Dans la Vallée des Saints, d’irréductibles Bretons résistent à l’envahisseur éolien
Le 7 septembre dernier, le promoteur Galileo a déposé un dossier à la préfecture des Côtes-d'Armor. Objectif : obtenir une autorisation environnementale pour son projet « Milin Polan » (lancé en 2020 et qu’il a repris depuis) et consistant à implanter un parc éolien sur les terres de la commune de Carnoët (au nord de Carhaix-Plouguer).
La Vallée des Saints, lieu d’art unique en France
Lancé en 2020, ce projet, pourtant moins médiatisé que celui de Bretagne Sud, récemment évoqué par BV, a malgré tout suscité dès le départ une levée de boucliers de la population, à laquelle la municipalité s’est finalement jointe. Mais au-delà des nuisances attendues habituellement d’un tel projet, qu’il s’agisse de la défiguration des paysages, des perturbations et dangers pour la faune et la flore, des nuisances au quotidien pour la population locale, de l’impact négatif sur le tourisme ou encore des effets déstabilisateurs de cette énergie intermittente (par ailleurs inutile dans un pays en surproduction) sur le réseau électrique et sur le bon fonctionnement des centrales nucléaires, un détail s’ajoute ici : le choix d’une implantation à deux pas de la Vallée des Saints, un lieu unique de culture et de traditions, installé sur une ancienne motte féodale, et parsemé, à la façon des pierres de Carnac, de quelque 200 statues de granit de 3 à 7 mètres de haut, sculptées sur place, sur le modèle des célèbres Moaï de l'île de Pâques. Ce lieu exceptionnel, bien que peu médiatisé, reçoit malgré tout quelque 300.000 visiteurs chaque année.

Vue aérienne de la Vallée des Saints. Photo de Philippe Croguennec.
Appât du gain, provocation, idéologie ?
Dès lors, il est logique de s’interroger sur les motivations d’un tel acharnement à imposer ici, comme dans bien d’autres lieux remarquables pour leurs paysages ou la présence d’un patrimoine historique ou culturel reconnu, des parcs éoliens dont l’absolue nécessité ne paraît pas évidente. Pour en savoir plus quant à leurs intentions, nous avons cherché à joindre Galileo au téléphone, mais sans succès pour l’instant.

Les artistes de la Vallée des Saints posent en compagnie de Fabien Bouglé. Photo de Philippe Croguennec.
Alors, appât du gain, provocation, motivations idéologiques ? Implanter un parc éolien face à la Vallée des Saints paraît aussi étrange que de vouloir organiser un concert de musique métal, type Hellfest, dans une église consacrée ou d’exposer une sculpture intitulée « Vagin de la reine » au beau milieu du parc du château royal de Versailles.
Le 9 septembre, sur le plateau de L'Heure des pros, sur CNews, le spécialiste de l’énergie Fabien Bouglé, auteur d’un reportage sur la Vallée des Saints dans la revue Transitions et Énergies, expliquait qu'en 2013, l'ancien député socialiste de l'Isère François Brottes, défendant son projet de loi de libéralisation de l’éolien, lui avait confié, lors d’un colloque : « Nous voulons remplacer vos clochers par des éoliennes. » Anecdotique, sans doute, ce propos est cependant révélateur : l'éolien n'est pas seulement un débat énergétique, mais aussi, et de plus en plus, un phénomène de société, voire un marqueur civilisationnel.
Les artistes mobilisés, et souvent gagnants
Les artistes de la Vallée des Saints se sont d’ailleurs unanimement mobilisés contre ce projet et ont reçu le renfort de l’artiste peintre Rémy Aron, par ailleurs président de la Maison des artistes (qui regroupe 25.000 artistes professionnels dans toute la France) et aussi secrétaire général du syndicat Solidarité Maison des artistes (SMDA, affilié à la CFDT). « Alerté sur ce projet, explique-t-il pour BV, j'ai envoyé une lettre au préfet pour dire que la Maison des artistes s'inscrivait contre ce projet éolien de la Vallée des Saints ». Pour cet artiste renommé, « installer d'énormes éoliennes à proximité d’un lieu d’art, parsemé de sculptures en granit, nous a bien entendu semblé préjudiciable. Et au-delà de ce cas précis, nous nous engageons afin de pouvoir lutter contre ces éoliennes qui viennent pervertir les paysages de France. »
Cet engagement des artistes contre les saccages provoqués par les éoliennes rejoint de plus en plus fréquemment celui, parallèle, des défenseurs du patrimoine. Et ces mobilisations ne sont pas sans résultats. Ces dernières années, plusieurs décisions de justice sont venues contrecarrer les plans de promoteurs éoliens, au nom de la préservation du patrimoine, comme le projet de parc situé à proximité des menhirs de Kergadiou, au nord-ouest de Brest, dont l’autorisation a été annulée en 2024 par un arrêt du Conseil d’État.
Des Bretons résistent à l’envahisseur
Tels les gaulois d’Astérix face aux Romains, les Bretons de Carnoët résistent eux aussi à l’envahisseur. Défense d’un terroir, de ses paysages : la population s’est unie, entraînant ses élus, comme les paysans allant chercher Charette en pleine Révolution française.

