Editoriaux - Religion - 2 janvier 2020

Papauté : il est temps de rétablir la chaise à porteurs

Faut reconnaître que ça avait de la gueule. Lorsque le pape, jadis, recouvert de ses lourds ornements pontificaux, coiffé de la tiare, bénissait la foule du haut de sa chaise à porteurs – la fameuse sedia gestatoria -, entouré des gardes nobles, gardes suisses, porteurs de flabellums, ces éventails en plumes d’autruche qui permettaient de donner un peu d’air au Saint-Père, à une époque où on n’avait pas encore inventé la clim qui fait tant de mal à la planète. La Rome pontificale ressemblait encore à un péplum en CinémaScope™ et les fidèles en avaient plein les yeux et pour leur argent.

Vatican II, Paul VI et tutti quanti passèrent par là et firent le bonheur des brocanteurs. En exagérant un peu, on dira que la mode n’était plus au grand spectacle mais au cinéma social, si possible engagé. C’est vrai que trimbaler un pape-roi sur un trône mobile porté par quatorze bonshommes comme au temps de la reine de Saba ou de Cléopâtre, cela pouvait sembler « too much ». C’est vrai, aussi, qu’on entrait dans une ère de démocratisation intense. Et de mécanisation : après le pape-roi, la bagnole-reine. Alors, on inventa la papamobile. À croire, d’ailleurs, qu’on organisa des concours pour savoir quel serait l’engin le plus laid pour transporter l’évêque de Rome à travers la foule en liesse. Des engins qui ressemblent plus au véhicule utilitaire de ma petite entreprise qui connaît pas la crise qu’au carrosse de la reine d’Angleterre qui, à ce jour, est sans doute à la tête du plus beau conservatoire de vieilles charrettes de la Terre.

Tout ça pour dire que si le pape se baladait, comme il n’y a pas si longtemps encore, sur une chaise à porteurs, outre le côté indéniablement écologique et résolument pourvoyeur d’emplois de ce mode de transport, on éviterait sans doute le genre d’incident comme celui qui s’est produit le 31 décembre lorsque le pape François, en prenant son bain de foule vespéral, a été agrippé par une femme, sans doute un peu trop enthousiaste. Visiblement énervé, le pape a alors tapé sur la main de cette fan avant de passer son chemin. Le pape est fatigué, le pape est un homme comme les autres, le pape est un homme du Sud, cette femme aurait fait mal au pape (ce qui est fort possible), et puis, le lendemain, le pape s’est excusé, lit-on quand on fait une petite revue de presse de cette affaire. Deux secondes – pas plus – de mauvais esprit : si Benoît XVI avait eu le même geste (mais le pape Ratzinger était un homme du Nord !), aurait-on trouvé la même indulgence (plénière !) que celle dont bénéficie le pape Bergoglio ? La question reste pendante, comme les trente glands d’un galero cardinalice.

« L’autorité ne va pas sans prestige, ni le prestige sans éloignement », disait le général de Gaulle qui, s’il n’était pas pape, s’y connaissait un peu en serrage de mains…

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