La Bataille de Gaulle : après le film, les livres !

Le coeur du réacteur : De Gaulle lui-même, mais aussi son fils, Peyrefitte et Daniel Cordier.
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C'est l'une des vertus des adaptations au cinéma : relancer la lecture de classiques trop souvent délaissés, voire ignorés, des jeunes générations. L'engouement pour Les Trois Mousquetaires ou Le Comte de Monte-Cristo se transporta ainsi des salles aux librairies, compensant un peu la démission de l'Éducation nationale, emportée dans sa dégringolade PISA. De même que de jeunes - et moins jeunes - cinéphiles confessaient ignorer que Bir Hakeim fût autre chose qu'une station de métro, combien n'ont jamais entendu parler des Mémoires de guerre. Quand le cinéma redonne à son public le goût de l'Histoire, de la France et de la lecture, tout n'est pas perdu pour cette vieille « nation littéraire » chère à Marc Fumaroli ou Régis Debray. Ainsi la biographie qui a directement inspiré le réalisateur, De Gaulle. Une certaine idée de la France, de Julian Jackson, est-elle en tête des ventes. On peut la compléter par celle de Jean-Luc Barré, De Gaulle. Une vie, avec deux tomes parus.

De Gaulle, père et fils

Mais avant tout, au milieu d'une bibliographie monstrueuse sur l'homme du 18 juin, il faut aller au cœur du réacteur, comme y incite le film, qui constitue une stimulation et un accompagnement parfait pour la lecture des Mémoires de guerre. On y retrouvera l'épopée de la solitude, de la lutte contre les Alliés, et tous les passages mythiques depuis la célèbre première phrase, le portrait de Pétain ou encore son envol irréversible (« À quarante-neuf ans, j'entrais dans l'aventure, comme un homme que le destin jetait hors de toutes les séries. ») qui font de De Gaulle, aussi, un immense écrivain, comme la critique l'avait reconnu dès 1954 à la parution du premier tome.

Plus faciles d'accès, car conçus sous forme de chapitres plus courts et d'interviews, les deux tomes de l'amiral Philippe de Gaulle : De Gaulle, mon père. Les même jeunes générations découvriront, au passage, le parcours exceptionnel de celui qui ne fait qu'une apparition fugace dans le film mais qui ne fut pas qu'un « fils de », loin de là (Lisez l'hommage que lui rendit Arnaud Florac à son décès, il y a deux ans). Là encore, le film est un excellent guide. Là encore, des moments d'émotion dignes du film : la rencontre nocturne et furtive avec Jean Moulin, le dîner avec son père à Londres, la veille du débarquement, et les retrouvailles, deux mois plus tard, à la libération de Paris. À compléter par ses Mémoires accessoires, publiés en 1997, passionnants pour connaître le rôle de l'amiral dans la libération de Paris (chap. 10) mais aussi pour la suite de l'épopée des Français libres, absente du film et moins connue que Bir Hakeim mais non moins héroïque : « Les Français premiers en Alsace ».

Pour les discours du Général, on peut avoir recours aux annexes des éditions des Mémoires de guerre ou à une anthologie éditée par Perrin : Les Grands Discours de guerre, avec une préface lumineuse de Régis Debray, ce maoïste mitterrandien venu à de Gaulle depuis trente ans.

Du côté des universitaires, détachons, entre mille autres, La Première Guerre de Charles de Gaulle 1914 - 1918, de Frédérique Néau-Dufour, qui montre (documents inédits à l'appui) comment l'homme du 18 juin est né à Douaumont en 1916, dans cette « guerre de trente ans » qu'il avait très tôt devinée.

