[ANIMAUX] Vosges : le grand tétras, symbole des contradictions écologistes

Le plan de réintroduction du tétras dans les Vosges vient d'être suspendu.
Wikimedia - Creative Commons Attribution 2.0 Generic
Wikimedia - Creative Commons Attribution 2.0 Generic

Le 26 août 2026, le ministère de la Transition écologique a annoncé mettre fin au programme de réintroduction du grand tétras dans les Vosges. Une victoire pour les écologistes qui dénonçaient un « acharnement ». Qu’y comprendre ?

Un animal indigène européen

Le grand tétras, ou coq de bruyère, est un cousin du faisan et de la perdrix. Plus gros gallinacé des forêts nordiques européennes, il se caractérise par un dimorphisme sexuel marqué : la femelle est rousse, le mâle mêle noir, vert sombre, marron… L’homme de Néandertal en mangeait déjà il y a 80.000 ans. En Pologne, en Russie, on a retrouvé des tombes où des os de grand tétras avaient été disposés près du corps. L’animal est célèbre par ses ardeurs amoureuses qui lui font perdre toute prudence, rendant alors le braconnage plus facile.

La raréfaction du gallinacé n’est pas récente. La « Chronique de la chasse » du Petit Journal alertait déjà, il y a plus d’un siècle : « Nous assistons, avec une indifférence coupable, à l’extermination de nos derniers tétras par le plomb et les engins des braconniers. Ils les prennent au collet ou les assassinent au brancher pendant la nuit. » Et son rédacteur appelait à une résolution simple : « Que la chasse de ce bel oiseau soit interdite pendant plusieurs années. […] Tel est le vœu que tous les chasseurs ennemis du massacre stupide des plus beaux fleurons de notre couronne cynégétique devront appuyer au congrès. »

Des oiseaux venus de Norvège

Un arrêté de 2022 a suspendu la chasse du grand tétras pour une durée de cinq ans. Parallèlement, un plan de réintroduction a été mis en place dans les Vosges, où sa population décline dangereusement. Des oiseaux ont été capturés en Norvège, où la population de tétras est de 200.000 individus, et transportés dans les Vosges. « La troisième opération de translocation de Grand Tétras s’est déroulée du 13 avril au 8 mai 2026. Dix-sept individus originaires de Norvège, soit treize coqs et quatre poules, ont été relâchés », explique le parc naturel régional des Ballons des Vosges.

Pour s’épanouir, le grand tétras a besoin d’habitats forestiers « diversifiés, peu fragmentés et peu fréquentés ». Pour les écologistes, les forêts vosgiennes ne correspondent pas à ce critère. Depuis 2024, selon Reporterre, « seule une femelle a donné naissance à quatre petits cet été, ce qui est beaucoup trop insuffisant pour conclure à une réintroduction réussie. » C’est pourquoi les défenseurs des animaux appelaient à l’arrêt du plan de réintroduction.

Un acharnement… à deux vitesses ?

Comme le dit à Libération Dominique Humbert-Beretti, président de l’association SOS Massif des Vosges, « on ne peut pas réintroduire un animal sans restaurer son milieu naturel ! » Or, celui-ci est malmené. Les touristes dérangent l’animal. Le réchauffement climatique fait monter des animaux qui empiètent sur les ressources du grand tétras, quand ce ne sont pas ses prédateurs (la martre et le renard) qui débarquent sur son territoire. Aussi, l’arrêt du programme de réintroduction, écrivent nos confrères de Reporterre, est-il « un soulagement pour de nombreuses associations et naturalistes qui dénonçaient depuis longtemps l’"acharnement" de l’État à vouloir réintroduire une espèce du Grand Nord dans un environnement inadapté, qui se réchauffe dangereusement ».

L’argument est intéressant, mais pourrait se retourner… contre le loup. Certes, il n’a pas été réintroduit : il est revenu de lui-même. Mais les soins dont il est l’objet du côté des écologistes, des animalistes, etc., les appels à son maintien et à sa protection, que sont-ils, sinon un « acharnement » dans un environnement inadapté ? La prédation sur les troupeaux, quand ce n’est pas une attaque sur les humains – comme cette femme et sa fille, dans le sud de l’Italie, au mois d’août –, prouve assez qu’il y a un problème.

En caricaturant à peine, on a l’impression que les mêmes défenseurs des animaux qui s’opposent à la réintroduction du grand tétras dans les Vosges seraient tout disposés à militer pour le retour… de la bête en Gévaudan.

Picture of Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

29 commentaires

  1. J’apprécie vos articles mais sur les animaux je vous trouve trop pro chasse et c’est trop facile de considérer les protecteurs des animaux dont je suis fière de faire partie comme des dangereux écolos. Le loup en fait ne dérange que les éleveurs qui refusent de protéger leurs troupeaux, les agriculteurs qui trouvent dans le loup le bouc émissaire parfait pour tous leurs problèmes liés surtout à l’Europe et à ses traités et les chasseurs qu’ils privent de proies pour perpétrer leur funeste loisir.

    • Allez voir sur le site de l’Université de Caen qui a un centre de recherches historiques consacré aux loups ce que nos ancêtres ont vécu avec le loup : troupeaux massacrés et pas d’indemnités compensatrices derrière mais la faim au ventre après, enfants et personnes âgées déchiquetées et tuées. C’est indéfendable.

  2. Les loups sont capables de faire des milliers de kilomètres ! Ils ne connaissent pas les frontières ! La preuve est faite avec l’histoire d’une louve qui, partie de Roumanie, a traversé plusieurs pays, l’Italie, pour se retrouver en France. D’autres, depuis le Mercantour se sont retrouvés en Espagne !

  3. Que de caricatures et d’exploitations de faits divers dès qu’il est question de faune sauvage ! Ne vous en déplaise, le loup a toute sa place dans la Nature, sa prédation régule notamment les ongulés dont la prolifération porte atteinte à la forêt : consommation des jeunes pousses, etc… Quant à l’agression que vous citez, en Italie, il reste encore à prouver qu’il s’agit bien d’un loup… Les chiens errants ou sauvages sont dangereux, bien plus qu’un loup ! Et si certains s’amusent à faire des croisements entre canins et Canis lupus, ils se rendent coupables, non seulement envers l’espèce mais envers les humains. Les risques et accidents sont en effet inévitables.

    • Quittez la fashion et informez vous sur des sites de recherches universitaires sur le loup comme celui de l’Université de Caen souvent cité, pour ce genre de sujet.

      Avec le loup croisé ou pas, nos ancêtres ont vécu un calvaire pour eux mêmes, leurs enfants et pour leur bétail. Pas besoin du loup pour réguler les ongulés végtariens brouteurs de jeunes pousses, ils ne sont pas en excès, les sangliers ne sont pas régulés par le loup qui ne s’attaque qu’aux jeunes isolés ce qui est rare et aux vieux et malades.
      Le loup, comme tout animal intelligent va au plus facile pour se nourrir, c’est la loi du vivant, et le plus facile, ce sont des animaux d’élevage parqués et des oiseaux qui nichent au sol et autrefois souvent un enfant tout seul à chercher du bois ou garder un troupeau.
      Si nos ancêtres ont éradiqué le loup, c’était pour de très bonnes raisons.

      Et pour mémoire 75% de la population française vivait et travaillait dans les campagnes en 1850, ils savaient de quoi ils parlaient contrairement aux générations du bitume, du béton et de la mode.

Les commentaires sont fermés.

Les fautes sur les pancartes résument tout l’échec de l’Éducation nationale