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Editoriaux - Polémiques - Politique - 25 avril 2020

Ramdam dans la police pour le ramadan…

C’est officiel : on sait, désormais, qu’en France, ou tout du moins en Normandie, le pays des hommes du Nord, il existe des « quartiers à forte concentration de population suivant le ramadan ». On pourrait économiser trois mots en écrivant plus simplement : « quartiers à forte concentration musulmane », vu qu’en général, c’est un fait, et si l’on s’en tient à nos quelques connaissances religieuses, il existe peu de bouddhistes, catholiques ou israélites qui suivent le ramadan.

Ces « quartiers à forte concentration de population suivant le ramadan » ont donc été évoqués dans une note du chef d’état-major de la direction de la sécurité publique (DDSP) du Calvados adressée aux chefs de services départementaux, note dans laquelle il est précisé qu’ « il n’y a pas lieu d’intervenir […] pour relever un tapage, contrôler un regroupement de personnes rassemblées après le coucher du soleil pour s’alimenter ». Remarque, comme ça, en passant : est-ce à dire, en lisant ces consignes entre les lignes, que là où il y a ramadan, il y aurait risque de ramdam ? Je pose la question, comme dirait Laurent Gerra imitant Pascal Praud.

Toujours dans ces consignes, il est demandé « à tous les personnels de la DDSP de faire preuve de discernement en la matière, afin d’éviter qu’un manquement aux règles de confinement ne dégénère et provoque un trouble supérieur de violences urbaines ». Ah, ce fameux discernement ! Qualité qu’on a retrouvée, par exemple, chez ces policiers qui, dimanche dernier, ont pénétré armés dans une église parisienne, contrevenant par la même occasion à l’article 32 de la loi du 9 décembre 1905. Mais ça, tout le monde s’en moque !

Quoi qu’il en soit, cette directive a rapidement fuité – la preuve ! – et Paris, comme on dit en province, s’est empressé de réagir. Propos rapportés par Le Figaro : « Il s’agit d’une initiative locale incompréhensible, sur laquelle le directeur général de la police nationale a demandé un rapport », explique « l’entourage de Christophe Castaner » qui, comme chacun sait, est particulièrement bien entouré.

« Incompréhensible » ? Effectivement, on a du mal à imaginer qu’un fonctionnaire de police d’un certain niveau, pour ne pas dire de bon niveau – c’est le cas d’un chef d’état-major départemental, souvent du grade de commandant de police -, ait pu pondre une telle note sans l’aval de son chef, un commissaire divisionnaire, lui aussi fonctionnaire de très bon niveau, ou tout du moins sans connaître l’intention de ce chef. Il y a l’esprit et la lettre des ordres que l’on reçoit et donne, et un chef d’état-major, quelle que soit la structure, militaire, policière, etc. – l’auteur de ces lignes en sait quelque chose puisqu’il occupa, jadis, cette fonction -, ne signe rien qui ne soit dans l’intention de son chef, ce chef agissant lui-même dans l’esprit des ordres reçus de l’échelon central. La lettre doit refléter l’esprit qui souffle dans la maison.

Alors, on est en droit de se demander si ces consignes « incompréhensibles » ne sont pas tout simplement le reflet des propos tenus, fin mars, lors d’une visioconférence avec les préfets de zones de défense, par Laurent Nuñez et rapportés par Le Canard enchaîné : « Ce n’est pas une priorité que de faire respecter dans certains quartiers les fermetures de commerces et de faire cesser les rassemblements. » À la fin du mois dernier, un préfet confiait au journaliste Louis de Raguenel, de Valeurs actuelles : « C’est sidérant, on n’a presque plus d’instructions écrites et quand on reçoit des instructions, tout se fait à l’oral. Comme ils ont peur, on est totalement seuls face à la crise. » Des propos qui visaient la gestion de la crise sanitaire et non les questions de sécurité publique. Mais tout cela est peut-être à l’avenant. On peut se poser la question…

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