En conférant le même « statut » à la guerre d’ qu’à la , n’a pas seulement insulté la . Mais, au-delà du préjugé idéologique typiquement de gauche qu’il véhicule systématiquement sur la , le Président-surprise a brutalement révélé ses faiblesses. Le beau parleur, amateur de concepts, a des connaissances limitées et peut faire preuve d’inintelligence comme d’une fragilité psychologique inquiétante pour la fonction qu’il occupe.

Pour avoir osé cette égalité entre deux événements aussi dissemblables, il a surtout montré qu’il ne connaissait ni l’un ni l’autre. Non seulement il a ignoré les aspects positifs de la colonisation, les infrastructures réalisées, les gigantesques progrès de la médecine et de l’enseignement, mais il a aussi effacé la singularité de la Shoah. Non content d’avoir choqué les victimes et leurs descendants, ces Français qui ont dû quitter leur terre sous la menace, en osant les mettre au même niveau que les bourreaux nazis, il a aussi banalisé l’horreur du génocide des Juifs dans l’ hitlérienne.

Il est surprenant qu’un homme qu’on pouvait croire intelligent et cultivé ait pu dire une pareille idiotie après avoir participé à la commémoration de la libération d’Auschwitz. Le mot de génocide ne doit pas être utilisé sans précaution. Ce néologisme a été créé par Raphael Lemkin en 1944. Et pour lui, comme pour le procureur général français du procès de Nuremberg, l’extermination programmée des Juifs a bien été un génocide, « le crime qui consiste en la destruction des groupes nationaux, raciaux ou religieux ». La colonisation française de l’Algérie n’a en rien correspondu à ce terme.

Raphael Lemkin, Juif polonais, né en Russie tsariste, savait ce que signifiait la volonté politique, parfois planifiée, de détruire une population, physiquement, économiquement, culturellement. Le génocide dont la Shoah est devenu le « modèle » ne peut donc se limiter à des violences, voire à des massacres, souvent réciproques durant des guerres. Avant même l’instauration du nazisme en Allemagne, Lemkin, ce juriste polyglotte, s’était penché sur le « génocide » des Arméniens qui a été central dans sa réflexion car, en 1921, il avait été frappé par l’assassinat, à Berlin, de l’un de ses organisateurs, l’ancien ministre de l’Intérieur ottoman Talaat Pacha, par l’Arménien Soghomon Tehlirian. De même, il a eu connaissance, en voisin, de l’holodomor, le génocide par la famine des koulaks ukrainiens dont Staline a été l’auteur en 1933-1934. La Shoah est le troisième événement du XXe siècle à correspondre à la définition qu’il formulera après coup et qui est maintenant intégrée dans le droit international, alors qu’elle ne l’était pas à Nuremberg.

Or, si c’est elle qui sert de référence à ces processus heureusement assez rares, c’est parce qu’elle a revêtu des caractéristiques inégalées. La plupart des faits historiques ou contemporains qui relèvent de la même catégorie, de l’élimination des cathares albigeois ou des protestants des Cévennes, jusqu’à celle des Serbes du Kosovo ou des Assyro-chaldéens chrétiens de la plaine de Ninive, en passant par les luttes tribales entre Hutus et Tutsis, ne réunissent pas un État totalitaire moderne, une armée et une police organisées méthodiquement pour priver de tout droit, au nom d’une idéologie aux prétentions scientistes, une population sans défense, définie par une identité, ici « raciale », et pour la réduire en avant de l’exterminer, de manière « industrielle », en accompagnant ces assassinats de masse d’un incroyable cynisme et de cruautés inimaginables, par exemple sur le plan médical.

La médecine nazie, c’est celle qui a été jugée à Nuremberg dans un second procès, auquel le célèbre Mengele a échappé… sans doute parce que les condamnés étaient plus importants dans l’horreur que lui ! La médecine en Algérie, c’est Laveran, prix Nobel de médecine en 1907, pour avoir découvert le bacille du paludisme à Constantine, en 1880. Une rue porte son nom en qualité de bienfaiteur de l’humanité pour ses travaux de recherche en parasitologie au quartier résidentiel de Bellevue, à Constantine.

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