La recherche chinoise vient d’annoncer à grand bruit qu’elle a enfin réussi à faire naître des cochons contenant des cellules de singes macaques. Il s’agit d’un premier pas vers la production en masse d’organes de substitution destinés à l’homme. Ainsi, une à une, les barrières entre l’humain et l’animal tomberaient. Les végans-antispécistes jubilent.

Dans le même temps – coïncidence ou non ? -, la respectable revue anglaise Nature Medicine publie un article signé par trois bioéthiciens en vogue. « Les catégories d’espèces ne sont jamais des entités ontologiques réelles ou des éléments naturels », écrivent-ils. « Il ne nous reste alors aucune raison significative nous permettant de justifier que nos catégories d’espèces actuelles aient un quelconque poids moral… » Comme si le biologique devait être le déterminant de la morale, et la morale subordonnée au biologique ! Aberrant ! Passons. Les végans-antispécistes pavoisent de plus belle.

Or, quand bien même toutes les barrières, les différences relevant de la biologie entre l’animal et l’humain tomberaient, il en resterait une, d’une tout autre nature, et fondamentalement irréductible. Et cette différence est précisément ce qui constitue le fondement de tout engagement, y compris celui des végans-antispécistes : la de choix. Liberté dont le règne animal, jusqu’à preuve du contraire, est dépourvu. Et l’imposture est bien là : prétendre qu’une espèce douée de liberté et une autre qui en est privée peuvent être du même ordre. Oui, la grande, l’infranchissable distance entre l’homme et l’animal est ici, et non dans la seule biologie. Elle réside, en vérité, dans ce que nous nous accordons à appeler le libre arbitre.

En clair, tant qu’on ne nous aura pas présenté une brave vache qui, de son plein gré, aura renoncé au vert pâturage, un lion qui, de lui-même, aura décidé de ne plus croquer la gazelle, bref, tant qu’on ne nous aura pas montré un animal capable de choix libres, nous serons fondés à continuer d’affirmer qu’il y a bien une différence essentielle entre les deux espèces.

Cela dit, pour ma part, je m’en tiendrai à mes bons vieux principes : l’amour du humain, le respect du monde animal et le plaisir de la tête de veau. Sauf, bien sûr, si cela devait vraiment contrarier mon poisson rouge.

27 janvier 2020

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