Editoriaux - International - 21 octobre 2018

Référendum en Macédoine : un bel exemple de démon-cratie européenne

Depuis la dislocation violente de la Yougoslavie par l’OTAN, l’ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM) s’est retrouvée dans une impasse diplomatique majeure car son voisin grec refuse de reconnaître son nom « Macédoine », arguant que la Macédoine est déjà le nom d’une région grecque et qu’aucun pays limitrophe ne saurait usurper l’identité hellène pour se faire un nom sur la scène internationale.

Sans la reconnaissance grecque, l’ARYM ne peut entrer dans l’OTAN ou l’Union européenne et ça, ça pose un grand problème pour le gouvernement actuel de Skopje instauré par les États-Unis. Las de 27 ans de tergiversations, l’ARYM s’accorda avec le gouvernement de Tsípras (ex-gauchiste reconverti en valet de la haute finance internationale) pour changer le nom de Macédoine en « Macédoine du Nord ». Ce néologisme plaît bien à Washington et Bruxelles, mais évidemment pas aux peuples « macédonien » ou grec qui, chacun, perdent la face : les uns en récupérant un nom ridicule et les autres en perdant l’exclusivité du nom de la patrie d’Alexandre le Grand.

Pour entériner l’affaire, il suffisait de faire passer la validation du nouveau nom par un référendum. Des poids lourds de la politique internationale comme Angela Merkel ou le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg se déplacèrent même à Skopje pour expliquer aux petits « Macédoniens » comment bien voter.

Le scénario était bien huilé et devait mener à la victoire du camp du bien sur celui de l’obscurantisme. Pour bien faire comprendre les enjeux, la question était : “Êtes-vous pour l’adhésion à l’UE et à l’OTAN, en acceptant l’accord avec la Grèce ?” Le nom du nouveau pays n’apparaissait même pas dans la question… Mais patatras ! le peuple ne vit pas l’affaire du même œil et, à l’appel de l’opposition, boycotta le référendum, le rendant caduc, n’ayant pas reçu le minimum de 50 % de votants nécessaire.

Pour surmonter le camouflet, les séides atlantistes sortirent alors leur coup préféré : le vote parlementaire ! Les députés, il est vrai, sont beaucoup plus faciles à corrompre et menacer qu’un peuple. Vendredi soir, ils votèrent donc contre la volonté du peuple. Ce rituel despotique est devenu un classique de la « démocratie » européenne. On se souvient encore des précédents en France (Constitution européenne) ou aux Pays-Bas (Constitution européenne et accord entre l’Union européenne et l’Ukraine). Et quand le peuple vote mal, on le fait voter jusqu’à ce qu’il plie (légalisation de l’avortement en Irlande avec les référendums de 1983, 1992 puis 2002 et enfin 2018, traité de Lisbonne pour lequel les Irlandais ont dû voter deux fois). En ce moment même, des ONG aux financements occultes poussent les Britanniques à revoter le Brexit ! Et quand le simulacre de démocratie ne fonctionne plus, Washington renverse carrément le pouvoir en place par des révolutions violentes (Serbie 2000, Georgie 2003, Ukraine 2014…).

La démocratie se meurt, la démon-cratie règne en Europe. Les peuples sauront-ils se réveiller ? Voilà la question.

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