a vraiment un problème avec la question de la souveraineté. Nous en avons encore eu un exemple lors de sa visite à Beyrouth, jeudi 6 août. Qu’ ait été le premier chef d’État à marquer sa solidarité par sa présence sur les lieux de la catastrophe est une excellente chose. Les liens historiques entre la France et le le commandaient. Mais ce Président a vraiment le don de tout gâcher, de transformer l’or en plomb.

Ainsi, était-il obligé de tenir des propos qu’aurait pu prononcer un chef d’État administrant un protectorat ? Certes, des propos tenus à brûle-pourpoint, dans un contexte très particulier, dans la chaleur d’une rencontre avec une population sous le choc après la terrible catastrophe et excédée par l’impéritie de ses gouvernants, « Je vais leur proposer un nouveau pacte politique cet après-midi. Et je reviendrai pour le 1er septembre, et s’ils ne savent pas le tenir, je prendrai mes responsabilités avec vous. » Qu’est-ce que cela veut dire ? Concrètement ? Que s’ils n’appliquent pas ce pacte, il se pointera en rade de Beyrouth avec une armada pour imposer ce pacte ? Il est vrai, aussi, qu’Emmanuel Macron aime bien se payer de mots et l’on aimerait bien connaître la teneur de ce « pacte ».

Les événements ne sont pas comparables, mais souvenons-nous de la réaction agacée de Jean-Yves Le Drian, en décembre 2018, lors de la crise des gilets jaunes, lorsque s’amusait à mettre son grain de sel en commentant, sur Twitter, la situation sociale en France. « Je dis à Donald Trump, et le président de la République le lui a dit aussi : nous ne prenons pas partie dans les débats américains, laissez-nous vivre notre vie de nation. »

Il y a tout juste quatre-vingt-dix ans, la Société des nations, ancêtre en quelque sorte de ce multilatéralisme tant vanté par Emmanuel Macron, mettait fin officiellement à la souveraineté de l’Empire ottoman sur le Liban et le confiait au protectorat de la France. Le 1er septembre de la même année, à la demande des maronites, le général Gouraud (1867-1946), gouverneur général, proclamait, du haut des marches de la résidence des Pins, l’État du Grand Liban. En 1926, cet État devenait officiellement une république, mais toujours sous mandat français. En 1941, après avoir été sous l’autorité de Vichy, le Liban, et plus largement le Levant, passait sous la coupe de la France libre. Le général Catroux (1877-1969) devient alors le représentant officiel de De Gaulle sur place. C’est à ce moment-là que les revendications indépendantistes libanaises se font de plus en plus pressantes. Un Pacte national libanais (Macron a dû lire la fiche Wikipédia dans l’avion…) est passé entre les principales entités libanaises (maronites, musulmans chiites et sunnites) et, après bien des péripéties, notamment le rejet à l’unanimité des articles de la Constitution libanaise faisant référence au mandat, la France libre est bien obligée d’accorder l’indépendance au Liban le 3 janvier 1944.

Macron n’est ni Gouraud ni Catroux, encore moins de Gaulle. Cela se saurait déjà. Visiblement, comme de Gaulle, Macron semble avoir volé « vers l’Orient compliqué… avec des idées simples ». Celles d’un financier qui vient proposer son plan de restructuration de l’entreprise. À prendre ou à laisser, je repasse dans un mois ! Or, les vieux peuples n’aiment pas qu’on leur dise ce qu’ils doivent faire. Si le Pacte national libanais doit être refondé, ce n’est certainement pas à un pays étranger de le dire. Et surtout pas à Emmanuel Macron !

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