D’anciens lauréats des concours, qui ont fait carrière parce qu’ils sont passés par de grandes écoles et qui crachent dans la soupe, c’est devenu à la mode ! Hier, c’était un académicien, normalien, agrégé, universitaire qui dénigrait le concours de l’agrégation. Aujourd’hui, c’est un rapport sur la réforme de la haute fonction publique qui met en cause l’ENA : cette réforme, lancée par le président de la République, ancien énarque, a été préparée par Frédéric Thiriez, ancien énarque, suivie par les secrétaires généraux de l’Élysée et de Matignon, tous deux anciens énarques.

Certes, les concours ne sont pas sans défauts : depuis qu’ils existent, ils ont été maintes fois modifiés. Mais l’enseignement, la recherche et même les cabinets ministériels peuvent-ils se passer d’agrégés ? Et que deviendrait la haute administration si ses membres n’étaient pas formés par une ENA dont le recrutement peut sans doute être diversifié, la scolarité améliorée, la carrière mieux ajustée au mérite, sans besoin de tout chambouler ? Donner un coup de balai, après avoir bien profité du système, relève de la démagogie. Quand , bousculé par les gilets jaunes, annonce la suppression de l’ENA, lui qui fait partie de l’élite et le fait bien sentir, il fait du populisme bon marché.

Surtout que les remèdes proposés risquent d’être pires que le mal. Parmi les hypothèses, celle d’un tronc commun qui permettrait aux élèves de différentes écoles de travailler ensemble, pendant six à douze mois. Un moyen d’ouverture ou une façon de former tous les hauts fonctionnaires dans le même moule ? Autre hypothèse : plutôt que de choisir leur corps en fonction de leur rang de sortie, tous les hauts fonctionnaires découvriraient le terrain avant d’être sélectionnés pour rejoindre un corps d’inspection ou de contrôle. Sélectionnés par qui et selon quels critères ?

Si l’on remplace les compétences académiques, objectivement quantifiables, par la capacité à s’adapter aux désirs, voire aux caprices des gouvernants, on y gagnera à coup sûr en asservissement, pas en esprit de responsabilité et d’initiative. Bien sûr, il n’est pas normal qu’un énarque reste dans un grand corps durant toute sa carrière, s’il n’est pas à la hauteur de sa tâche. « Être l’élite de l’élite jusqu’à la fin de ses jours sous prétexte qu’on est sorti dans la botte à 25 ans, c’est cela qui est choquant », déclare un partisan de la réforme. C’est vrai dans tous les métiers. Encore faut-il que les évaluateurs soient eux-mêmes impartiaux et à l’abri des pressions du pouvoir. En l’occurrence, les concepteurs de la réforme se couchent face à la volonté présidentielle.

Les concours restent le meilleur moyen de répondre à l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, selon lequel « tous les Citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ». Les épreuves et la formation peuvent être modifiées, les carrières plus adaptées aux performances. Mais il faut cesser de prétendre imposer une égalité factice, au nom de la diversité, par des quotas ou autres artifices. La démocratie a besoin d’élites, mais chacun doit pouvoir y accéder en fonction de son mérite.

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