Peyrefitte, le Joinville du Général

Sur l'importance des trois tomes du C'était De gaulle qu'Alain Peyrefitte fit paraître à partir de 1994, on peut faire confiance au jugement de Jean d'Ormesson : « Plus qu'un livre : une date dans l'histoire contemporaine. L'habileté suprême du peintre est de s'effacer devant celui qu'il fait revivre en un portrait saisissant. Peyrefitte est à de Gaulle ce que Joinville est à Saint Louis. C'est du grand art. »

On admirera autant le verbatim que l'humilité de Peyrefitte et son entrée dans le « compagnonnage » : ce n'est pas l'appel du 18 juin qui l'y fit entrer, mais celui du... 21 mai 1940 (tome 1, p. 28-29). C'est historique et c'est encore plus romanesque que le film ! Si de Gaulle a voulu faire de ce jeune député un proche dès 1959, c'est pour deux raisons essentielles : il fait partie de la « nouvelle vague » des députés qui n'ont pas été de l'aventure du RPF (voir sa convocation par Geoffroy de Courcel, celui du film et du 17 juin, devenu secrétaire général de l'Élysée, p. 48) et il est normalien, comme Pompidou. Il faut lire, sur le sujet, la scène où une poignée de normaliens gauchistes refusa de serrer la main du « dictateur » en 1959 et comment de Gaulle en fut « blessé au plus secret de l'âme» : « Il prit le parti de ne plus mettre les pieds dans aucun établissement universitaire de France, tout en demandant instamment à en visiter un à chacun de ses voyages à l'étranger. »

En attendant Jean Moulin, son secrétaire Daniel Cordier

Dans le film, le secrétaire de Jean Moulin est la jeune juive Livia. Transposition réussie de plusieurs figures féminines de la Résistance. Dans l'Histoire, ce fut le jeune Daniel Cordier, accessoirement militant de l'Action française. Révolté par l'allocution de Pétain le 17 juin, il réunit à Pau un groupe de jeunes camarades (il a 19 ans...) qui gagnent Londres. Officier affecté au BCRA (les services secrets de la France libre, organisés par Passy), il est parachuté en France en juillet 1942. Jean Moulin le choisit alors comme secrétaire et il effectue une dangereuse mission de 18 mois dans la clandestinité. Il n'est venu au témoignage écrit que sur le tard, lorsque la mémoire de Moulin fut attaquée. Mais là encore, par un monument : une biographie magistrale de Jean Moulin et ses mémoires Alias Caracalla, passionnants : comme, au début du tome 2, la scène où il apprend l'arrestation de Rex, le patron (dont il ignore la véritable identité jusqu'à fin 1944), durant une mission à Paris, dans le métro, puis le démantèlement en cascade de son réseau. Ce qui domine, c'est le sentiment d'étrangeté ressenti par ce Français libre de la première heure à chaque étape de son épopée, à Londres comme à Paris, jusqu'à son second retour en France en 1944 : par rapport aux résistants de l'intérieur, à sa famille, aux intellectuels, à la classe politique de retour : « De Gaulle et ses premiers compagnons resteront toujours des exilés de l'Histoire de France ! », constate-t-il, lors du départ du Général en 1946. Lui qui s'engagea pour combattre l'ennemi déplora jusqu'au bout de ne pas être envoyé au feu, ses chefs l'affectant à d'autres missions, tout aussi périlleuses, de structuration gaulliste de la Résistance. Une épopée sans fard ni grandiloquence. Visiblement, Daniel Cordier ne sera pas, non plus, à l'affiche du film Moulin, de László Nemes, présenté à Cannes en juin et qui doit sortir cet automne. Son parcours mérite pourtant un film. Raison de plus pour lire cet autre témoin capital, entre deux séances de cinéma.

