Bien sûr, ce mardi 14 septembre devait être jour de fête pour les fans de Johnny, parti rejoindre le paradis des rockers, un funeste 5 décembre 2017. Pourtant, l’affiche n’était guère alléchante : Florent Pagny, Patrick Bruel, Calogero et Julien Doré. Dans le genre, on a vu mieux, même si Catherine Ringer, ancienne moitié des Rita Mitsouko, et Louis Bertignac, jadis guitariste de Téléphone, devraient logiquement relever le niveau.

Bien sûr, les grands anciens ont boudé ; Eddy Mitchell au premier chef, sûrement las du feuilleton à rebondissements de l’héritage du Taulier. Et même Sardou, ami historique du défunt, malgré des brouilles à répétition.

Bien sûr, pas d’héritiers directs (David et Laura Hallyday) de la partie, puisque très en froid avec leur belle-mère morganatique, Laeticia Boudou. Il est vrai que David, le seul musicien de la famille, est privé du droit de regard artistique sur l’exploitation du catalogue paternel. Les deux autres veuves, Sylvie Vartan et Nathalie Baye, également aux abonnées absentes.

Bien sûr, les fans seront déçus. Ils aimaient Nathalie Baye, sachant qu’elle donnait une sorte de lustre intellectuel à leur grand homme. Le voyant naviguer enfin dans le beau monde, l’hallydophile de base, pas encore gilet jaune, se sentait un peu vengé du mépris social l’accablant depuis toujours. Pour le reste, le couple royal, c’était Johnny et Sylvie ; un peu comme la reine Élisabeth et le prince Philip d’Angleterre. Alors que l’autre, la Boudou… À peu près aussi populaire que Yoko Ono dans la secte beatlesienne… C’est dire.

Bien sûr, la statue qui orne désormais la place Johnny-Hallyday, tout près du Palais omnisports de Bercy – aujourd’hui rebaptisé Accor Arena, le capitalisme débridé étant passé par là -, est une drouille infâme. Une Harley-Davidson, façon maquette pour enfants, plantée sur un pic à olives, c’est d’un goût… Il paraît que Johnny ne voulait pas de statue ; en tout cas, c’est la daronne à Jade et Joy qui le dit.

Pourtant, on peut parler de fête quand même et d’occasion de voir quelques dizaines de gros cubes pétaradants dans les rues de Paris. Qu’on en profite, ce sera peut-être la dernière fois, Anne Hidalgo, quoique partie prenante de ce grand raout, veille à la fois au grain et à la bonne santé des Parisiens. Au moins aura-t-on échappé à la trottinette électrique en lieu et place de la bonne vieille Harley bien genrée, si chère aux bikers et bikeuses de la France d’en bas.

Et puis citons tout de même Yarol Poupaud, impeccable guitariste, qui fut le dernier directeur musical de l’idole des et des moins jeunes. Lui avait compris qu’il fallait rendre Johnny aux johnnystes. Le rhabiller de cuir noir et lui faire abandonner les mises en scène d’opérette, ses costumes de sous-Mad Max, de chef sioux ou de Matrix du pauvre. Virer les synthétiseurs de scène et autres effets à la noix pour ne garder que l’essentiel : des instruments de cuivre et de bois, remplacer le Rimmel™ de gonzesse par de la sueur d’homme. Bref, refaire du rock.

Bien sûr, le grand oublié de la journée restera l’harmoniciste Greg Zlap, qui était parvenu à sublimer sur scène « Les Portes du pénitencier », lui retirant ses atours de chant scout à la Hugues Auffray, massacré par des générations d’apprentis guitaristes, pour en faire un hymne propre à décorner les taureaux.

Bien sûr, on aura donc échappé au pire : les duos avec le ci-devant Jean-Philippe Smet, version hologramme. Ça, même Laeticia n’a pas osé.

Quoi qu’il en soit, Johnny sera toujours Johnny, l’homme qui vivait vite et fort, défi vivant lancé à l’hygiénisme ambiant. Car des comme lui, il n’y en aura plus.

Hallyday est mort. Vive le roi Johnny !

 

14 septembre 2021

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