Document transmis par TAC.
La résistance populaire s’est structurée avec l’engagement d’associations impliquées dans la préservation des territoires bretons, comme « Territoire d’actions concertées – Bien vivre en Bretagne » (TAC). Contactée par BV, sa présidente a indiqué qu’à la suite « du dépôt en préfecture de son dossier par Galileo, et en l’attente de l’ouverture d’une enquête publique sur le projet Milin Polan, TAC va organiser une journée de rencontre et d’information le 26 septembre à Carnoët ».
Dans son communiqué, l’association explique les raisons de sa mobilisation. « Dans ce village haut en couleur où domine un haut lieu patrimonial qu'est la Vallée des Saints, mais pas que... il y a aussi des habitants qui ont le souhait de préserver leur lieu de vie rural ainsi qu'une faune et une flore qui mériteraient d'être préservées », indique-t-elle. « Nous devons préserver notre biodiversité et des endroits exempts de bétonisation excessive », rappelant par ailleurs qu’une éolienne terrestre « nécessite entre 1.000 et 2.000 tonnes de béton pour ses fondations, ce qui représente un volume d'environ 400 à 800 m3 ».
Convergent contre ce projet éolien, on le voit, des intérêts aussi divers que ceux du monde des artistes, des élus locaux, des associations et des habitants. C’est un pays réel breton enraciné, affichant une solide détermination et disposant d’arguments de poids, juridiques si besoin, que nous avons découvert. Et son combat, qui s’annonce rude, ne fait que commencer. BV le suivra pour vous.
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29 commentaires
Il existe un site semblable à la Vallée des Saints en Charente, que l’on peut visiter en s’arrêtant à l’aire autoroutière de Crazannes sur l’ autoroute A 837 entre Saintes et Rochefort, espérons qu’elle ne sera pas polluée par ces éoliennes inutiles qui nous coûtent la « peau des fesses » ! PNG
Et la corruption des « petits hommes gris » (les fonctionnaires), on n’en parle pas ?
En Californie, ils ne savent pas comment détruire les éoliennes en fin de vie : ils les enterrent !
Ils ont bien raison, toute implantation d’éolienne devrait être empêchée, c’est inutile pas écologique en plus vu que les matériaux viennent de Chine et le tout n’est pas recyclable
Il faut protéger nos sites, quand je vois ce qu’ils ont fait à la côté atlantique avec les éoliennes marines, pour prendre des photos c’est l’horreur et puis quels dégâts pour la faune et la flore marine, les pêcheurs doivent aller plus loin et au prix du carburant ….
Vos irréductibles Bretons ont voté majoritairement Macron dès le 1er tour en 2017 et en 2022.
Pour aggraver leur cas Ils ont voté majoritairement oui à Maastricht en 1992 et au référendum de 2005.
Les irréductibles Bretons n’ont qu’à réfléchir avant de voter.
Qu’ils ne viennent pas chouiner maintenant.