Editoriaux - Médias - 8 octobre 2019

Nutella™ entre en résistance contre Zemmour

L’heure est grave, la résistance s’organise. Contre le terrorisme islamiste qui a encore frappé la semaine dernière ? Vous n’y êtes pas. Contre Éric Zemmour. Et cette résistance prend des détours par un maquis qu’on n’aurait pas jusqu’alors imaginé. Ainsi, Nutella™ ne diffusera plus de publicités avant les émissions de Zemmour sur Paris Première. Nah !

Ferrero, propriétaire de Nutella™, vient de l’annoncer sur Twitter : « À la vue des récents événements, nous avons demandé à Paris Première d’exclure ce programme de notre liste de diffusion. » « Les récents événements » ? Euphémisme pour parler du discours de Zemmour à la Convention de la droite. Autrefois, on parlait des « événements d’Algérie » pour ne pas dire le mot « guerre ». Plus tard, on parla des « événements de Mai 68 » pour ne pas dire « émeute ». Un euphémisme très diplomatique : quoi de plus normal chez Ferrero qui vantait, jadis, le bon goût des réceptions de l’ambassadeur ! Zemmour était un phénomène. Désormais, c’est un événement.

Nutella™, naguère cible de Ségolène Royal car responsable, selon elle, de la déforestation par huile de palme interposée, entre donc en résistance. Bon, attention, pas vraiment de façon spontanée mais un peu contraint et forcé. Par qui ? Par le collectif Sleeping Giants, ces « cyber-corbeaux » qui agissent dans l’ombre depuis plusieurs mois pour assécher financièrement les sites qu’ils jugent comme véhiculant des discours de haine.

On connaissait la justice des hommes, celle de Dieu, on a désormais une cyber-justice qui se passe d’avocats, de prétoire. Une justice où des anonymes, cachés derrière leur ordinateur, sont tout à la fois procureurs, juges et bourreaux, puisque leurs actes de piraterie vont parfois jusqu’à lancer des attaques informatiques. Boulevard Voltaire a été leur victime, l’été dernier, et a, du reste, porté plainte. Aujourd’hui, Sleeping Giants s’attaque à une petite chaîne de télévision. Et demain ? CNews est dans le viseur. Évidemment. Et puis sans doute LCI. C’est d’ailleurs le principe de la Terreur et de tous les totalitarismes. Au début, on se croit protégés, hors de danger, d’autant qu’on donne quelques gages à la Révolution. Mais au fil du temps, on se rapproche du couperet. BFM TV et même France 2 ne devraient pas faire les malins.

Ce qui laisse songeur, c’est que des marques aussi solides que Ferrero, mais bien d’autres aussi, puissent se plier à ce qu’il convient d’appeler un chantage quasi mafieux ou, tout du moins, un racket à l’envers. Avec la mafia, si tu ne payes pas le pizzo, on fait sauter ta boutique. Avec Sleeping Giants, si tu continues à faire de la pub sur tel site ou telle chaîne, on fait sauter ta belle vitrine, ta réputation. Et tes ventes vont s’effondrer. Y aura-t-il une marque qui osera résister ?

On pourrait prendre avec le sourire cette décision de Nutella™, mais c’est évidemment la liberté d’expression qui est ici menacée et l’on n’a pas envie de rire. Message en l’air : demain, je n’achète plus de Nutella™. Qu’on se passe le message. Ma façon à moi de résister.

À lire aussi

Un an que Castaner est ministre de l’Intérieur : joyeux anniversaire !

Quelle sera la prochaine étape : l’armée ? …