La question catalane et ses paradoxes

En ces temps de décomposition des clivages politiques traditionnels, il est toujours plaisant, pour l’observateur, de mettre en lumière les contradictions de ceux qui nous gouvernent et nous informent.

Les forces qui, aujourd’hui, dénoncent l’attitude de Madrid et la mainmise de Mariano Rajoy dans les troubles qui ont entouré le vrai-faux référendum pour l’indépendance catalane sont, en Belgique, les premières à vouloir bâillonner les partis politiques flamands œuvrant pour l’indépendance de leur région.

Combien de fois l’arc progressiste n’a-t-il, en effet, pas appelé à museler la Nieuw-Vlaamse Alliantie dont l’objectif à moitié avoué est l’indépendance de la Flandre, ou à ranger le Vlaams Belang, bien plus clair sur ses ambitions, derrière un cordon sanitaire si peu démocratique ?

Le nationalisme flamand jouit d’une mauvaise réputation pour son ancrage à droite et ses liens ancestraux avec la collaboration. Le nationalisme catalan est, quant à lui, protéiforme, mais bénéficie d’une sympathie presque naturelle pour son amarrage initial à la gauche – en réalité depuis la création d’Esquerra Republicana de Catalunya – mais aussi son aversion pour le franquisme.

En filigrane opère également la division classique entre régions riches et pauvres. De façon analogue, le nationalisme nord-italien est diabolisé (et porté essentiellement par des partis de droite), tandis que son cousin écossais bénéficie d’une perception favorable (et principalement de gauche).

La Belgique complexe n’a pas échappé à la question catalane. La droite nationaliste flamande fut une des premières à apporter son soutien aux indépendantistes, voyant dans la vague autonomiste le tsunami qui emporterait les vieux États européens, dont la Belgique.

Ainsi, les ténors de la N-VA se sont pressés en Catalogne pour soutenir les partis indépendantistes au nom de l’autodétermination des peuples. Pour Bart De Wever, l’homme fort de la phalange flamande, “l’attitude de Madrid est stupide et inacceptable”, soutien jugé trop timoré par d’autres cadres de la formation.

Pourtant, la N-VA fait partie du gouvernement fédéral qui a pris soin de ne pas s’ingérer trop visiblement dans la crise espagnole. Les violences de dimanche auront tout de même obligé le Premier ministre à céder à la pression de son partenaire et à condamner les violences.

Une autre partie se joue pourtant. L’accélération de la mondialisation révèle l’incapacité de l’État-nation à endiguer la nouvelle loi de la jungle. Les États affaiblis n’étant plus à même de jouer le rôle de rempart, le cadre régional, avec ses traditions, ses us et coutumes et sa langue, apparaît comme le cocon permettant aux peuples de se protéger de l’irruption, en son sein, des fruits de la mondialisation.

Quand on ajoute à cela la sympathie de l’Union européenne pour les régions, et inversément de celles-ci pour celle-là, on aboutit forcément à des crises comme celle secouant en ce moment l’Espagne, transformée l’espace d’un week-end en république bananière.

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