Réélection des députés LFI frondeurs : rififi au NFP, déjà !

Capture d'écran X
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À peine constitué, le NFP connaît ses premières divisions. Plusieurs députés LFI « frondeurs » n'ayant pas reçu l'investiture du parti ont été réélus, hier soir, sous l'étiquette du Nouveau Front populaire. Ils devraient être rejoints par d'autres membres du parti, lassés par la quasi-omnipotence de son chef, Jean-Luc Mélenchon. Le 14 juin, La France insoumise, en dévoilant sa liste de candidats pour les élections législatives anticipées, avait créé la surprise : des personnalités de premier rang n’avaient pas reçu l’investiture officielle du parti. Parmi elles, le couple Raquel Garrido et Alexis Corbière, mais aussi Hendrik Davi et Danielle Simonnet.

Jean-Luc Mélenchon leur reproche leur manque de loyauté. Cela fait, en effet, plusieurs mois que la crise couve, au sein de LFI. Plusieurs événements sont venus fragiliser la formation d’extrême gauche. De l’affaire Quatennens aux attaques du 7 octobre en passant par les émeutes consécutives à la mort de Nahel, les divergences d’opinions et de stratégie ont été de plus en plus visibles. En octobre, Raquel Garrido confiait au Figaro : « Je dois constater que Jean-Luc Mélenchon n’a fait que nuire, depuis dix mois. » Elle en paie aujourd’hui le prix : des purgés, elle est la seule à ne pas avoir été réélue.

Le NFP contre LFI

Corbière, Simonnet et Davi, pourtant en compétition face à des candidats « officiels » de LFI, ont conservé leur siège. Il faut souligner qu’ils avaient avec eux des soutiens de poids. Le reste du Nouveau Front populaire, à savoir le Parti socialiste, le Parti communiste français et Les Écologistes, avaient pris fait et cause pour eux, immédiatement après l’annonce de leur purge. Ils ont donc pu concourir sous la bannière du NFP, à défaut de bénéficier de celle de LFI…

Il semble que ces frondeurs soient au centre d’un jeu entre Jean-Luc Mélenchon et les autres partis de l’ancienne NUPES, eux aussi lassés des excès et de l’autoritarisme du patriarche. En octobre dernier, L'Express affirmait que des dîners « secrets » étaient organisés à Paris entre certains Insoumis non alignés et des cadres de la NUPES. Parmi eux, les frondeurs précités, mais également Clémentine Autain ou encore François Ruffin.

Ruffin Président ?

Dans ces divisions, les stratégies personnelles jouent un rôle. Les ambitions présidentielles de François Ruffin sont désormais un secret de polichinelle. Il cherche à s’éloigner de Mélenchon, qu'il considérait comme un repoussoir électoral, afin de pouvoir potentiellement prendre la tête d’une grande coalition de gauche en 2027. Il s’était ainsi radicalement opposé à la ligne de son parti sur la question du conflit israélo-palestinien, déclarant au sujet de LFI, dans une interview au Monde : « Nous ne sommes pas le point de repère politique, diplomatique, moral que nous devrions être. » Il avait également vivement réagi à l’éviction de ses camarades, le 15 juin, sur X : « La direction de La France insoumise, loin de se mettre à la hauteur de ce moment, s’abaisse aux pires combines. »

Réélu député, il ne compte pas siéger au sein du groupe LFI. C’est également le cas de Clémentine Autain, qui l’a fait savoir à Mathilde Panot en direct sur LCI, hier soir : « J’ai bien compris que je ne faisais plus partie du groupe […] La France insoumise a beaucoup de mal à supporter que tout le monde ne soit pas au cordeau, caporalisé. »

Cette recomposition de la gauche ne peut se faire qu’au détriment du camarade Mélenchon. Contrairement à 2022, où le poids de son mouvement au sein de la NUPES était écrasant (75 députés sur 137), il n’en est plus de même aujourd’hui. LFI perd même quelques sièges, passant de 75, en 2022, à 71, cette année. Le parti ne sera plus majoritaire au sein du NFP, qui compte en tout 184 députés. Les grands gagnants sont les socialistes, qui passent de 31 à 64 sièges, à la faveur de la dynamique impulsée par Raphaël Glucksmann lors des élections européennes. Un problème de plus pour les mélenchonistes. À moins d’un changement radical de ligne politique, les élus LFI continueront à susciter des polémiques et l’animosité des autres forces de gauche. Si l’Assemblée, divisée en trois blocs que tout oppose, risque de rendre le pays ingouvernable, il y a fort à parier que cela sera également le cas du NFP. Jusqu’à l'érection du prochain barrage...

Louis de Torcy
Louis de Torcy
Etudiant en école de journalisme

Vos commentaires

14 commentaires

  1. Mélenchon est un digne chef de parti d’extrême gauche ,un stalinien ,que ces élus ne viennent pas pleurer,d’ailleurs ces coalitions opportunistes ne tiendront pas,cela est valable également pour le vaste centre ,nous sommes entrés dans une crise politique et constitutionnelle de trois longues années,n’était-ce pas ce que souhaitait Macron ?

  2. Il est évident que ce NFP ne peut prospérer en raison de l’hétérogénéité insoluble des membres composant cette simple coalition
    Les lendemains qui déchantent attendent les électeurs fous de joie place de la République lorsqu’ils constateront l’arnaque dont ils ont été l’objet

  3. LFI a perdu aussi certains députés dans les urnes, à commencer par Rachel Keke, mais aussi par exemple, ses 3 députés en Lorraine dont Caroline Fiat. Il serait intéressant de faire une analyse des circonscriptions qui ont vu les députés sortants LFI être battus. Quant aux fameux purgés, dissidents LFI, ne vous inquiétez pas ils partagent l’essentiel avec Mélenchon, à savoir les idées !

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