Vous avez dit neutralité scolaire ?

« Paris la dangereuse, où il apprend rapidement à se méfier des hommes en uniforme. » Tout un programme...
Montage de capture d'écran sur https://utopique.fr/
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Quand, dans une classe de CE2, on fait lire à des enfants de 8 ans un extrait de la trilogie Paris-Paradis, où Moussa, un jeune Africain sans papiers, découvre « Paris la dangereuse, où il apprend rapidement à se méfier des hommes en uniforme. Car, sans papiers, s'il est arrêté, c'est l'expulsion », on peut légitimement s'indigner de la propagande à laquelle sont soumis de très jeunes élèves, qui ne peuvent que s'attendrir en suivant l'aventure du héros de ce récit. La neutralité scolaire est-elle, dans nos écoles, de plus en plus bafouée ?

Je ne connaissais pas cet ouvrage co-écrit par Didier Jean et Zad, qui, selon leurs propres mots, ont ressenti « le besoin de bâtir un espace de liberté pour développer une ligne éditoriale réservée à la création d'albums utiles et forts » et ont créé « Utopique, [leur] "cabane" d'édition », pour « emmener [leurs] lecteurs en promenade hors des sentiers battus [...] » Le site de l'éditeur apporte quelques précisions : « Une petite fabrique atypique où l’on pourrait parler de tout, pourvu que ce soit avec délicatesse et originalité, avec juste l’envie d’inventer un nouvel espace d’expression et de liberté. » Apparemment, pas de quoi fouetter un chat. Et pourtant...

En poussant un peu plus loin mes investigations, je suis tombé sur un dossier pédagogique, dans la rubrique « Le coin des grands », qui ne laisse guère de doute sur les intentions militantes de l'éditeur, en donnant aux adultes des pistes de réflexion pour le moins orientées – les lecteurs curieux en jugeront par eux-mêmes. Cet ouvrage n’apparaît – heureusement ! – dans aucune des listes de référence officielles publiées ou recommandées par le ministère de l’Éducation nationale : une telle lecture en CE2 relève donc du choix pédagogique de l'enseignant ou de l'équipe pédagogique de l'école. Et c'est là que se pose toute la question de la neutralité scolaire.

Propagande idéologique

Force est de constater, sur ce sujet, l'ambiguïté du ministère. Si la « neutralité » fait partie des grands principes de l'école républicaine, au même titre que la gratuité ou la laïcité, impliquant que « tous les agents doivent s’abstenir de manifester, dans l’exercice de leurs fonctions, leurs opinions religieuses et politiques », le Code de l'éducation, qui fait loi en matière d'enseignement, dispose que « la mission première de l’école » est « de faire partager aux élèves les valeurs de la République », ajoutant qu'avec la liberté, l'égalité et la fraternité, « le service public de l’éducation fait acquérir à tous les élèves le respect de l’égale dignité des êtres humains, de la liberté de conscience et de la laïcité ». Cette formulation, apparemment consensuelle, est devenue un fourre-tout où prospèrent toutes sortes d'interprétations, voire de dérives.

Un ouvrage, quel qu'il soit, peut être l'occasion de se livrer à une propagande idéologique, volontairement ou par conformisme, par manque de hauteur de vue. On pourrait, à partir d'un ouvrage comme Paris-Paradis, s'il était imposé à un professeur, faire réfléchir, le plus objectivement possible, les élèves aux problèmes posés par l'immigration. On peut aussi tomber dans tous les travers de l'immigrationnisme. Dans tous les cas, encore faudrait-il, d'une part, que les élèves aient acquis suffisamment de connaissances pour exercer leur jugement critique, ce qui n'est pas le cas pour des élèves de 8 ans ; d'autre part, que tous les professeurs respectent une déontologie qui les détourne de toute volonté d'embrigadement ou de conformisme à la bien-pensance.

Qu'un tel ouvrage soit étudié dans un CE2 est proprement scandaleux. Ce n'est pas un réseau comme Parents vigilants qui devrait s'en émouvoir, mais le ministre lui-même ! Malheureusement, l'enseignement est dans un tel état de décomposition que, rue de Grenelle, personne n'est plus capable de séparer ni même distinguer le bon grain de l'ivraie.

 

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 22/06/2026 à 9:46.
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Philippe Kerlouan
Chroniqueur à BV, écrivain, professeur en retraite

Vos commentaires

41 commentaires

  1. Ces idéologues oublient que sans ces forces de l’ordre, notre sécurité bien mal menée aujourd’hui , ne serait plus assurée.
    Je tiens à féliciter ces personnels, Policiers, Gendarmes, qui subissent au quotidien, la vindicte de ces gens qui veulent instaurer la chienlit dans notre pays.
    Il en est de même concernant nos services de sécurité secours.

  2. Et les couvertures des livres sont influençantes. Une image vaut mille mots disent les Chinois. J’en veux pour preuve le dessin où l’on voit une jeune autochtone, apparemment amoureuse du pauvre clandestin, sur le point de succomber à ses baisers ! Propagande pro-mixité, pro-mélange raciaux, etc… Oui, scandaleux !

    • Le prochain gouvernement osera t’il faire le grand ménage nécessaire en remettant de l’ordre au sein de nos administrations, et de l’État en particulier.
      La dissolution de LFI devra s’imposer, et des poursuites judiciaires exercées à l’égard de certains membres, dont la préoccupation est de dénigrer notre pays.

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