Accueil Audio Dr Bertrand Legrand : « À la veille de passer à la phase 3 de l’épidémie, les stocks stratégiques de masques ont disparu ! »

Dr Bertrand Legrand : « À la veille de passer à la phase 3 de l’épidémie, les stocks stratégiques de masques ont disparu ! »

Le Dr Legrand fait cet angoissant constat : sans masque de protection FFP2, les soignants des malades contaminés par le coronavirus deviendront, au mieux, des porteurs sains susceptibles de transmettre le virus.

Il s’exprime au micro de Boulevard Voltaire

En France, les cas de coronavirus se multiplient. L’exécutif semble faire le maximum de ce qu’il peut faire. Néanmoins, son action ne vous satisfait pas. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Elle ne nous satisfait pas en tant que médecin puisqu’il semblerait que des stocks stratégiques de masques aient disparu. Aujourd’hui, nous sommes en phase 2 et nous allons passer en phase 3.
Les médecins généralistes et tous les professionnels soignants libéraux vont se retrouver en première ligne au contact des malades. Par conséquent, nous n’aurons aucune protection puisque aucune d’elle n’a été stockée. On essaie de nous faire croire que des masques dits FFP1 attribués aux patients qui filtrent l’air de la sortie de la bouche vers l’extérieur pourraient protéger des médecins. C’est totalement faux !

Où est passée cette réserve de masques qui existait lors de l’épidémie de la grippe H1N1 ?

En 2009, on avait un stock de 900 millions de masques FFP2 qui protégeaient les soignants. Il aurait été bien utile aujourd’hui. A priori, cette réserve a disparu aux alentours de 2011 avec une vente progressive de ces stocks au profit de masques FFP1 moins chers et plus utilisés. Les derniers masques FFP2 semblent s’être envolés le 19 février pour la Chine dans un Airbus qui transportait 17 tonnes de matériel. On a entendu aujourd’hui qu’il n’y avait pas uniquement la France qui aurait fourni cet Airbus. On se demande bien pourquoi ils ne l’ont pas mis dans le communiqué de presse…

On serait tenté de vous dire que c’est une épidémie grave et que la première chose à éviter est une scène de panique. Craignez-vous que votre prise de parole risque d’aggraver cette psychose vis-à-vis de l’épidémie ?

Il faut savoir que le COVID-19 a une mortalité assez faible. En revanche son taux d’attaque est très important. Par conséquent, on risque d’avoir beaucoup de malades atteints. Aujourd’hui, le nombre de cas dépistés dépend surtout du nombre de tests que nous sommes capables de produire. Si en Corée du Sud, on produit des tests à hauteur de 30 000 à 40 000 tests jours, en France les derniers chiffres annoncés par le professeur Salomon sont de 1500 tests produits par jour. On prend un risque d’avoir un très grand nombre de malades. Lorsqu’on arrivera en phase 3 et que les soignants ne seront pas protégés par des masques, la première hypothèse sera qu’un certain nombre de soignants seront touchés et porteurs seins. Ces soignants vont voir énormément de personnes affaiblies parce que, par définition, nous soignons des malades.
Nous pourrions donc devenir les transmetteurs principaux comme on le voit dans d’autres maladies.
C’est pour cette raison qu’il est essentiel de protéger ce maillon à l’aube d’un passage en phase 3.

En conclusion, les médecins généralistes seront en première ligne et ne sont absolument pas équipés pour répondre à la crise.

En clair, aujourd’hui on sait très bien que nous allons vers la phase 3 puisque nous avons dépassé les seuils de limite. Sauf miracle, nous allons en phase 3. En phase 3, tous les professionnels libéraux, médecins, infirmiers et kinés qui seront au contact des malades, et n’auront pas de quoi se protéger comme toute la population, auront un certain nombre de porteur sains et de malades. Nous aurons donc dans nos porteurs sains, des gens qu’ils vont rencontrés tous les jours. Imaginez-vous la chaîne de contamination. Pourtant, il faudra bien qu’on les soigne, car si on arrête de soigner d’autres morts auront lieu. Le gouvernement est mis devant le fait accompli. Il n’y a pas de masques pour nous protéger. La seule stratégie qu’il lui reste, à la hauteur des nombres de masques restants, est d’avouer ce problème et de conseiller à tous les professionnels de se masquer malade. Malheureusement, on ne pourra pas différencier un soignant malade d’un non-malade.

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