Souvenez-vous, citoyens ! Le 7 mai 2017, au soir , dans sa redingote sombre, traverse à pas comptés la cour de l’ancien Palais-Royal, sous les notes de Beethoven, et, écrasé l’obscurantisme, retrouve ses partisans, venus l’acclamer devant la pyramide du Louvre. Rêve-t-il d’un destin sous les lueurs de l’édifice ?

Souvenons-nous, le 3 thermidor an VI (21 juillet 1798), Bonaparte devant les Pyramides : « Soldats ! Vous êtes venus dans ces contrées pour les arracher à la barbarie, porter la civilisation dans l’Orient, et soustraire cette belle partie du monde au joug de l’Angleterre. Nous allons combattre. Songez que du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent. » Débuts glorieux d’une idée magistrale : l’ouverture d’un second front, stratégique, qui, par Malte, le conduira d’Égypte en Palestine et en Syrie contre l’impérialisme britannique et son allié… le bourreau ottoman des peuples du Levant !

Ce jeudi 10 septembre, à Ajaccio, voilà notre chef des armées venu – est-ce un hasard ? – sur le berceau de « l’Aigle », pour un septième Med7, réunissant les frontaliers méditerranéens : Chypre, Malte, Grèce, , France, Espagne et… l’atlantique Portugal. Ce groupe EuroMed7, généré en 2016, s’inscrit en continuité d’une initiative ancienne de : « l’Union pour la Méditerranée » (2008), issue elle-même du processus de Barcelone, initié sous Chirac (1995) et qui devait établir un partenariat euro-méditerranéen de 43 pays, contre le terrorisme, pour la sécurité. À la différence près que l’UpM comptait la pour partenaire, alors que le Med7 traduit une alliance minimaliste, exclusivement européenne, et même gréco-latine, contre la !

Hasard du calendrier des rencontres, la France est l’hôte – et semble le pilote – dans cet ultime mini-sommet de crise : déjà, à Athènes, en 2016, il s’agissait d’établir une vague « alliance » ; à Rome, en 2018, le cœur des discussions était la crise migratoire ; à Nicosie, 2019, se posait la réunification de Chypre. Et ce 10 septembre, il s’agissait de s’accorder sur la défense des droits grecs et chypriotes contre l’expansionnisme turc et ses forages illégaux ; et sur la résolution des failles de la mission de l’Union européenne IRINI, chargée d’imposer l’embargo sur les armes en Libye, mais torpillée, journellement, par la marine turque, pourtant partie prenante, en théorie, en tant que force de l’. L’aventurisme d’Erdoğan est en ligne de mire.

Notre chef des armées serait-il l’émule en stratégie du « Petit Caporal » ?

En signant un protocole d’accord sur leurs frontières maritimes avec le gouvernement d’union nationale libyen (GNA), la Turquie tente d’établir un couloir qui torpillerait le projet de gazoduc EastMed, porté par la Grèce, la République de Chypre et . L’armée turque aménage ou possède des bases opérationnelles en Libye, en Syrie et en Somalie. Enjeux géostratégiques !

L’alliance gréco-latine pilotée par la France n’est pas négligeable. Sans être empêché, Erdoğan est, pour le moins, contraint sur ses flancs dans ses projets de reconfiguration des espaces maritimes. Notre politique libanaise – dont les tractations avec le chiisme furent malheureusement divulguées, il y a peu, par un journalisme inconséquent – pourrait bien être le coin le plus dangereux planté dans la souche turque. Un défi frontal, des mots et des actes, qui expliquent sans peine les postures du néo-sultan, qui éructe, ce samedi 12 : « Emmanuel Macron, vous n’avez pas fini d’avoir des ennuis avec moi. » Et d’ajouter : « Vous êtes dépourvu de connaissances en matière d’Histoire. Vous ne connaissez même pas l’Histoire de la France. »

Il serait préférable pour nous qu’il la connaisse. Et qu’il se persuade que, contre l’Ottoman, nous le suivrons aux Pyramides… pas au désastre d’Aboukir !

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