Editoriaux - Justice - 10 novembre 2019

L’Observatoire international des prisons risque la faillite

L’OIP (l’Observatoire international des prisons) milite pour qu’on limite le recours à l’emprisonnement. Dès qu’on parle de construire de nouveaux établissements pénitentiaires, l’OIP clame son opposition, comme ce fut le cas en 2016 dans une lettre ouverte aux députés, signée avec d’autres associations.

Pourtant, l’organisation dénonce, avec raison, les conditions insalubres dans lesquelles vivent les prisonniers, parfois à trois dans une cellule de 9m2 avec, dans les cas les plus extrêmes, les rats et les cafards pour compagnons. Cette situation indigne est due, à l’évidence, au nombre trop restreint de places en , le taux d’occupation des cellules étant de 118 % en moyenne.

Cette promiscuité engendre des drames : le taux de suicide est élevé, sept fois plus important que dans le reste de la population. (Serait-il plus faible si les conditions d’incarcération étaient moins rudes ?) Néanmoins, une chose est évidente : la prison est suffisamment dure en elle-même pour que la peine ne soit pas aggravée par des conditions indignes de détention.

La France compte environ 74.000 prisonniers avec un taux d’incarcération de 103 pour 100.000 habitants. Il est de 666 aux États-Unis, 156 en Grande-Bretagne, mais de 77 en Allemagne et de 55 dans les pays nordiques. Les taux européens varient entre 55 et 195, la France étant juste au milieu : il y a autant de pays de l’Union européenne ayant proportionnellement plus de détenus que de pays qui en ont moins.

La prison a deux fonctions : la punition en réponse à un délit ou un crime et la protection des honnêtes citoyens contre les voyous. Un cambrioleur sous les verrous ne vole pas ; si des agresseurs sexuels sont incarcérés, ils ne menaceront plus la jeune femme qu’ils ont violée. Certes, la politique pénale doit être efficace et dissuader le plus possible la récidive, mais cela ne doit pas se faire au détriment de la sécurité des Français. Celle-ci est, avec le droit au logement et l’accès à la nourriture, l’un des droits fondamentaux qu’un État doit assurer à ses citoyens. Aussi, la construction, dans un premier temps, de 20.000 places de prison en France est-elle nécessaire et incontournable. On pourra, ensuite, étudier les alternatives à l’incarcération, notamment avec des bracelets électroniques efficaces.

Libération s’affole, ce 6 novembre : l’OIP va perdre ses dernières subventions publiques (notamment du ministère de la Justice). L’organisation risque la faillite, mais que des ministères et des collectivités subventionnent l’OIP est-il admissible ? Les membres de l’OIP ont tout à fait le droit d’avoir leur opinion sur la politique pénale, mais n’est-ce pas à eux de financer leur organisation ? Après tout, les partisans de la peine de mort n’ont jamais reçu de subventions et c’est très bien ainsi !

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