Ainsi, souhaite donner à la guerre d’ « le même statut que celui qu’avait la Shoah pour Chirac en 1995 ». Le mot de « statut » trahit évidemment les limites du personnage. Des événements tragiques chargés de passions et de souffrances humaines sont donc réduits au mot de statut, un terme juridique, administratif, bref, un moyen, un outil, un calibrage.

Dans quel but ? La réponse est à double détente : ce serait pour mettre fin à un conflit mémoriel et, donc, pour réconcilier les Français entre eux et avec leur passé. Mais au-delà de cette justification apparente et artificielle apparaît le second objectif, de tactique politicienne : mettre en garde non plus, comme en 1995, contre le Front national accusé d’ en raison des dérapages verbaux de son chef mais, cette fois, contre le et son opposition à la politique d’immigration.

Cette manipulation de l’ est intellectuellement fausse et malhonnête. Elle est politiquement perverse.

Elle est fausse par ce qu’il n’y a rien de commun entre la « participation de la France à la Shoah » et la guerre d’Algérie, rien de commun entre un génocide monstrueux et cyniquement assumé par un État totalitaire, dont les exemples sont rares et n’égalent jamais le caractère systématique du nazisme, et les combats liés à la colonisation ou à la décolonisation, qui n’ont jamais eu pour but de détruire une population et ont même souvent été accompagnés de progrès médicaux, sanitaires, économiques, rien de commun entre les six millions de Juifs assassinés et les deux millions d’habitants en 1830 devenus dix millions en 1960, lorsque la France a quitté ce qui était devenu l’Algérie.

C’est intellectuellement malhonnête parce que les deux situations n’ont pas la même structure : en 1942-1944, la minorité juive présente en France depuis longtemps a été dissociée de la nation et abandonnée par un gouvernement non démocratique et soumis à l’étranger au point d’en devenir le complice dans une entreprise génocidaire inégalée dans l’Histoire. Peu de Français y ont collaboré. Certains s’y sont opposés. La « guerre d’Algérie », au contraire, a été menée au nom de la République par un gouvernement démocratique légitime, issu d’élections. Des millions de Français y ont participé. Le but était d’abord de lutter contre une rébellion particulièrement cruelle, de préserver la présence de plus d’un million de pieds-noirs sur leur terre et de pacifier la population en lui apportant une aide médicale, scolaire, économique, celle à laquelle contribuaient les SAS, notamment. Comme tous les pays dotés d’une façade maritime en , la France a mené une entreprise coloniale qui, pour elle, n’a pas été une bonne affaire, comme l’a montré Jacques , et elle a été plus maladroite encore dans la décolonisation, dont les victimes ont d’abord été les Français d’Algérie, pieds-noirs, Juifs et massacrés ou contraints à l’exil. Il faudrait donc que les victimes s’excusent auprès de leurs bourreaux. Dans les deux cas, les Juifs sont parmi les victimes, mais ici, en tant qu’anciens « colons » – ce qui est, d’ailleurs, faux -, il faudrait qu’ils soient parmi les coupables ?

La « communauté juive » demandait la réparation que le discours de Chirac lui a fournie. Il s’agissait de répondre à l’attente d’une partie des Français. Il était historiquement discutable d’engager la responsabilité de la France plutôt que celle de l’État français soumis à l’Allemagne, mais on pouvait y voir de la générosité, sans prendre conscience du danger mortel de la injustifiée quand elle détruit une fierté nationale sans laquelle un peuple meurt. En revanche, il devient totalement pervers de prendre à son compte le discours d’un autre État qui a édifié un pouvoir non démocratique sur le roman noir de la guerre d’indépendance. La colonisation n’est pas un crime contre l’humanité.

On ne fait pas des Français en cultivant chez les immigrés la fierté de leur autre pays et leur hostilité envers celui qui les accueille mais en les appelant à participer à la fierté du peuple qui les reçoit.

25 janvier 2020

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