Editoriaux - Politique - 18 janvier 2020

Élections municipales : les « cinquante nuances » de Christophe Castaner

Il ne s’agit pas de l’adaptation cinématographique d’un célèbre roman érotique mais d’une trouvaille de Christophe Castaner. Il vient d’adresser aux préfets une circulaire relative à l’attribution des « nuances politiques » aux candidats aux élections municipales. Contacté par LCI, son cabinet explique que « ce nuançage permet, d’une part, de présenter les résultats des élections de manière intelligible pour les citoyens, par grands blocs politiques, de l’extrême gauche à l’extrême droite, et d’autre part, de suivre l’évolution du paysage politique français sur de longues tendances ». Ce classement n’aurait donc pour objectif qu’une analyse statistique. Vraiment ?

Les préfets ont le choix entre 22 nuances pour classer les listes et 24 nuances individuelles pour les candidats. Les listes sont regroupées en 6 catégories : extrême gauche, gauche, divers, centre, droite, extrême droite. Ces nuances, attribuées par les préfets, remontent Place Beauvau, le soir du second tour. Le problème, c’est que les règles édictées pourraient bien favoriser les tripatouillages dans l’hypothèse, loin d’être improbable, où le bloc présidentiel obtiendrait de mauvais résultats.

Tout d’abord, ce « nuançage » ne concerne que les communes de 9.000 habitants ou plus, ainsi que les chefs-lieux d’arrondissement : cette procédure occulte donc les résultats de quelque 34.000 communes, soit 96 % d’entre elles, et de la moitié du corps électoral. Un moyen un peu grossier pour cacher le manque d’implantation locale de La République en marche, en dehors des métropoles et des grandes villes ? Un exemple parmi d’autres : aux élections européennes, la liste RN est arrivée en tête, avec 23,34 % des suffrages contre 22,42 % pour LREM et ses alliés. Selon France 2, si l’on ne tient pas compte des communes de moins de 9.000 habitants, c’est le parti du gouvernement qui reprend la tête, avec plus de 5 points d’avance.

Si l’on regarde de plus près la circulaire en question, publiée notamment sur Public Sénat, on remarque d’autres bizarreries. Ainsi, l’étiquette politique « est attribuée de manière discrétionnaire par vos services », est-il indiqué aux préfets, « à partir des grilles annexées à la présente circulaire ». Bien plus, « il est tout à fait possible qu’elle soit différente de l’étiquette librement déclarée par le candidat ». Les préfets doivent se fonder sur des « indices objectifs » comme les « soutiens apportés à un candidat, déclarations officielles, appartenance politique, autres mandats électifs, etc. » On voit toutes les magouilles auxquelles une telle procédure peut donner lieu.

Autre détail intéressant : la nuance DVC (divers centre) sera attribuée à des listes d’union ayant obtenu l’investiture de plusieurs partis dont LREM ou le MoDem. Mais elle « a également vocation à être attribuée aux listes de candidats qui, sans être officiellement investies par LREM ou le MoDem, ni par l’UDI, seront soutenues par ces mouvements ». Voilà qui ne va pas faciliter la distinction entre les différents courants centristes, qui ne comportent pas moins de 6 nuances : REM (La République en marche), MDM (MoDem), UDI (Union des démocrates et indépendants), AGR (Agir), MR (Mouvement radical), DVC (divers centre).

Quant à « l’extrême droite », elle comporte 3 nuances : DLF (Debout la France), RN (Rassemblement national), EXD (Extrême droite). Il est peu probable que Nicolas Dupont-Aignan ou Marine Le Pen apprécient d’être ainsi classés, mais que voulez-vous, il appartient aux princes qui nous gouvernent de décider qui sont les bons et les mauvais ! L’art de la politique consisterait-il à manipuler la vérité et à faire dire aux chiffres ce que l’on veut ?

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