RATP : derrière l’affaire Bagayoko, un système impliquant 200 élus ?

L’affaire Bagayoko pourrait n’être que la première station d’un scandale impliquant quelque 200 élus.
Télé Matin, CC BY 4.0 , via Wikimedia Commons
Télé Matin, CC BY 4.0 , via Wikimedia Commons

Les polémiques se suivent, pour Bally Bagayoko. Le 5 août, Le Canard enchaîné révélait les conditions pour le moins avantageuses dans lesquelles le nouveau maire LFI de Saint-Denis avait mené sa carrière à la RATP. L’ex-basketteur aurait intégré la Régie en 2000 sur simple proposition de Jacques Marsaud, ancien bras droit du maire communiste de Saint-Denis Patrick Braouezec, devenu cadre dirigeant de l’entreprise publique. Il aurait ainsi été recruté sans passer le moindre concours ni entretien. « C’était un moment où la RATP recrutait beaucoup dans la diversité et dans les quartiers », s’est défendu Patrick Braouezec à l’hebdomadaire. Une justification qui ressemble fort à l’aveu d’une préférence territoriale et sociale. Ceux que l’on dit victimes d’effroyables « contrôles au faciès » seraient-ils, en réalité, les bénéficiaires de très favorables embauches au faciès ? Allez savoir. Mais Kader Chibane, élu écologiste et chef de l’opposition municipale à Saint-Denis, livre une tout autre version : cette embauche aurait été « clairement » politique et serait le fruit d’un accord avec le Parti communiste. « À Saint-Denis, c’est un secret de polichinelle », assure-t-il.

Promu ensuite adjoint au maire, conseiller général puis vice-président du département de Seine-Saint-Denis, Bally Bagayoko aurait eu la chance de conserver, en parallèle, un poste de cadre à temps plein à la RATP. Selon Le Canard, sa rémunération dépassait la somme rondelette de 6.000 euros mensuels, treizième mois et primes compris. Et en 2015, après la perte de son mandat départemental, ses indemnités d’adjoint au maire ont encore bondi de plus de 100 %… Il faut croire que la ville roulait sur l’or, à l’époque.

La victimisation pour toute réponse

Bien entendu, Bally Bagayoko conteste vigoureusement les soupçons portant sur la réalité de son travail. Dans une longue réponse publiée sur les réseaux sociaux, l’élu d’extrême gauche accuse Le Canard enchaîné de préférer le « sous-entendu » à la « démonstration ». Il jure avoir réellement exercé ses fonctions et présente son parcours comme le fruit de son dur labeur et de ses « compétences ». Mais l’élu insoumis déplace également l’affaire sur le terrain racial. Selon lui, les attaques dont il fait l’objet viseraient plus globalement la « nouvelle génération d’élus » dont il fait partie et qui « ressemble aux habitants qu’elle représente ». Dans un autre tweet, il évoque encore plus explicitement le « racisme » supposé de ceux qui le mettent en cause. Une manière habituelle et commode de se poser en victime et d'intimider les opposants.

La direction de LFI a, elle aussi, préféré s’en prendre au messager. Manuel Bompard a ainsi désigné Frédéric Haziza comme l’auteur des articles du Canard consacrés à Bally Bagayoko. « La haine de cette personne contre La France insoumise suffit à nous éclairer sur le sérieux de cette enquête », a-t-il lancé. Jean-Luc Mélenchon a renchéri en accusant le journaliste d’être à l’origine d’une « campagne de calomnies », tout en le réduisant au statut d’« animateur de Radio J ». Comme une façon de rappeler, implicitement, sa religion ?

Deux cents élus concernés ?

La contre-attaque était d’autant plus mal ajustée que Le Canard enchaîné a poursuivi ses révélations. Dans un nouvel article, publié cette fois sous la signature de Camille Eider – et non de Frédéric Haziza –, l’hebdomadaire affirme que Bally Bagayoko serait loin de constituer un cas isolé. Selon Le Canard, donc, quelque 200 agents de la RATP titulaires d’un mandat électif auraient bénéficié d’un emploi à temps plein « mais pas très prenant », ainsi que de facilités leur permettant d’exercer leurs responsabilités politiques. Des élus de droite, de gauche et du centre seraient concernés. En contrepartie, ces agents auraient pu servir de relais à la Régie auprès des municipalités, des collectivités et, parfois, des ministères.

