La revendication de l’esprit politique des grands hommes défunts est, dans la République, un exercice difficile mais d’autant plus à la mode que celle-ci ne sait plus porter en elle-même son propre projet.

Dans la République seulement, car cette parfois factice inspiration n’avait cours dans la monarchie. On y était simple héritier du royaume et l’on se devait d’en défendre simplement les lois fondamentales. Las, si les Républiques eurent quelque origine en l’expression de principes ou quelquefois d’un projet politique, les héritiers de celui-ci ayant nécessité électorale le laissent bien souvent partir à vau-l’eau, si ce n’est qu’ils en trahissent parfois les principes.

L’esprit du ou des fondateurs est alors à saisir : untel en retiendra une volonté de grandeur, un autre le caractère national, un troisième son aspect fraternel et social, etc. Et chacun de se disputer ces… miettes ? Ces oripeaux. Tuniques déchirées qui sont jouées au dé pour déterminer qui l’emportera.

Bruisse, dès lors, la fausseté de cet héritage que chacun chaparde en criaillant plus ou moins légitimement.

Faut-il contester ces revendications ? Si l’on n’est par soi-même le porteur d’un projet qui soit de France, mieux vaut se marquer de quelque bon aspect du passé qu’être une outre vide comme on pourrait songer à le dire de LREM.

Ainsi certains s’étonnent que revendique une part de l’héritage gaullien, à raison de ce que le Front national prit une part de ses sources auprès d’anciens de l’OAS. Pardon ! mais le gaullisme était-il seulement cela ? Était-il uniquement cela ? L’affirmation d’une nation qui siégeait dans le camp des vainqueurs en 1945, sa position revendiquée au Conseil de sécurité des nations à l’ONU, son dédain de l’OTAN, son positionnement international, sa défiance d’une Europe dont on voit ce qu’elle advint et même sa stratégie relative aux infrastructures de notre pays… Tout cela ne représenterait rien du gaullisme ?

Dirait-on d’untel, revendiqué de Mitterrand, qu’il porte la Francisque et fait sien les couleurs du Travail-Famille-Patrie ? Dirait-on des LR se réclamant de Sarkozy que chacun d’eux approuve la forfaiture qui suivit le référendum de 2005 ? Ferait-on reproche à la gauche de ses références à Jaurès ou Jules Ferry en raison des vues colonialistes de ces derniers ?

Tout cela n’a de sens ! Et, d’ailleurs, il ne vient à l’idée de personne de critiquer Mélenchon qui se disait gaulliste par sa démarche hors des partis en 2017, quoi qu’il n’approuvât pas toute l’action du Général au long de ses mandats. Seuls ceux qui croient bon de s’habiller d’un costume trop grand pour eux ou qui citent imprudemment leur héraut – « Qui imagine un seul instant le mis en examen ? » – deviennent ridicules. Suivez mon regard vers divers affairistes élu ou candidat en 2017.

La référence à quelque grand homme d’État est celle de sa ligne politique générale et des valeurs fondamentales qui l’inspirèrent. Non pas que l’on ait une religieuse révérence de l’esprit pour tout ce qu’il fit. Anachronisme, quand tu nous tiens…

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