[LIVRE] 24 mois en opération au cœur de la force barkhane
Le mot POLAD signifie, en anglais, « political advisor ». Il désigne l’un des plus proches conseillers du commandant d’une opération militaire, y compris en France, puisque nous reprenons volontiers les mots des américains, dans l’armée comme ailleurs. C’est le rôle, méconnu mais essentiel, que Bérangère Rouppert a tenu pendant deux ans (de 2017 à 2019), au sein de l’opération Barkhane, au Sahel. Le souvenir de cet engagement des armées françaises tend à s’effacer dans la mémoire collective, alors que la France a été engagée pendant près de dix ans au Sahel, et singulièrement au Mali, d’où tout est parti, en 2012. POLAD, c'est le titre du livre que Bérangère Rouppert vient de publier aux Éditions Valeurs ajoutées.
Dans ce récit à la première personne, la jeune femme utilise son expérience propre pour brosser un tableau particulièrement vivant du quotidien d’une opération extérieure. Elle est entrée dans le monde militaire par patriotisme et par idéal, après des études impressionnantes, et a débarqué dans un univers au sein duquel, malgré l’éloignement, la chaleur et le danger, elle finira par passer vingt-quatre mois.
L’auteur ne cache rien de l’envers du décor
Ce livre est d’abord un témoignage orienté sur la vie quotidienne d’un conseiller d’état-major en opérations, avec ses petits tracas, ses moments de joie, ses relations humaines et ses déplacements à gauche et à droite, sur un théâtre d’opération extérieure qui recouvrait alors cinq pays. L’auteur ne cache rien de l’envers du décor : l’armée qu’elle décrit ne cache rien des jeux de pouvoir, des intrigues de cour et des petites mesquineries qui semblent exister tout autant que dans les entreprises ou les administrations. C’est aussi un regard rétrospectif sur ce que fut cette opération, emblématique dans les années 2010, aujourd’hui passée à la trappe avec l’expulsion des troupes françaises de la plupart des pays d’Afrique. On y suit cette conseillère, d’abord naïve, puis progressivement acclimatée à un univers très particulier : d’avion en avion, de saut en tandem en séance de tir, de briefings à des « autorités » en moments de cohésion fraternelle autour d’un verre, à Bamako, Gao ou N’Djamena, Bérangère Rouppert traverse le monde des armées, commissionnée au grade de capitaine mais toujours en jupe et talons hauts, femme dans un monde d’hommes, civile dans un monde militaire - et cependant presque immédiatement adoptée par son entourage professionnel.
Ces pages denses, humaines et qui ressemblent à une longue conversation, portées par un ton très vivant, une attention aux détails et une hauteur de vue stratégique, relèvent du carnet de voyage, de l’appréciation de situation et du livre de souvenirs. Ce qui est certain, c’est que ce livre ne ressemble à aucun des ouvrages qui ont tenté de résumer la complexité de l’engagement de la France en Afrique, dans la lutte contre le terrorisme. On peut toutefois rapprocher ses conclusions de l’excellent Un sentiment d’inachevé, qui pose également la question des buts de guerre.
Au fond, en effet, c’est bien de cela qu’il s’agit, dans le récit de Bérangère Rouppert : la France y apparaît comme incapable de parler d’une seule voix et de se fixer des objectifs à atteindre. Nous allons à la guerre sans savoir ce que nous ferons de nos victoires… et évidemment, c’est la raison pour laquelle le sacrifice de nos soldats peut paraître vain en termes politiques. Politiciens, diplomates et militaires ne parviennent pas à se mettre d’accord, et c’est la position de la France qui en souffre. C’est la dernière leçon de ce récit à la fois amusant et grave, qui intéressera tous les patriotes, tous ceux qui ont servi la France en opérations (même il y a longtemps !)… et tous les autres, bien sûr.
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13 commentaires
Bien. Aujourd’hui 2 bouquins à acheter. Celui-ci et le « Le Gallo ».
Et bien bonne lecture a vous, pour l’instant je suis encore a lire le petit prince de Saint-Exupéry, eh oui je ne l’avais jamais encore lu mais j’aime bien.
L’échec militaire de Barkhane explique notre humiliante expulsion d’Afrique noire. Une fois de plus nous avons été en retard d’une guerre !
Si ce n’était que d’une guerre!…
Vous avez raison !
C’est surtout un échec politique du a l’incompétence du « gamin » qui « gouverne » ce pays, qui n’arrête pas de baisser sont pantalon ; en attendant nous continuons a soutenir le Franc CFA , chose auquel il faut mettre une fin définitive puisque les pays ouest Africains nous ont mis a la porte et ce sont tourner vers les russes et les Chinois.
on a connu ça aussi avec la guerre d’Algérie, les militaires et les politiques sont rarement d’accord, les-uns sont sur le terrain, les autres dans leur bureau et soumis au vent qui fera leur carrière, alors l’intérêt du pays n’est pas leur principale préoccupation et pour les militaires la solde en OPEX est une aubaine, sauf pour ceux qui y laissent leur vie évidemment.
De toutes les opex auxquelles j’ai participé je retiendrai les contacts humains ou l’homme se révèle dans sa force mais aussi ses faiblesses. Malheureusement le sentiment de trahison des politiques restera une tache indélébile sur ces pages magnifiques.
Alor la oui j’ai le même sentiment que vous.
Je vois d’ci le commandant Élie de St Marc dire « encore cette fois » Après l’Indochine,l’Algérie , le Mali ,les minables politiques font passer les militaires Français pour des traitres aux yeux de ceux qu’ils venaient protéger
Voilà l’aveu d’un terrible mal français. Un mal gigogne qui en abrite d’autres encore plus délétères . La diplomate aiguë et le mépris de l’intelligence des officiers supérieurs engagés sur le terrain . La guerre serait donc une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains de ceux auxquels on demande de prendre tous les risques !? Sinistre influence de cette saleté de radical socialiste que fut Clémenceau… Quelle honte et quelle absurdité de s’en remettre aux jugements de cette » naive » sur diplômée..mais formée par qui et ayant quelles références intellectuelles et historiques …? Pas étonnant que nous nous soyons fait jeter de toute notre zone légitime d’influence .. Quelle bonne idée , surtout , d’avoir copié cette ineptie de l’armée américaine qui s’apparente au commissaire politique de l’armée soviétique ! Pour les résultats brillants que l’on a pu constater en Somalie , en Irak et en Afghanistan…!
Quelle misère de servir dans une telle armée dont les chefs ont t aussi accepté des budgets en peau de chagrin ….La France est morte , vive la grande Russie .
A préférer au bouquin de Edouard Philippe pour la fête des ères !
Je vous conseillerais plutôt : « Trump, Poutine et Yvan le Terrible » le dernier livre de Vladimir Fedorovski. Un régal.