Passe voté, passe contesté, mais passe dépassé. Avant même son application officielle le 9 août ! Cette affaire du passe est bien mal engagée et l’on se demande quel conseiller a bien pu pousser Emmanuel Macron à monter dans cette galère. La liste des coûts de tous ordres s’allonge chaque jour : coût économique pour les secteurs concernés qui venaient juste de redémarrer leur activité, coût politique avec la montée en puissance d’un mouvement populaire attaché à la défense des libertés. Mouvement que ledit conseiller, sans doute en stage durant les deux ans de gilets jaunes, a clairement sous-estimé.

Pour Emmanuel Macron, c’est une crédibilité déjà abîmée qui risque d’en prendre un coup. Revenons donc sur le « coup » du 12 juillet : reniant sa promesse solennelle du mois de mai de ne pas étendre le pour des actes de la vie quotidienne, le Président se dédit. Ce retournement n’est pas pour rien dans l’affluence lors des manifestations : la confiance dans la parole présidentielle est mise à mal. Mais Emmanuel Macron pouvait espérer compenser les pertes par des gains substantiels sur deux plans : celui de l’autorité (les Français aiment de plus en plus) et celui de l’efficacité sanitaire dans la lutte contre l’épidémie.

Or, le Président pourrait perdre sur les deux tableaux. Passé le succès médiatisé de la vaccination des millions de Français a priori récalcitrants mais poussés à coups de pied au derrière vers les « vaccinodromes » pour pouvoir continuer à travailler, pas sûr que ces vaccinés contraints se montrent très reconnaissants pour cet acte d’autorité qui les visait tout spécialement. Idem pour les réfractaires endurcis. Surtout quand les dernières nouvelles du variant montrent la protection toute relative conférée par les vaccins. En outre, le fait que 50 % des Français, selon un récent sondage, comprennent la mobilisation anti-passe et que 40 % la soutiennent montre que cet acte d’autorité n’a pas été plébiscité par l’opinion, contrairement aux assertions des petits macronistes qui font semblant de croire que la progression de la vaccination traduit celle de l’adhésion à ladite vaccination et encore moins à Emmanuel Macron. Vu leurs résultats aux dernières élections, on comprend qu’une marche vers les 90% les fasse fantasmer. Mais une vaccination n’est pas un vote.

Surtout, dès avant son application, l’efficacité du passe sanitaire est remise en cause, et dans le camp même des partisans de la vaccination et du Président qui pousse l’idée de la vaccination obligatoire. Certes, Emmanuel Macron avait lui-même pris la précaution d’ouvrir cette possibilité dans son allocution du 12 juillet. En gros, le passe ne suffira pas, il ne sera pas efficace. Dimanche, c’est le président de la Fédération hospitalière de France qui l’a dit : « Nous n’avons plus le luxe de prendre des demi-mesures. » Un camouflet pour le Président.

Visiblement, autour d’Emmanuel Macron, on a senti venir l’embrouille. Le JDD se fait l’écho des états d’âme de ce petit monde : « Aux yeux d’Emmanuel Macron, il [le passe] suppose donc une contrepartie : l’absence de restrictions nouvelles. “On va perdre les gens si on cumule passe sanitaire et mesures à l’ancienne” », a-t-il prévenu, mercredi, lors du Conseil des ministres. « C’est pour ça qu’on ne referme pas les discothèques, explique un membre du gouvernement. Que diraient les gens si on leur mettait le passe, puis on leur démontrait qu’il ne sert à rien en remettant des restrictions ? » Des restrictions qui, soit dit en passant, ont déjà été remises ici et là. Et que diraient-ils, les gens, si, après (avant ? Avec ?) le passe, on leur collait la vaccination obligatoire ?

La Macronie a réussi cet exploit en une semaine : démontrer elle-même l’inefficacité d’une mesure présentée comme LA solution, votée à la hussarde, impliquant des atteintes majeures aux principes de et d’égalité et ayant réussi à mettre, en plein été, des centaines de milliers de Français dans les rues depuis trois semaines.

Par ailleurs, le Conseil constitutionnel pourrait censurer le texte en profondeur, comme l’y appellent de nombreux juristes. Et le « tsunami » annoncé par Gabriel Attal pourrait n’être, selon le JDD, qu’une vague ou une vaguelette en comparaison des trois premières.

Quoi qu’il advienne, la crédibilité d’Emmanuel Macron restera durablement abîmée par le passe sanitaire.

2 août 2021

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