Ce vendredi 27 novembre, Régis Debray était l’invité du « Grand Entretien » de France Inter, pour la sortie de son livre D’un siècle l’autre ; clin d’œil au grand Louis-Ferdinand, ballotté de château en château, d’un monde mort à un monde survivant.

Évoquant l’engagement de Daniel Cordier dans la Résistance, l’écrivain relève : « Daniel avait gardé cette passion […] de savoir exactement ce qu’il avait fait et pour qui il l’avait fait. ». Et ajoute : « Et surtout, il ne bombait pas le torse. » Quoi qu’on puisse penser de l’engagement politique de Régis Debray, lui aussi sait ce qu’il a fait et pour qui il l’a fait. Même si, capturé en Bolivie, il reste en lui une part d’ombre, après qu’il eut peut-être « parlé plus que nécessaire » à la CIA qui traquait le Che ; il fut de ceux qui mirent leur peau au bout de leurs idées. Debray n’est pas un héros. Plutôt un commissaire politique adouci par le temps. Daniel Cordier l’était-il ?

Ce 26 novembre, le Président Macron a salué sa mémoire par un hommage national. Daniel Cordier, qui eut le cran de s’engager, à 20 ans, en 1940, pour une cause qui le dépassait ; qui eut – peut-être – la chance de n’être pas pris ; bien qu’il ait eu, comme beaucoup, à nager dans les eaux troubles des luttes internes de la Résistance*.

Dans son discours, depuis la cour des Invalides – devant un cercueil drapé de tricolore et les cyrards au garde-à-vous –, a dit ceci : « Il fit partie des résistants de la première heure, de ceux qui restèrent debout quand tout s’effondrait, prêts à tous les sacrifices pour que la France restât à la France. […] Il avait en lui une part du roman national […] Le goût de l’action et du dépassement, une bravoure impétueuse, une soif d’absolu, une liberté totale et surtout l’amour de sa patrie, la France. » Lui qui fut l’un de ces 1.038 compagnons de la Libération : « Cette confrérie de rebelles qui a choisi de relever l’honneur et de reforger la nation. »

Si ces 1.038 sont comme ces Immortels qui défendaient le trône des Darius, l’un d’eux, qui fut honni parce qu’il croyait à la parole donnée, aurait bien mérité de ces mêmes paroles, dans cette même cour, veillé d’autres cyrards. Pierre Chateau-Jobert, Conan, fin et rugueux comme un cap de Bretagne, fut le plus libre de cette France libre ! Ce vendredi, Régis Debray nous dit que « la révolution, ce n’est pas le terrorisme », mais « une vue sur le futur » et « un projet moral et intellectuel ». C’était, à l’autre extrémité d’engagement, le même projet de Conan, qui préféra l’honneur à l’étoile dorée en s’engageant pour l’OAS. Jamais pris, jamais traître.

Pierre Chateau-Jobert est décédé le jeudi 29 décembre 2005, à 93 ans. Jean Sassi prononça son éloge funèbre, appelant la patrie sourde à la reconnaissance. Il repose à Morlaix.

Le 22 octobre 2010, à l’initiative de l’Union nationale des parachutistes, une stèle à son effigie fut inaugurée à Pau, dans l’enceinte de l’École des troupes aéroportées dont il fut l’un des créateurs. Un individu – aliéné par la propagande FLN et marxiste – ayant dénoncé « cette infamie » avec l’appui de Mediapart, aucun édile de la République n’eut le courage de venir saluer sa mémoire. Tous frémirent : de Martine Lignières-Cassou, maire, issue de pied-noir, à Hervé Morin, ministre replié sur son siège éjectable. Tous portés pâles. Voilà son plus bel hommage.

Car Conan restera pour l’éternité de « cette confrérie de rebelles », de ces héros qui risquent sans compter et surgissent parfois de notre glèbe pour « relever l’honneur » et pour « reforger la nation ». Que nos jeunes s’inspirent de lui ! Les vrais héros ne bombent pas le torse.

* Dans son livre Présumé Jean Moulin (Grasset, 2006, p. 776), l’historien Jacques Baynac évoque l’éventuelle arrestation de Daniel Cordier par les Allemands autour du 14 juin 1943, une semaine avant la capture de Jean Moulin.

29 novembre 2020

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