Cette organisation n’est pas seulement décrite par des adversaires politiques. Jacques Marsaud lui-même l’évoquait dans Passion commune (Atelier), ouvrage publié en 2018. L’ancien dirigeant de la RATP expliquait y avoir animé ce réseau de quelque 200 élus salariés, chargés de constituer autant de points d’appui locaux pour l’entreprise. Le député LFI Rodrigo Arenas a d’ailleurs livré au Canard un étonnant élément de confirmation : « Votre article ne fait que révéler une information que tout le monde connaît. »

Une pratique légale ou des emplois de complaisance ?

Être salarié et élu local n’a, en soi, rien d’irrégulier. La loi accorde aux élus des autorisations d’absence et des crédits d’heures pour remplir leur mandat. Encore faut-il distinguer ces droits (parfaitement légitimes) d’un système dans lequel une entreprise publique proposerait des postes volontairement peu exigeants afin d’entretenir son influence politique. Le 7 août, l’association AC!! Anti-Corruption a déposé une plainte contre X auprès du parquet national financier. Elle estime que des salaires versés pour un travail qui n’aurait pas été effectivement accompli pourraient caractériser une utilisation indue de fonds publics.

En réponse, la RATP a formellement démenti toute « allégation d’emploi de complaisance ». Elle affirme appliquer, comme les autres entreprises, le cadre légal permettant aux salariés de concilier activité professionnelle et mandat local, et précise que leurs absences ne sont pas rémunérées. Concernant Bally Bagayoko, elle assure qu’il a été recruté en 2001 après avoir passé les entretiens préalables à son embauche puis à sa titularisation.

Ce démenti suffira-t-il à refermer le dossier ? Reste à établir la réalité du travail effectué par les quelque 200 élus concernés et la nature exacte des facilités qui leur étaient accordées. Sollicitée par Boulevard Voltaire sur les critères de recrutement et l’activité effective des personnes concernées, la RATP ne nous avait pas encore répondu, au moment de la publication de cet article. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, réclame de son côté que toute la lumière soit faite sur ces recrutements, anciens comme actuels, et évoque une mission flash à l’Assemblée nationale. En attendant, ce n’est donc plus seulement le parcours controversé de Bagayoko qui doit être éclairci, mais tout un système souterrain circulant depuis des années sur les lignes de la RATP.

Picture of Jean Kast
Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

161 commentaires

  1. Il est plusieurs fois fait mention de « concours » pour intégrer la RATP.
    Or celle-ci n’est pas une administration, on y rentre selon les règles du privé.
    En elles-mêmes, les conditions d’embauche de Bagayoko n’ont rien d’irrégulier.
    Comment l' »emploi » a été géré par la suite, c’est une autre histoire.

  2. Après, il faudra s’attaquer aux préfets « hors cadre ».
    Dans tous les cas ce seront majoritairement des gens de gauche.

  3. Vus les reproches qui nous sont faits lorsqu’on utilise une expression tout à fait valide de la langue française qui contient une référence à la couleur noire, M. Bagayoko et ses amis de gauche plus ou moins extrême ne peuvent pas invoquer pour sa défense le fait qu’il serait « blanc comme neige » dans cette affaire !

  4. Au-delà du cas de ce monsieur qui se permet de donner des leçons à tout le monde, cela révèle un système tout entier. Deux cents personnes impliquées ce n’est plus la même chose qu’une seule. Notre pays a atteint un niveau de corruption digne d’un pays d’Amérique latine ou d’Afrique subsaharienne … il n’y pas de quoi pavoiser. Et il faut bien se dire que c’est probablement la partie émergée du système, tout le reste se fait à notre nez et à notre barbe et surtout à nos dépens.

    • Pour bien moins que ça MLP a été poursuivie et jugée très rapidement. Ce monsieur se défend sous victimisation raciale, là n’est pas du tout le sujet. Il s’agit de voyoucratie d’extrême gauche et de détournement de fonds publics. Qu’en pense et que fait le parquet financier ? Va t’il être libre durant la campagne présidentielle de déverser des flots de denigration contre les adversaires politiques ? L’ insoumission de LFI semble aller au delà de toute bienséance.

  5. Ne aps oublier, RATP subventionnée…
    Plusieurs années de déficit malgré tout !
    Et un endettement important !!!

  6. Le maire LFI de La Courneuve Aly Diouara pour garder son indemnité parlementaire .
    Selon les informations du Canard enchaîné, un recours contre son élection à la mairie de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), déposé par un proche qui avait soutenu sa campagne, lui permet de gagner plusieurs mois et de conserver ses quelque 7 600 euros brut mensuels d’indemnité parlementaire.

    • La France n’a plus de moyens mais la République en a pour ses dirigeant. Il faut bien que la Dette soit utile pour certains.

