Drogue : « dépistages inopinés et obligatoires » pour le gouvernement. Et à l’Assemblée ?

Quelques contrôles parlementaires pourraient s'avérer utiles...
Photo de RDNE Stock project: https://www.pexels.com/fr
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La France tient la tête de la consommation de drogues en Europe, tout comme elle est championne de la consommation de psychotropes, ceci expliquant sans doute cela. Sur le site du gouvernement, on parle d’un « phénomène massif ». Si massif qu’il remonterait jusqu’au sommet de l'État où, secret de polichinelle, certains (beaucoup ?), dit-on, s’en mettraient dans le pif. Alors, avant que d’encombrantes révélations ne se fassent jour, disent les mauvaises langues, le Premier ministre Sébastien Lecornu demande que ses ministres organisent « des dépistages inopinés et obligatoires, sous la forme de tests salivaires » pour leurs équipes au complet. Eux-mêmes compris.

Premier ministre échaudé craint la récidive…

Sans doute n’a-t-il pas échappé au gentil Lecornu que certains de ses collègues ou ex-collègues avaient parfois le débit saccadé, le geste énervé et le regard halluciné. Ça va finir pas se voir, a pensé le Premier ministre, et comme ça ne risque pas de s’arranger, vu la façon dont s’annonce la campagne, il faut prendre les devants. Dont acte : la circulaire est parue mardi, qui réclame donc des dépistages « au regard de la nature des missions qu’ils exercent, de leur exposition et de l’exigence particulière d’exemplarité qui s’applique à eux [les gens des ministères] ».

Dans le document, il est stipulé qu’il s’agit de « vérifier que les intéressés ne sont pas consommateurs de produits stupéfiants [...] y compris de façon ponctuelle dans un cadre privé ». Primo parce que ce n’est pas bon pour leur santé et le service auquel ils appartiennent, secundo parce que cela engendre « une vulnérabilité personnelle susceptible d’être exploitée par des groupes de pression, des réseaux criminels ou des manœuvres d’ingérence ». Et de prévenir ses troupes qu’un « plan d’action » devra lui être adressé avant le 26 juin, prévoyant « les conséquences à tirer » en cas de résultats positifs, de même « en cas de refus de se soumettre à ces tests ».

Rassurons-nous, Sébastien Lecornu est clean. Il l’a déclaré : « Je l'ai fait [le dépistage], car mon cabinet l'a fait [...] C'est du bon sens, non ? » Certes. Il faut dire que le Premier ministre, échaudé, craint la récidive. C’est Le Canard enchaîné qui l’avait révélé, en février dernier : peu avant Noël, il avait dû se séparer de son conseiller Agriculture, victime d’une overdose lors d’une soirée festive. L’histoire ne disait pas si c’était dans les salons de Matignon…

De fâcheux précédents

Il y a longtemps que la blanche circule, au sommet de l’État. La rumeur affirmait même que « le grand Jacques » entretenait ainsi son dynamisme, rumeur encouragée par le dénommé Gérard Fauré. C’était lui, « le prince de la coke », comme il titre son livre (Nouveau Monde Éditions). Un dealer à la clientèle « haut de came », écrivait Libération, lors de la sortie de ses mémoires, en 2018.

Figure de la pègre des années 80, trempant dans les manœuvres du SAC (l’officine que gérait Charles Pasqua), Fauré était le fournisseur en coke de la jet-set, emplissant son carnet d’adresses des grands noms du spectacle, des médias et de la politique. Personne, à notre connaissance, n’a d’ailleurs remis en cause ou poursuivi ce qu’il raconte dans les quatre tomes de ses mémoires.

Plus proche de nous et nettement moins « haut de came », le député LFI Andy Kerbat s’est fait pincer, en 2024, dans le métro où il faisait affaire avec son dealer, jeune mineur très mal accompagné. Brièvement exclu de l’Assemblée, revenu auréolé du statut de victime – il a eu une enfance malheureuse –, il porte aujourd’hui les habits de promoteur de la vertu. Il a en effet organisé à l’Assemblée, le jeudi 18 juin, un colloque réunissant des universitaires, des élus, des spécialistes, des professionnels de santé et des représentants d'associations sur le thème des… addictions. Au nombre des thèmes abordés : « changer de regard sur les consommateurs et les conduites addictives » en mettant l’accent sur les « ressorts psycho-sociaux de la consommation ». Surtout, élu d’un parti militant pour la dépénalisation, le député de Loire-Atlantique a tenu à ce qu’on se penche sur « la décriminalisation et le bilan de la pénalisation ».

