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Editoriaux - Education - Politique - 20 février 2020

Réforme de l’ENA : la discrimination positive est un renoncement

Emmanuel Macron l’a décidé : il faut donc obtempérer. L’ devrait disparaître pour renaître de ses cendres sous le nom d’EAP (École d’administration publique). C’est l’une des propositions du rapport sur la réforme de la haute fonction publique, commandé en avril 2019, en pleine crise des gilets jaunes. Il faut sélectionner des jeunes « à l’image de la société » et « en fonction de leur mérite, pas de leur origine sociale et familiale », avait expliqué le chef de l’État, après avoir bien profité du système. Un appel du pied à la discrimination positive.

Le Figaro a bien saisi l’enjeu, qui titre : « 42 propositions pour davantage de mixité sociale ». Car c’est de cela qu’il s’agit. Le Premier ministre s’est empressé de dévoiler ses préférences, comme s’il craignait d’être devancé dans les annonces ou s’il voulait éviter de donner des verges pour se faire fouetter. Il n’aurait pas retenu la proposition de créer un concours spécial « égalité des chances » à hauteur de 10 à 15 % des effectifs. Apparemment, il ne veut pas imiter feu Richard Descoings, le controversé directeur de Sciences Po qui créa, en 2001, un concours parallèle pour des élèves de ZEP.

aurait-il compris que cette forme de discrimination positive, qui favorise des lycéens en fonction de leur lycée d’origine, illustre l’échec des politiques menées en zones prioritaires ? Patrick Gérard, l’actuel directeur de l’ENA, a rétabli quelques vérités sur son école, plus ouverte qu’on ne le prétend. Il estime que l’objectif devrait être de renforcer les accompagnements pour que les élèves méritants, quel que soit leur milieu, puissent se présenter aux mêmes concours. Créer une voie spécifique pour certains, c’est, de fait, renoncer à cette ambition et produire de nouvelles injustices.

Mais les propositions du rapport ne se limitent pas à la création d’un concours spécial d’accès, réservé aux jeunes des milieux modestes – entendez : issus des quartiers. Les épreuves seraient revues pour les rendre moins académiques et plus concrètes, avec, notamment, la disparition de la dissertation de culture générale, jugée trop discriminatoire. Sciences Po l’avait déjà supprimée : l’ENA était en retard. Dans ce domaine encore, on renonce à l’objectif d’apporter à tous les élèves une culture générale. Si la culture ne suffit pas à faire un bon haut fonctionnaire, l’inculture n’a jamais rapproché du peuple.

Il vaut la peine de relire la définition que donne le rapport de la « diversité » ou, plutôt, des « diversités ». Par ce terme, « il faut entendre aussi bien la diversité sociale, pour promouvoir la méritocratie républicaine en évitant des mécanismes de reproduction des élites, la diversité territoriale car la France ne se résume pas à Paris, la diversité des profils pour favoriser le brassage d’expériences et la diversité des regards, mais aussi la diversité de genre pour éviter l’assimilation stéréotypée d’une fonction à un sexe ». Tout n’est pas à rejeter dans cette définition, qui subit la contagion du « en même temps », mais force est de constater qu’elle cède aux idéologies à la mode.

L’accès à l’ENA, comme à toutes les grandes écoles, doit sans doute être encore démocratisé. En levant les obstacles financiers ou psychologiques. Pas au détriment des exigences. Mais il faut, pour cela, permettre aux plus méritants, sans distinction, de tendre vers l’excellence, et non recourir à des expédients qui occultent l’échec de la politique éducative depuis des décennies. Ce ne sont pas quelques mesures de discrimination positive qui remédieront à cette situation. Bien au contraire !

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