Afghanistan et le nord-ouest du Pakistan. Ce peuple montagnard guerrier et très dur au mal a été arbitrairement séparé en 1893 par la Ligne Durand lors du stupide démembrement-répartition des territoires des Pachtounes entre l’empire britannique des Indes et l’émirat d’Afghanistan. D’où l’actuelle étroite intrication du Pakistan (issu de la grande partition de 1947) dans le conflit afghan en raison de cette incongrue dualité géographique.
    Pour faire court, le président Républicain George W. Bush remonté comme un coucou par ses ultra-faucons va-t’en guerre (Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Richard Perle, Richard Hermitage, etc..) a eu TORT d’ENVAHIR l’Afghanistan dans les suites des attentats du 11-septembre en vue de renverser le régime des Talibans.
    En vérité, les Talibans du mollah Mohammed Omar n’ont AUCUNE RESPONSABILITE dans la prise de décision, l’organisation et la commission des attentats aux Etats-Unis. Bush est entré en guerre pour montrer à l’opinion américaine et mondiale que l’Amérique criait vengeance, et qu’il fallait envahir l’Afghanistan car le refus du mollah Omar de lui livrer Oussama bin Laden était la preuve de l’implication des Talibans auprès d’Al Qaïda dans ces attentats, ce qui est totalement FAUX.

  2. Il faudra bien encore 25 ans pour faire le tour de cette histoire. Malgré les guerres, les morts, les dégats incommensurables on ne sait pas le pourquoi du comment.
    poser des questions est déja suspect.
    prions pour les victimes.

  3. Relire l’excellent livre de Joseph Kessel,  » Les Cavaliers » qui en dit long sur l’Afghanistan et le peuple afghan. Peuple aussi dur et résistant que les montagnes de l’Hindu Kuch. Ce peuple partage avec la géographie de son pays, le goût extrême de la dureté, de la résistance et de l’invulnerabilite.

  4. On nous a dit que ce jour-là la « rue arabe » avait dansé de joie. Célèbre-t-elle aujourd’hui ce terrible anniversaire de la même manière ?

    • A Barbès notamment et certains quartiers dans toute la France , c’était la fête en effet quand nous pleurions ce qui s’était passé, on a beau nous faire croire mais désolée de le dire, toutes les cultures ne se valent pas, certains célèbrent la mort, d’autres la pleurent

  5. En effet, depuis le Trade Center, « nihil novi sub sole » mais surtout « Dieu se rit des créatures qui déplorent des effets dont elles continuent de chérir les causes ». Ce n’est pas prêcher une nouvelle croisade que de souligner la faiblesse générale des nations occidentales (pour ne pas employer un vocable que n’a pas accepté Chirac) : Compromis politiques avec ceux qui assurent l’essentiel de leur approvisionnement en hydrocarbures, yeux fermés sur l’entrisme dans nos Pays sous prétexte de respect de nos principes démocratiques quant ce n’est pas perméabilités de plus en plus affirmée des esprits à ce qu’il propose.

  6. Au résultat, les terroristes ont gagnés. Les américains en Afghanistan ont subi un second Vietnam. Les terroristes règnent sur Kaboul, les démocraties ont baissés leurs pantalons. New York a un maire islamiste… Pareil en France pour le Bataclan, les coupables sont en prison avec des permissions de sorties, les islamistes egorgent en toute impunité.

  7. Les USA aiment bien faire la guerre chez les autres , en bombardant à tout va , le 11/ 09 ils ont vu ce que c’est d’avoir la guerre chez soi .

    • Les familles endeuillée.dont meuremebree ont payé de leur vie cet attentat n’ont pas vu les choses de ma même façon que vous.
      Cet attentat s’est fait uniquement contre des gens qui travaillaient dans ces toursqui n’ont rien à voir avec les guerres que leurs armées font dans le monde .
      Les américains ne tiraient pas sciemment sur des civils .Sauf à Hiroshima et Nagasaki .

  8. Et dire que les New-Yorkais ont élu un maire islamiste , ce n’est rien à y comprendre alors que cette religion n’est que malheur dans le monde , et toujours les politiques qui soit s’apitoient soit mettent le genou à terre ou soit sont complices de leurs atrocités , la révolte est en marche et il faudra bien les renvoyer d’où ils viennent sinon détruire les pays musulmans qui nous veulent du mal

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