Ce vendredi après-midi, c’est le député Horizons François Jolivet qui a demandé à Yaël Braun-Pivet de prendre exemple sur le Premier ministre, réclamant que « les parlementaires ainsi que l’ensemble des personnels du palais Bourbon subissent des dépistages inopinés et obligatoires de produits stupéfiants ». « Il serait ni compréhensible ni tenable que le Parlement, qui légifère contre le narcotrafic et appelle l’exécutif à l’exemplarité, s’exonère lui-même des règles qu’il entend voir appliquées », dit-il.

Gabriel Attal a déjà fait savoir qu’il était contre.

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

64 commentaires

  1. Bonjour, toujours deux poids et deux mesures: pour être président d’une association nationale (entre autres )il faut présenter un extrait de casier judiciaire VIERGE pour pouvoir accéder à cette fonction: BÉNÉVOLE ! ! ! Pourquoi pas pour nos ministres, nos députés et nos sénateurs , et tous les fonctionnaires de haut niveau qui les entourent ? ? ?
    Cordialement.

  2. Encore un coup de com.
    Quelles sanctions seront prises si un dépisté est positif ? Étant en charge des lois, ces gens devraient être irréprochable.
    La démission et interdiction à vie de briguer un quelconque mandat.

  3. Ce sont TOUTES les personnes qui bénéficient de la Sécurité Sociale française qui devraient être contrôlées régulièrement et qui, après deux avertissements sans suite de cure de sevrage, devraient être privées du remboursement de leurs frais médicaux et de toutes les prestations sociales. Le coût médical des consommations de drogues est estimé à 2,4 milliards d’€ par an par l’Académie de médecine. C’est selon les estimations une somme sans doute proche de 5 milliards d’€ qui est prélevé sur le PIB national chaque année par les toxicomanes au profit du narco-trafic français (négoce) et étranger (production). On estime à 300 000 le nombre des jeunes qui en France vivent de ces trafics et sont ainsi définitivement marginalisés (cotisations sociales de toute nature y compris aux régimes de retraite). Il faut y ajouter les coûts de la délinquance et les budgets de la Police et de la Justice qui sont affectés à la répression de cette délinquance. Environ 5 millions de personnes consomment dans notre pays, soit de manière occasionnelle soit de manière régulière des narcotiques dans le plus parfait mépris des graves inconvénients qu’ils infligent à la collectivité nationale. Il n’y aurait rien de plus légitime que la suppression par celle-ci des œuvres de solidarité qui sont financées par ceux qui travaillent. On est bien là dans l’esprit de la règle admise par ailleurs : « tu casses, tu paies ».

  4. C’est l’affaire Benalla qui remonte à la surface ! Rappelons-nous : Une perquisition avait été organisée (et l’intéressé avait été, comme par hasard, averti un peu avant) à son domicile. Et lorsque les enquêteurs sont arrivés, avec l’intention plus particulièrement de perquisitionner un coffre, bizarrement, le coffre lui-même avait disparu (et son contenu avec, bien sûr). Etrange : S’il y avait des documents compromettant à l’intérieur, quoi de plus facile (quand on a été prévenu à l’avance) de les remplacer par d’autres plus anodin et hop, pas vu, pas pris ! Mais au lieu de cela, c’est le coffre tout entier qui a disparu. Bien compliqué a priori, non ? La raison (probable) est très simple : Le cannabis, stocké là sans doute pour « toutes les élites » politiques du pouvoir (ça fait du monde !), ça sent fort, et si des personnes sont particulièrement compétentes pour le sentir à des kilomètres, ce sont les flics. CQFD. Il parait qu’un livre très compromettant va sortir prochainement (sur la schnouff dans le monde politique, pas sur Benalla, et comme par hasard juste à temps pour la campagne présidentielle), on va rigoler, je me frotte les mains d’avance !

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