Editoriaux - Politique - 26 janvier 2020

Nouveau sondage : Emmanuel Macron s’enfonce nettement, même chez ceux qui y ont cru

Pour , les sondages se suivent, se ressemblent et prennent tous la même pente. Celle de la descente. Ainsi le baromètre IFOP du JDD enregistre, pour janvier, « un net recul de 4 points », à 30 % seulement d’opinions favorables. Édouard Philippe suit la même courbe, avec un -3.

Ces sondages sont de plus en plus alarmants pour le président de la République.

D’abord, il n’avait pas connu un tel recul depuis novembre 2018 et le début de la crise des gilets jaunes. Tout se passe comme s’il retombait dans les mêmes ornières et si ce qu’avait révélé cette crise de ses faiblesses structurelles était toujours là, mal cicatrisé.

Ensuite, le détail de cette chute montre que, désormais, après qu’il a perdu le peuple, c’est le cœur même de son électorat qui se détache de lui. En effet, il perd 3 points chez les retraités et 6 points chez les cadres et les professions intellectuelles supérieures. Pire : il perd 10 points dans son électorat du premier tour de 2017 ! Et il enregistre un -5 dans celui de Fillon et -8 auprès des sympathisants MoDem. Ce sont les fragiles fondations du château de sable du macronisme qui sont en train de s’éroder sérieusement.

La raison majeure de cette chute n’est pas à chercher ailleurs que dans la réforme des retraites, mais celle-ci agit, à l’instar de la crise des gilets jaunes, non pas comme un simple épisode conjoncturel, « une mauvaise passe », mais un révélateur des carences de fond de la personnalité d’Emmanuel Macron. L’épisode des gilets jaunes l’avait montré coupé du peuple. Là, on découvre qu’à l’occasion de cette réforme des retraites, Emmanuel Macron et son monde méconnaissent la réalité des situations – dégradées – des classes moyennes : fonctionnaires, enseignants, avocats, professionnels de santé, militaires … Un comble pour celui qui s’était voulu la voix du sérieux et de la raison, notamment face à une Marine Le Pen regardée de haut lors du débat de l’entre-deux-tours. Un masque est tombé : le sérieux et la technicité d’Emmanuel Macron, ce n’était qu’un vernis. Un de plus.

Désormais, les Français semblent avoir tiré un trait sur Emmanuel Macron. Un autre sondage – Elabe pour BFM TV – indiquait, en début de semaine, que 69 % d’entre eux estimaient qu’il ne serait pas réélu en 2022. Avec le septennat, un Président pouvait se tirer d’une telle impopularité. Plus avec le quinquennat. Ce qui attend Emmanuel Macron, vu ces tendances de fond, c’est un destin à la Hollande, avec l’impossibilité de se représenter, comme nous le disions dès l’été 2015.

Surtout, ce qui accroît le doute, même chez les plus indulgents à son égard, c’est le manque de psychologie, de prudence d’Emmanuel Macron : comment avoir eu l’idée d’imposer cette réforme mal préparée, illisible, anxiogène à un pays qui sortait de la crise impressionnante des gilets jaunes ? Les Français ne comprennent pas : le Président qui avait eu si peur, qui avait failli être évacué de Paris un samedi de décembre, avait-il déjà oublié cet incendie mal éteint ?

Il y a, chez lui, une forme d’inconscience et de légèreté dans le traitement de cette crise profonde de la société française déchirée et traversée de multiples tensions. Et l’on ne peut qu’être surpris et très inquiet en observant les issues qu’il cherche pour s’extirper de cette impopularité : rouvrir de nouveau les cicatrices de la guerre d’Algérie, en la comparant à la Shoah, coche, dans un autre domaine, certes symbolique mais tout aussi sensible et potentiellement explosif, toutes les cases des erreurs précédentes : intervention inopportune, erreur d’appréciation intellectuelle et historique, méconnaissance de l’état de l’opinion sur ces questions.

Emmanuel Macron donne l’impression de ne rien apprendre de ses erreurs. C’est regrettable pour lui. C’est inquiétant pour le pays.

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