Nathalie Goulet : “La déradicalisation est un échec complet !”

La sénatrice de l’Orne fait le point sur “toute la chaîne de la radicalisation”, très ancienne. “La radicalisation en prison n’est pas rampante, mais flamboyante.” Elle a néanmoins tenu à rendre hommage aux bénévoles et aux associations qui travaillent sur le terrain.

La prison de Condé-sur-Sarthe a été le théâtre d’un attentat perpétré hier. Cette prison présentée comme une forteresse avait été, il y a un an, pointée du doigt par les surveillants. Ces derniers dénonçaient l’absence de sécurité. Comment un tel fait a pu se produire ?

Tout d’abord, les visiteurs ne peuvent pas être fouillés. Cela s’est produit dans le cadre d’une unité familiale. A priori, la compagne du terroriste lui a apporté un couteau en céramique, qui n’est pas détectable.
Chaque année, on trouve plus de 90.000 objets dans les prisons, sans compter les armes par destination. Les détenus ont une très grande créativité pour créer des armes par destination et des objets dangereux. Le personnel pénitentiaire n’est pas protégé. Ils n’ont pas de gilets pare-lame. Ils en demandent depuis très longtemps, mais nous avons une carence de ce côté-là.

La radicalisation dans les prisons est un problème. Comment rendre les prisons plus adaptées à la radicalisation rampante ?

Elle n’est pas du tout rampante, mais plutôt flamboyante. La question de la radicalisation est antérieure à Daech. Les spécialistes dénoncent, depuis des années, la radicalisation des prisons. Cela s’est fracassé sur le phénomène de Daech. La question de la radicalisation en prison est, malheureusement, un problème extrêmement ancien.

Comment expliquer que rien n’ait été fait pour lutter contre cela ?

Je ne dirais pas que rien n’a été fait, mais le problème est vraiment important. On manque beaucoup de personnels d’encadrement et de formation des personnels pénitentiaires. Les aumôniers musulmans sont peu nombreux. D’ailleurs, les gens radicalisés n’écoutent pas les aumôniers. Il y a toute une chaîne de la radicalisation qui aboutit à ce genre de situation.
À chaque fois, on répète sans arrêt la même chose. Ce phénomène n’est pas nouveau. On n’a pas assez travaillé sur la lutte contre la radicalisation. C’est un fiasco complet. Il y a bien des associations avec des bénévoles qui se donnent du mal, mais c’est une goutte d’eau dans la mer, le tonneau des Danaïdes. C’est extrêmement compliqué.
Et surtout, cette radicalisation n’est pas évaluée et on n’a pas de solution idéale. Si vous mettez tous les détenus radicalisés ensemble, ils ne vont jamais progresser. Ils vont faire cocotte-minute et vont continuer à être radicalisés. Et s’ils sont dans des unités différentes, ils risquent de contaminer les autres. Nous n’avons donc pas de bonnes solutions. La seule solution est celle proposée par les syndicats de personnels pénitentiaires, c’est-à-dire l’isolement. Il faut aussi travailler davantage sur la prévention. Si vous ne travaillez pas sur la prévention, vous allez continuer à alimenter les réseaux de radicalisation.
Le criminel d’hier était un prisonnier de droit commun. Il avait assassiné quelqu’un. Il a pris une peine très forte, s’est converti puis radicalisé en prison. Maintenant, voilà le résultat.
On ne cerne pas assez le sujet. C’est un sujet très compliqué. Il faut donc être très modeste.
Si, dans vos lecteurs, quelqu’un a une solution, qu’il nous la dise. Nous n’avons pas trouvé de recette magique.

Les gens qui nous lisent, et l’opinion de manière générale, s’inquiètent très fortement du retour, en France, des djihadistes ayant combattu en Syrie et en Irak. Le problème n’est pas résoluble dans l’immédiat. Que faire de ces djihadistes qui vont revenir ?

C’est pour cela que je me suis prononcée très fermement contre le retour des djihadistes de Syrie et d’Irak. D’abord, je trouve que c’est bien qu’ils soient jugés sur le lieu de leur crime, ne serait-ce que pour leurs victimes, dont on ne parle pas assez.
Ils vont surtout être des éléments perturbateurs supplémentaires dans un système qui ne le supporte pas. On voit très bien comment cela se passe.
L’idée de ramener des super-radicalisés – parce que ceux qui sont encore sur place sont les plus extrémistes dans un système qui est déjà très carencé – ne me dit rien du tout. C’est la raison pour laquelle j’étais très opposée au retour des djihadistes dans notre système. J’ai publié beaucoup de choses. Ce qui s’est passé hier me donne absolument raison.

Le Rassemblement national avance, comme solution, la déchéance de nationalité pour les terroristes ayant la double nationalité. Qu’en pensez-vous ?

Pensez-vous que cela les empêchera de mettre des bombes quelque part ? Des dispositions existent déjà dans le Code pénal. On peut les déchoir de leur nationalité. Elles ne sont pas assez utilisées, mais elles ont tout de même été utilisées plusieurs fois l’année dernière. Je ne me souviens plus du nombre exact, mais on a eu plusieurs déchéances de nationalité, ces dernières années.