a-t-il, oui ou non, été exfiltré, vendredi soir, du théâtre des Bouffes-du-Nord ? Aurore Bergé, qui semble faire office d’agence de presse à ses heures perdues ou qui était peut-être sur place, allez savoir, s’est empressée de déclarer sur Twitter que le Président n’a « en aucun cas été exfiltré ». Nous voilà rassurés. Quelques dizaines de manifestants ont donc essayé de pénétrer dans le célèbre théâtre du Xe arrondissement, alertés de la présence du « couple présidentiel » par des spectateurs mouchards – c’est comme ça qu’on va les appeler, vu que la pièce s’intitule La Mouche -, dont le journaliste et militant d’extrême gauche Taha Bouhafs, celui-là même qui avait filmé Benalla à la Contrescarpe. L’art d’être présent au bon endroit, au bon moment. Décidément.

La République a-t-elle failli vaciller, en ce vendredi 17 janvier 2020, comme cela aurait pu arriver le 1er décembre 2018 sur la scène du palais de l’Élysée, lorsque la crise des gilets jaunes était à son paroxysme ? N’exagérons pas. D’abord, un théâtre, une salle de spectacle, c’est pratique : il y a le côté cour et le côté jardin. Ensuite, il y a l’entrée – qui sert aussi de sortie – des artistes. C’est là, souvent, d’ailleurs, qu’on entrepose les poubelles. Souvenez-vous comment le député Charrier, alias Michel Galabru, réussit à échapper avec son épouse aux journalistes faisant le siège de La Cage aux folles. Et puis, relativisons et essayons d’être objectif : nul doute que de nombreux spectateurs présents dans la salle ont vu le Président. Ont-il sifflé, hué, menacé, entonné « La Marseillaise », « L’Internationale » ou « Macron, t’es foutu » ? Semble-t-il, non. Il est vrai, aussi, qu’ils avaient payé leur place…

Et puis, au fond, exfiltré ou pas, qu’importe ! Emmanuel Macron, sitôt la pièce terminée, apparemment, est vite rentré au Palais. Il se fait tard et, demain, y a école. Il n’a sans doute pas pu échanger avec ses collègues artistes, lui qui fut initié si jeune aux joies des planches par sa professeur de français. Ni savourer un bain de foule à la sortie du théâtre sous les lampadaires de la Ville lumière. Le président Macron peut difficilement s’offrir le luxe mitterrandien de se balader dans comme n’importe quel quidam, même affublé du chapeau de Léon Blum, pour aller faire les bouquinistes. « On va vers une forme de loi de la jungle », s’insurge alors Marlène Schiappa. Elle a raison. On a même envie de lui dire : « Faut se réveiller, ma grande, t’as au moins un métro de retard ! » Il suffit de prendre quelques lignes de bus ou de RER à certaines heures… Le contribuable, un tantinet agacé, lui aussi, peut avoir envie de réagir : tout de même, ça fait cher la place si, à chaque fois que les époux Macron-Trogneux veulent aller au théâtre, il faut déplacer une compagnie de CRS.

Mais, au fait, de quoi parle cette pièce ? Selon Philibert Humm, dans Le Figaro du 9 janvier, on y caricature « une France un peu plouc et péquenaude ». Tiens… Mais cette caricature « pourrait mettre mal à l’aise si elle n’avait pour elle le cachet des années 60 ». Alors ça va ! Des gens qui vivent dans une caravane, où l’on évoque « la fille à Chantal, la femme à Maurice, celle qui a plein de varices ». Emmanuel et Brigitte Macron ont-ils ri ? Jaune, peut-être.

À lire aussi

On ne doit pas vivre dans le même monde

Effectivement, la France vient de vivre quarante longues années de plomb sous la férule de…