Quand certains Marocains rêvent d’une « Reconquista » des territoires espagnols
Au large des côtes marocaines, à quelques centaines de mètres (seulement) du continent africain, un minuscule îlot inhabité est l’un des symboles de la rivalité persistante entre le Maroc et l’Espagne. L’île du Persil a beau n’être qu’un rocher d’environ quinze hectares situé à une dizaine de kilomètres de Ceuta, cela ne l’empêche pas d’être présentée par certains militants marocains comme une colonie espagnole devant être reconquise par le Maroc. C’est notamment le cas de Simon Mohamed Dinia Mekouar, fondateur du journal marocain The Atlas Times, qui considère ces territoires, à l’image de Ceuta, comme des terres à récupérer, allant jusqu’à vouloir voir se reproduire le coup de force par le nombre que fut la Marche verte de 1975.
Un territoire espagnol depuis plusieurs siècles
L’histoire de l’îlot Persil est ancienne et complexe. Contrairement aux territoires colonisés par les puissances européennes au XIXe et au XXe siècle, l’île n’a jamais été intégrée au protectorat espagnol établi sur le Maroc en 1912. Cependant, elle est considérée par Madrid comme un territoire sous souveraineté espagnole depuis plusieurs siècles, même si son occupation permanente n’a jamais été nécessaire en raison de sa taille et de l’absence de ressources majeures.
Sa proximité avec Ceuta, ville passée sous domination portugaise en 1415 avant d’être rattachée à la couronne espagnole en 1640, explique néanmoins son importance stratégique. Pour Madrid, l’îlot appartient à l’ensemble historique des possessions espagnoles situées sur la rive sud de la Méditerranée. Pour Rabat, au contraire, cette présence espagnole est perçue comme une survivance de l’époque coloniale. Cette lecture s’inscrit dans un discours plus large sur les territoires que le Maroc considère comme historiquement liés à son espace national, notamment Ceuta et Melilla.
La crise de 2002
La question de l’îlot du Persil a brutalement ressurgi le 11 juillet 2002, lorsqu’une dizaine de militaires marocains ont pris position sur l’île, officiellement afin de lutter contre l’immigration clandestine et la contrebande. Pour l’Espagne, cette présence constitue alors une violation de sa souveraineté territoriale. Le gouvernement de José María Aznar décide alors une intervention militaire dans la nuit du 17 au 18 juillet, baptisée opération Romeo-Sierra. Des forces spéciales espagnoles débarquent ainsi sur l’îlot et arrêtent les soldats marocains, qui sont ensuite remis aux autorités de Rabat.
Cette crise provoque toutefois une forte tension diplomatique entre les deux pays. Le Maroc rappelle son ambassadeur à Madrid et l’affaire est portée sur la scène internationale. Les États-Unis, alors dirigés par George W. Bush, jouent un rôle majeur dans la médiation entre les deux parties. Le 22 juillet 2002, un accord permet un retour au statu quo : l’île reste inhabitée, mais aucun des deux royaumes ne modifie officiellement ses revendications.
La question du soutien français
L’épisode de 2002 a également révélé les ambiguïtés de la diplomatie européenne. Selon Aznar, qui s’exprimait plusieurs années après les faits, Jacques Chirac aurait adopté une position favorable au Maroc plutôt qu’à l’Espagne, durant cette crise, expliquant que l’Espagne, comprenant qu’il n’y « plus rien à attendre de la vieille Europe », ait fait appel aux États-Unis. Selon Le Monde, en 2006, « le chef de l’État français n’avait pas l’intention de faire passer la solidarité européenne avant ses relations privilégiées avec le Maroc et Mohammed VI ». Cette déclaration, qui a été contestée par l’entourage de Jacques Chirac, illustre néanmoins une réalité : la France entretient depuis longtemps des relations particulièrement étroites avec le Maroc.
Deux décennies plus tard, les tensions autour de Ceuta ont maintenu cette réalité. Lors de la crise migratoire touchant l’enclave espagnole, la France n’a fait preuve d’aucune solidarité européenne : elle n'a pas rejoint les vingt-deux États membres de l’Union européenne ayant demandé une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur pour contrecarrer ces afflux massifs de migrants sur le Vieux Continent. Ces prises de position conduisent ainsi Simon Mohamed Dinia Mekouar à affirmer que, si le Maroc entreprenait une marche vers Ceuta ou l’île du Persil, « il n’y a aucun monde où la France défendra l’Espagne si nous marchons sur nos terres, africaines, marocaines (et nous le ferons). Absolument aucun », « la pression qu’on va foutre sur les colonies espagnoles sera violente ».
Ce dernier a également établi un parallèle avec la Marche verte, estimant que la communauté internationale finirait par accepter une nouvelle revendication marocaine comme elle l’aurait fait auparavant : « Rappel, aussi, que la Marche verte a valu au Maroc une condamnation onusienne et un tollé international. Plusieurs décennies plus tard, nous sommes maîtres de notre Sahara, avec le soutien de ceux qui nous ont condamnés. Nous marcherons encore ! Sur toutes nos terres colonisées ! » Une affirmation prouvant que les puissances d’hier, désormais réduites à la force des mots, ne sont plus craintes par ceux qui entendent imposer leur volonté par le nombre et la détermination.
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12 commentaires
Les colons Arabes continuent leur combat. Et Macron ne bougera pas une oreille, malgré la solidarité socialiste qu’il a toujours défendu.
L’affaire du détroit d’Ormuz a ouvert l’appétit des pays moyens bien servis par la géographie.
Le Maroc peut même reconquérir toute l’Espagne, je m’en fiche totalement et d’ailleurs, ils sont aussi proches historiquement comme peut l’être l’Ukraine et la Russie… Pour moi l’Espagne et le Maroc c’est quasi le même pays donc je comprends qu’ils soient amis avec leurs frères musulmans, c’est le même peuple…
Vous souhaitez presque que les sarrasins se retrouvent à Poitiers ? Quant aux ressemblances ou amitiés que vous inventez seule l’ignorance peut justifier votre affirmation, culture différente, religion différente et quasiment aucun ADN partagé avec ces peuples d’Afrique ou d’Orient. Révisez vos sources.
Plus de 700 ans de colonisation musulmane en Espagne a largement mélangé ces deux peuples. De plus quand je vois l’amour que les espagnols portent aux français je le trouve similaire à l’amour que porte les musulmans aux français. En tant que français pour moi ce sont les mêmes à tous les niveaux et vu qu’ils régularisent les migrants en masse le prouve…
Après ce seront les Iles Canaries. Au fait, revendiquer un terrain occupé par un voisin alors qu’on est arrivé après le voisin en question, comment c’est possible ?
Les Français et les Allemands sont aussi, mais oui, le même peuple.
On a la même problématique avec l’îlot Europa qui appartient a la France.
Située dans le détroit du Mozambique.. a égale distance entre Madagascar et le Mozambique.
Une piste d’atterrissage permet une garnison de quelques militaires.
Les abords maritimes seraient riche en pétrole.
L’ile est revendiqué par Madagascar.
Dans la « zone » de Madagascar, c’est l’île de Mayotte qui pose vraiment « problème » ! …
Et ce n’est pas prêt d’être réglé ! …
Les « îles éparses » comme l’île Europa n’attire pas les « populations » ! … Y débarquer, c’est se dire qu’il va peut-être falloir « sucer des cailloux » ! …
Et si ce faux jeton de Sanchez s’occupait de Gibraltar ?
rêvez pas
L’ilôt Persil que l’on voit sur le coté marocain du détroit, serait selon l’helléniste Victor Bérard l’île de Calipso.