, vous connaissez ? Oui, forcément. C’est l’un de ces incontournables baby-boomers de la Ve République, septuagénaire à crinière, passé de l’amour de Fidel Castro à celui des plateaux de télé. Il fut d’ailleurs en secondes noces l’époux d’Evelyne Pisier (décédée en 2017), célèbre maîtresse du Líder Máximo avant qu’elle n’épouse Bernard Kouchner. Loin de moi l’idée, rapportant cela, de m’ériger en police des meurs ; il s’agit juste d’un constat : depuis soixante ans, notre pays est façonné par d’anciens soixante-huitards rouges de cœur et qui ne lâcheront la branche que pour l’au-delà.

La biographie du monsieur est impressionnante : surdiplômé, enseignant partout, président de la Fondation nationale des sciences politiques depuis 2016, conseiller du président du Conseil constitutionnel pendant douze ans, député européen PS entre 1997 et 2004… Aujourd’hui grand mamamouchi honoraire un peu partout et même au-delà, il passe son temps dans les médias, animant chaque dimanche matin, sur Europe 1, l’émission « Mediapolis », dont l’objet est d’« explorer et décortiquer les rapports entre médias et politiques ». Un sujet qu’il connaît particulièrement bien, côtoyant notamment tout ce monde dans ce club très sélect qu’est Le Siècle.

Pour compléter cette vie fort remplie, Olivier Duhamel est également éditeur au Seuil et chez Dalloz. D’où ce dernier opuscule qui paraît aujourd’hui : Les mots du (Dalloz), cosigné par Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne.

Disons-le tout net : à l’heure où l’on s’inquiète de l’avenir de la planète et de la biodiversité, voilà une belle façon de gâcher du papier et donc des arbres. S’il avait intitulé son machin « Le Coronavirus pour les nuls », on aurait à la rigueur pu sourire, mais là…

Ce « livricule » n’a strictement aucun intérêt.

À l’évidence, ce serait une erreur grossière de prendre cet homme pour un idiot. Alors, quoi ? Quel prurit l’a démangé, quel irrépressible besoin de pérorer encore sur le devant de la scène ? Faux modeste, Olivier Duhamel s’en explique en tortillant de la plume sur la page de Science Po. Magnifique, grandiose même, le papier s’intitule : Le courage de dire « je ne sais pas ».

Grossière erreur : le courage eût plutôt consisté à se taire !

La question, follement audacieuse, lui est quand même posée : « Pourquoi rédiger un livre sur le Covid-19, alors que nous nageons toujours en pleine crise ? » C’est vrai, ça, nous ne sommes même pas déconfinés ! « Il y a d’abord une raison personnelle, dit Olivier Duhamel. Je crois que le seul moyen de supporter le confinement, c’est d’assimiler le plus de choses possibles sur cette pandémie. […] Il est indispensable de chercher à en apprendre le plus possible… avec le plus d’humilité possible. » Sic. Reste qu’on ne voit pas ce qu’une succession de phrases piochées çà et là peut bien lui et nous apprendre ! Il s’en explique ainsi : « Le choix de l’abécédaire permet de rendre compte des multiples facettes de ce que nous vivons. Et surtout, il était hors de question d’écrire un essai : c’est bien trop tôt ! » Mais pas trop tôt pour mettre sur le marché un pseudo-livre parfaitement inutile ?

C’est parce qu’il n’en pouvait plus, notre Duhamel, il fallait que ça sorte, qu’il crache ce qu’il avait sur le cœur : « Ce que j’ai le plus apprécié dans tous les débats que j’ai pu suivre, ce sont des cas, qui sont plus nombreux qu’on ne croit, où des experts, des médecins, des décideurs politiques, disaient “là, on s’est trompés” ou “là, je ne sais pas”. » Mais hélas, il y avait la part sombre : « Ceux qui m’exaspèrent sont les “y a qu’à, faut qu’on” de tous ordres […] ».

On est touché, vraiment, de ce prêchi-prêcha sur l’humilité dans la bouche d’un homme qui sait tout, tous les soirs sur les plateaux télé et nous le fait savoir ! Quelle hauteur de pensée, quelle puissance d’analyse !

Franchement, Monsieur Duhamel, vous valez mieux que ça !

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