Dimanche dernier, trois policiers armés « requis par un voisin » font irruption dans l’église Saint-André-de-l’Europe, à Paris, pour demander l’arrêt d’une en raison du non-respect du . L’un des servants de messe – lui-même gardien de la paix ! -, présent durant la cérémonie, témoigne au micro de Boulevard Voltaire.

Dimanche dernier, vous étiez servant de messe à Saint-André-de-l’Europe, à Paris lorsque des policiers ont fait cesser la célébration dominicale. Comment cela s’est déroulé ?

Pendant l’homélie, trois policiers sont rentrés dans l’église. J’étais servant de messe, je les ai donc vus rentrer et s’approcher de plus en plus près du padre. Pour éviter qu’ils fassent cesser la messe, j’ai fait le tour pour ne pas passer devant la caméra et j’ai pris contact avec eux. Ils voulaient faire cesser la messe. A priori la plus gradée m’a demandé de faire sortir tout le monde et de dire au « monsieur » (en me montrant le père) de faire cesser la messe. Après avoir négocié et décliné ce que je faisais dans la vie, ils m’ont demandé quel était le rôle de chacun pendant la messe. Pour ne pas faire cesser la messe, ils m’ont demandé de faire sortir les trois paroissiens présents qui n’étaient pas indispensables au bon fonctionnement de la messe. Je leur ai demandé de sortir et ils l’ont fait. Les policiers ont relevé mon identité et ils sont partis.

En plus de votre service d’autel, vous en avez un autre. Pouvez-vous nous dire quel est votre autre service ?

En plus de mon service d’autel, je suis gardien de la paix dans la police nationale. Je côtoie ces policiers tous les jours.

Comment expliquer le geste de vos collègues ?

Très honnêtement, j’explique ce geste comme une incompétence. Ils ne savaient certainement pas qu’ils n’avaient pas le droit de rentrer armés dans l’église. Ils ont été requis par un voisin qui a dénoncé la messe. Elle était tout à fait légale puisqu’on a le droit de filmer les messes pour les diffuser sur YouTube. Je pense que ce geste était maladroit.

De manière générale, les lieux de culte font l’objet d’une surveillance renforcée et particulière, en lien avec l’interdiction des offices impliquant un public pas suffisamment restreint pour respecter les règles en ce temps d’épidémie. Les consignes sont-elles globalement respectées par les différentes religions ?

Je n’ai pas connaissance de missions particulières qui correspondent aux lieux de culte en ce temps de confinement. Nous n’avons pas eu de consignes particulières. On est au courant des consignes générales, mais pas sur des points précis. Il y a toujours deux poids deux mesures. Je n’imagine pas mes collègues rentrer dans une mosquée ou dans une synagogue. C’est toujours plus facile de rentrer dans une église parce qu’on sait que nous, les cathos, on sera plus gentils. Il faut être honnête, les consignes ne sont pas respectées par toutes les religions comme elles ne le sont pas par tous les commerces ou encore comme tous les citoyens, et même pas du tout respectées en banlieue.

24 avril 2020

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