Editoriaux - Politique - 6 mars 2019

Sondages : la remontée d’Emmanuel Macron fait pschitt

5 février 2019 : « Macron : la remontée spectaculaire » (Paris Match), « L’incroyable remontée » (Actu Orange).

5 mars 2019 : un nouveau sondage IFOP-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio enregistre une baisse de trois points de popularité pour le président de la République. Ce « coup d’arrêt », après deux mois d’intense matraquage médiatique, indique que l’effet grand débat a trouvé sa limite.

L’analyse du détail des chiffres montre qu’il ne s’agit pas seulement d’un simple mouvement de yo-yo. Ainsi, Emmanuel Macron continue de progresser dans son propre électorat : +9 % (à 72 %) chez ses électeurs du premier tour de la présidentielle. Il a remobilisé – en partie seulement – ses partisans. L’idole et ses fans se sont retrouvés en campagne, comme aux beaux jours de 2017, et la magie opère toujours sur ces adeptes. Grand bien leur fasse.

Mais Emmanuel Macron enregistre des baisses spectaculaires dans des électorats qui avaient assuré sa victoire : les retraités (-13 %) et les électeurs LR (-17 %) ! Des électorats très sensibles aux questions de sécurité. L’attaque du détenu djihadiste de Condé-sur-Sarthe et les révélations sur sa « vie de famille » à la prison tout comme les nuits de violences urbaines à Grenoble ne sont pas de nature à rassurer ces électorats sur la politique du Président en la matière.

Emmanuel Macron subit une autre chute dans un domaine essentiel où l’on aurait pu croire que son image n’était pas atteinte par les questions soulevées par la crise des gilets jaunes : 46 % des Français (-8 %) estiment qu’il ne défend pas bien les intérêts de la France à l’étranger. Est-ce la question du retour des djihadistes ? Le silence sur la crise en Algérie ? Les inquiétudes sur l’avenir de la PAC ? La fermeture de l’usine Ford de Blanquefort et le plan social pour ses 850 salariés ? Un ensemble, certainement.

Logiquement, ce même sondage montre que le Président est encore en recul sur le thème de la « proximité avec les préoccupations des Français » : -4 %, à 22 % seulement. Et, pour 67 % des Français, le mouvement des gilets jaunes constitue une véritable préoccupation. Un autre sondage ViaVoice publié, lundi, par Libération indique que, pour 65 % des Français, Emmanuel Macron “ne semble toujours pas comprendre la gravité de la crise politique et sociale” des gilets jaunes et que seuls 38 % pensent que le grand débat était “la bonne réponse”.

Com’ Macron, ou réalité des problèmes : on ne saurait mieux dire l’ampleur du clivage, et peut-être du choix, pour les prochaines élections. On assiste à une sorte ce cristallisation en fonction de ces deux paramètres : la personnalité du Président et la prise en compte de la réalité. La question pour l’électorat, et notamment pour cet électorat de droite et âgé qui a assuré sa victoire il y a deux ans, est désormais : Emmanuel Macron traite-t-il les vrais problèmes sur le fond ? Et visiblement, avec le grand débat, pour ces gens-là, la réponse est : « non ».

Emmanuel Macron, ou la grande déconnexion.

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