On imagine le visage de Yannick Jadot et celui de Sandrine Rousseau, la nouvelle pasionaria de la radicalité verte, illuminés par la grâce immaculée de Mère Nature lorsqu’ils ont découvert le plébiscite des Français pour interdire la chasse le week-end et les vacances scolaires. Interdiction qui revient ni plus ni moins à interdire la chasse tout simplement ou de la réserver à une petite caste qui peut se permettre d’aller chasser la semaine : les retraités et les nantis.

D’après l’enquête flash de l’IFOP, publiée jeudi 4 novembre, les Français seraient dans leur immense majorité (69 %) favorables à la proposition anti-chasse du candidat EELV à l’élection présidentielle. À en croire les résultats, cette interdiction, symbole de l’écologie punitive et castratrice, serait partagée par toutes les classes sociales et les appartenances politiques. Si l’adhésion massive des sympathisants EELV (90 %) et des cadres (75 %) n’étonne guère, elle est en revanche plus surprenante chez les classes populaires et dans les provinces. 51 % des artisans et des commerçants, 62 % des ouvriers et 63 % des ruraux se prononcent en faveur de l’interdiction.

Et les chasseurs ? Ils sont absents de cet échantillon de 1.001 personnes qui se veut représentatif. Pourtant, les chasseurs, qui représentent un million de personnes dans la population française, sont également concernés par les accidents et il aurait été intéressant de connaître le pourcentage, parmi eux, favorables à limiter leur pratique.

L’enquête de l’IFOP a été effectuée du 2 au 3 novembre, autrement dit trois jours à peine après l’accident tragique qui a coûté la vie à un automobiliste sexagénaire touché par une balle perdue lorsqu’il circulait sur la quatre-voies près de Rennes.

Tout au long du mois d’octobre, plusieurs accidents de chasse se sont accumulés, blessant, grièvement parfois, des promeneurs du dimanche mais aussi des chasseurs. Ces accidents de chasse sont bien entendu tragiques, mais il est nécessaire de relativiser et de ne pas tomber dans une indignation larmoyante et stérile visant à criminaliser une activité pourtant fortement utile pour réguler les espèces et entretenir les espaces naturels.

En effet, lorsqu’on regarde les chiffres, les accidents de chasse sont en constante diminution. D’après l’Office français de la biodiversité (OFB), entre 2019 et 2020, le nombre d’accidents a diminué de 41 %, comparé au niveau de 1999, et reste inférieur à la moyenne générale de ces vingt dernières années, qui est de 158 victimes par an. On est très loin du nombre de morts d’accidents de voiture !

Des accidents en baisse alors que le nombre de chasseurs augmente, témoignant d’un réel engouement pour cette pratique traditionnelle de régulation de la nature. La Fédération nationale des chasseurs (FNC) constate une croissance de 18 % du nombre de candidats au permis de chasse, par rapport à l’an dernier, et de 40 % depuis sept ans. Cette baisse des accidents est liée aux mesures de sécurité qui se sont renforcées ces dernières années. En témoigne l’obtention du permis de chasse où l’accent est mis sur la connaissance des espèces, de la réglementation et surtout sur les questions sécuritaires qui sont devenues éliminatoires. L'examen pratique est crucial, car les mauvaises manipulations de l’arme et le non-respect de l’angle de 30° sont parmi les première causes d’accidents. Les chasseurs souhaitent d’ailleurs d’instaurer une formation à la sécurité pour tous les détenteurs du permis à faire tous les dix ans.

Sonder, c’est prendre le pouls de la population à un instant t. Certes, mais lorsque cette radiographie instantanée est lancée quelques jours après des événement tragiques, n’est-elle pas biaisée par le tumulte des émotions ? Le plébiscite anti-chasse rentre en contradiction avec le sondage IFOP fait en avril dernier qui dévoilait un rapport des Français à la chasse plus nuancé. Les résultats démontraient que l’adhésion à la chasse est corrélée à la connaissance de sa pratique. L’étude soulignait également qu’une grande majorité de Français reconnaissaient les valeurs traditionnelles de la chasse et son implication dans l’équilibre et l’entretien de la nature, la dynamique de la vie rurale et le maintien du lien social. Plus surprenant, les écologistes interrogés, loin d’être arc-boutés sur des positions strictement anti-chasse, étaient 83 % à vouloir agir avec les chasseurs pour préserver la nature. Les sondages sont donc à prendre avec des pincettes. Mais il reste que pour chasser la chasse de notre territoire, il faudra encore s’accrocher.

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6 novembre 2021

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