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Frédéric Sirgant
Chroniqueur à BV, professeur d'Histoire

Vos commentaires

12 commentaires

    • Oui Fernand .. Comment deux peuples . Le peuple Pied Noir peut il hair à un point incomensurable ce général qui l’a trompé roulé dans la farine qui a ete déraciné en laissant tout derrière lui après 132 ans de bons et loyaux services ..qu’il porte en mémoire historique toutes les fautes de La France car cette patrie ne veut même pas reconnaitre ses torts et celles du Gal .. Le peuple pied noir expie pour le Gal et pour le pays toutes les fautes de cet echec.. Alors que lui même a été trompé et de quelle façon et dont la manière la France les a appelle pour peupler ce pays et lui donner des terres au départ incultes . Ravagées par les maladies de l’epoque et qui a force de travail et de pugnacité a réussi à faire et réaliser un pays digne et moderne + la decouverte du gaz et du petrole. Les Français et nous avons deux visions différentes de ce Mec. Un Dieu et nous un Traitre . Comment peut on concilier ces deux sentiments et comment pourrons nous ecrire une histoire commune puisqu’en idolatrant ce Gal le peuple pied noir sera davantage dénigré et l’Histoire réelle ne sera jamais ecrite.. J’ai un sentiment de frustration . d’incomprehension d’injustice .. Pourquoi la France s’obstine à ne pas voir la Vérité en face ??

      • Parce que nous avons été manipulés par une propagande pro-De Gaulle, la défaite de 40 est en partie de sa faute car il a persuadé Paul Reynaud d’envoyer l’armée sur le front de Belgique (contre la volonté des Belges), alors que tous les généraux expérimentés étaient contre. Charles De Gaulle était alors colonel. C’est Paul Reynaud qui l’a nommé général à titre provisoire.

  1. Les mythes ont décidément la vie dure ! Plus de 80 ans après l’émergence de ce personnage grâce à un concours de circonstances fortuit : la débâcle de juin 1940 et son propre convoyage en Angleterre par un agent de l’I.S., en pleine guerre ! Les français honteux de leur passé, victimes d’une propagande effrénée adulent ce personnage imbu de lui-même, retors, menteur sans vergogne, responsable à au moins 2 reprises de la division des français, responsable de dizaines de milliers de morts français à chaque passage au pouvoir, sous prétexte qu’il se serait opposé aux USA. On oublie facilement qu’il leur avait cédé dans l’affaire d’Algérie (« Les États-Unis et la guerre d’Algérie » Irwin Wall — entre autres) abandonnant le Sahara et son petrole aux compagnies americaines. Le récit hagiographique de son fils Philippe (filleul du Maréchal Ph. Pétain, son mentor) a été contredit par un groupe d’historien (« Réplique à l’Amiral De Gaulle »), mais rien n’y fait ! Ça arrange beaucoup de politiciens ! Quelle honte !

  2. Des œuvres peut-être moins connues : celles d’Armand Plat, racontant son parcours avec son fils Jean-Jacques (que j’ai connu) sur le chemin de Londres et dans l’Orient méditerranéen d’alors, dont il a d’ailleurs le mérite de nous raconter l’histoire par le menu…

  3.  » « Plus qu’un livre : une date dans l’histoire contemporaine. L’habileté suprême du peintre est de s’effacer devant celui qu’il fait revivre en un portrait saisissant. Peyrefitte est à de Gaulle ce que Joinville est à Saint Louis. C’est du grand art. »
    Et ça, c’est du d’ Ormesson .

  4. Dans la liste des livres à lire, vous semblez oublier « Mauriac sous de Gaulle » de jacques Laurent et surtout « de Gaulle, l’homme qui faisait se battre les français entre eux » de Roger Holeindre, un des premiers et plus jeunes résistants français.

  5. C’est l’une des vertus des adaptations au cinéma : relancer la lecture de classiques trop souvent délaissés, voire ignorés des jeunes générations.
    #
    Et puis à la lecture, Hélène de Troie (en fait Hélène de Sparte) n’est pas black. Je n’ai rien contre Lupita, charmante par ailleurs, mais je serais fort étonné que l’épouse du roi de Sparte fut noire. Je crains que le rôle de de Gaulle soit tenu par Omar Sy dans le futur remake …

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