Notre société devient folle.

Incapable de régler les problèmes importants, elle s’attache à l’infiniment petit, cible le dérisoire, surestime les propos immédiats, pourfend l’insignifiant, accable la bonne foi, dénonce à tout va et fait une montagne de presque rien. Comme si elle avait de l’énergie à revendre et du temps à perdre, comme si elle n’avait que cette inquisition à se mettre sous la dent et sous l’esprit !

On dira que c’est la faute des réseaux sociaux mais, encore une fois, ils ne sont responsables de rien. Ils pourraient être la meilleure des choses, mais encore faudrait-ils qu’ils ne soient pas dénaturés, dégradés par – j’hésite – des malades ou des totalitaires au petit pied, des Fouquier-Tinville de poche ou des délirants du quotidien.

Maintenant, Mimie Mathy est dans le collimateur, au cœur de l’ouragan parce qu’elle a proféré des mots qui n’ont pas plu sur Roman Polanski, le viol et elle-même. Même si je les avais trouvés absurdes, elle aurait eu le droit de les dire.

Mais c’était sans compter avec les chasseurs qui guettent, épient, aux aguets, soupçonneux par principe, condamnant d’autorité, cette infinité de justiciers à la noix et de façade, ces tout petits maîtres du futile qui n’ont pour obsession que de sonner un tocsin minable, de se faire passer pour des moralistes quand ils ne sont que de piètres dénicheurs, des lanceurs compulsifs d’alertes inutiles.

Elle a eu du courage, Mimie Mathy. Comment a-t-elle osé exprimer un avis, porter un jugement, s’imaginer qu’elle était libre, que la France avait mieux à faire que se concentrer sur ses déclarations alors que, à l’affût, ils étaient tant, impatients, fébriles, prêts à bondir, frénétiques, tellement heureux d’avoir enfin un faux scandale, une absence de provocation, une banalité de bon sens à se mettre sous la dent !

Tant en position permanente de départ pour se ruer sur la moindre phrase, dégainer leur indignation au point de n’en plus disposer pour l’essentiel, tous ces médiocres croyant se donner le beau rôle, une mission civique, démocratique, parce qu’ils flairent, paraît-il, de l’indécent, de l’incongru, de l’intolérable, du transgressif sans s’arrêter une seconde !

Cette catégorie de Français déshonore ce miracle de communication et de modernité que sont les réseaux sociaux et qu’ils devraient demeurer.

Au moins qu’on prenne la précaution de s’informer et de comprendre qu’on a encore le droit d’exprimer des points de vue contradictoires, de penser contre soi, de se moquer de soi, de ne pas se prendre pour plus qu’on n’est, qu’on ne désire rien de plus de poser sa petite pierre dans un débat général, et c’est tout.

Qu’on accepte, aussi, de garder sa pugnacité pour battre en brèche les aberrations des puissants, des privilégiés et du pouvoir, qu’on ne s’en prenne pas, avec tant d’injustice, à des personnalités comme celle de Mimie Mathy, qui n’a eu que le tort d’ignorer que nous vivions, qu’elle vivait dans un monde tordu, déboussolé, où le besoin de châtier infecte les moins légitimes !

Par moments, la nausée est trop forte. On n’en peut plus de devoir coexister avec ces procureurs de chaque seconde, aussi expéditifs que malfaisants, aussi cruels que médiocres, qui traînent dans la boue qui ne le mérite pas parce qu’ils se croient alors supérieurs à ceux qu’ils criblent de flèches sans courage, dans un confort absolu, une impunité totale !

La chasse aux mots : le sport national à la mode.

Une suggestion : et si on se laissait un peu tranquilles ?

Extrait de : Justice au Singulier

4 mars 2020

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