  7. Qui a fourni ces infos au Canard Enchainé et pourquoi maintenant ? Dans tous les régimes communistes grands (La Chine, l’URSS) ou petits (L’Albanie d’Enver Hodja ou La France Soumise à Son Grand Leader), le chef déteste voir apparaitre de nouvelles têtes susceptibles d’éclipser (c’était le jour ou jamais pour la placer…) le Roi Soleil.
    Si, par devant et officiellement le Con-ducator Melenchescu soutient (comme la corde soutient le pendu) Bally, il est très possible que les sbires de son NKVD personnel aient alimenté le Canard en infos bien compromettantes sur le gêneur. Celles-ci, telles que le job fictif à la RATP était précieusement conservées dans un « coffre-fort » en attente de servir pour l’ abattre en plein vol. Et plus il commence à voler haut et plus il devient urgent de l’abattre.
    Mais bien sûr, tout ceci ne sont qu’hypothèses et conjectures de ma part. Quoique… :=)

    • Je suis ravi que vous ayez tout compris ! D’autres déja, de l’entourage de mélenchon, notamment les occupants d’H.L.M, l’ont appris à leur dépend !

  8. Comme d’habitude, on noie le poisson. « Ce système aurait profité à des élus de gauche comme de droite ». Et voilà la formule toute trouvée pour amoindrir ce qui s’apparente à une complicité entre un élu de la République et une entreprise publique : la RATP. Toujours la même chanson entre copains et coquins. Car ‘le Canard enchaîné’, malgré ses articles, ménage comme d’habitude le chou et la chèvre. Quand il s’agit de la gauche, on prépare ses entrées de façon à amortir le choc. Il ne faut pas trop jouer avec la ligne de flottaison car le bateau pourrait couler. L’impartialité n’est toujours qu’en surface. Ah! si cela avait concerné un élu du RN, la chose aurait été traitée bien autrement.

  9. tout cela est un secret de polichinelle , cherchez aussi ce qui se passait dans les EPL ou SEM et vous comprendrez le système des copains (et des coquins )

  10. Si les faits sont avérés, tous ceux concernés par cette affaire, de près ou de loin, doivent rembourser les sommes indues, et être radiés à vie de toutes fonctions publiques ou assimilées et de toutes fonctions électives !
    Je suis étonné que « si tout le monde était au courant » (sic), pécresse et fernandel(castex), parti depuis février 2026, n’étaient pas au courant. Quant au P.C, j’aime son « exemplarité » et sa moraline.

    • Ne nous affolons pas, ça finira par un contrôle fiscal pour Jordan Bardella et une perquisition chez Marine Le Pen à un mois de la présidentielle. Le danger c’est l’extrême droite, ne l’oublions pas … en tout cas, les juges, eux, ne l’oublient pas. Tout le reste sera remis aux calendes grecques.

    • Déchus de la nationalité française et réexpédies a Bamako, Dakar ou Alger voir si on les embauche dans le métro autrement que pour balayer…

  11. Manifestement cette affaire dépasse de loin le seul cas du maire LFI de ST Denis Bally Bagayoko. Autant je pensais que si le seul Bagayoko était concerné le PNF pourrait se hâter lentement pour enquêter. Etant donné que l’affaire semble concerner au total 200 élus employés par la RATP il est possible que le PNF s’intéresse plus rapidement à cette affaire et décider d’enquêter sur les tenants et aboutissants de cette affaire d’envergure sans (trop) tarder… Même si bally Bagayoko est la grande figure de cette histoire, il n’est de loin pas le seul a possiblement en avoir profiter.

    • Affaire dont on ne parlera bientôt plus. Les rats n’ont pas encore quitté le navire de la République, regardez seulement qui s présente aux prochaines présidentielles pour comprendre que le fond du trou n’est pas encore atteint.

    • Je pense l’inverse,le pnf est socialiste et lfi..il va se hâter lentement a moins qu’il fasse juste sauter un fusible quelconque comme le drh pour sauver les 200 voleurs..

  12. Il n’y a qu’à voir à la mairie de Paris, dans les musées et beaucoup d’autres sociétés que la RATP pour constater que la priorité est donnée à ceux qui se plaignent d’être exclus. La préférence n’est pas, comme dans les autres pays (dont la Suisse voisine) pour les anciens français. Je fais attention à ce que j’écris car là aussi la liberté d’opinion est à géométrie variable.

    • Il estime « être entravé » à cause de sa couleur de peau ! …
      Il aurait aimé profiter d’un « blanc seing » ? ! …
      Il n’a pas « l’envergure mystique » d’un petit saint … même s’il est élu à St DENIS ! …

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Si vous n’êtes pas de gauche, vous êtes bannis de Radio France
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois