Une limousine noire aux vitres teintées s’arrêta devant le 32 via del Tritone à Palerme. Le capo mafioso en descendit. Il était en colère. Ses hommes, ses lieutenants, qui lui avaient juré obéissance, ne se contrôlaient plus. On l’avait prévenu qu’ils se déchiraient pour le butin, alors que c’était à lui, et à lui seul, que revenait le magot.

Sarkozini – tel était son nom – s’avança lentement, contenant sa fureur. Les mafiosi, les picciotti, qui guettaient devant l’immeuble s’écartèrent respectueusement. Dans l’appartement où il était attendu, ça empestait le cigare et ça sentait l’. Ils étaient là, les deux affreux qui s’étaient affranchis du code en vigueur dans l’Onorata Società. Flanqués de leurs gardes du corps : des Ciotti, des Estrosi, des Jacobi, des Gaudini… Assis autour d’une table de poker jonchée de cartes et de liasses de billets. L’odeur persistante du meurtre planait sur cette morne pièce.

« Salut les hommes, et tant pis si je me trompe », lança Sarkozini qui avait longtemps séjourné en et se shootait là-bas en visionnant non-stop Pépé le Moko avec Gabin. À peine avait-il terminé sa formule de politesse que des hurlements – tout à fait incongrus en présence du capo – se firent entendre. « Copeleone a triché ! » vociféra Filloni. « Filloni est un menteur ! » cria Copeleone. Sarkozini leva le bras pour faire taire les deux fous furieux.

Le dévisageant avec insolence, Filloni osa cette phrase, odieuse et sacrilège : « Nous ne sommes pas la mafia. » Avant que Sarkozini ait eu le temps de laver dans le sang cette offense aussi incroyable qu’inouïe, Copeleone avait dégainé. Sa balle atteignit Filloni en pleine tête. Le malheureux, handicapé par un accident de moto, n’avait plus sa souplesse légendaire (il avait quand même servi sous Sarkozini) qui lui aurait permis de se jeter sous la table…

Les hommes de Filloni défouraillèrent à leur tour. Copeleone s’écroula, touché à . Pendant quelques secondes, ça tira de toute part. Et le combat cessa faute de combattants. Effondré, Sarkozini regarda les cadavres, ruines sanglantes de ce que furent naguère ses légions. Et il prit la fuite.

La rumeur dit que, depuis, il vit prostré dans une grande bâtisse de la Riviera, où une certaine Carla a accepté d’héberger le capo déchu. On le décrit amorphe et éteint. Il regarde en boucle Pépé le Moko. Il radote aussi. Les rares visiteurs qui se déplacent pour le voir racontent que, d’une voix chevrotante, Sarkozini les accueille avec un « Salut les hommes, et tant pis si je me trompe. »

À l’autre bout de Palerme, assez loin du 32 via del Tritone, il y a une trattoria où n’entre pas qui veut. Elle est située Piazza Nazionale. C’est là que se réunissent les membres du gang rival de la mafia sarkozinienne. On les appelle « settentrionale » car ils viennent du nord. Comme les Normands qui les précédèrent il y a des siècles.

Des hommes farouches et aguerris. Avec une singularité : ils ont à leur tête un homme, un vrai, c’est-à-dire une femme. Elle a de la poigne. Il en fallait pour mater ce monde viril de brutes. Il est vrai qu’elle a été un peu aidée, étant la fille de son père. Ce dernier fut un grand capo. Sur sa route on ne compte plus les cadavres. Un Megreti par-ci, un Bompardi par-là… Contrairement à Sarkozini, la dame à poigne n’est pas folle de Gabin. Elle préfère les grands espaces, les plaines du Far West. C’est pourquoi ses hommes l’appellent Ma(rine) Dalton.

Ayant appris que les nervis de Sarkozini s’étaient entretués, elle envoya quelques-uns de ses mafiosi nettoyer le sang du massacre. Elle ne voulait pas salir sa robe. Et une fois que tout fut propre, elle se rendit sur les lieux. Les liasses de billets de banque étaient toujours là, sur la table, et calmement Ma(rine) Dalton rafla les mises.

24 novembre 2012

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